‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 217 sur 482 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

DE LA DELOVEVnE DV COVDE'.

Le coude se peu t pareillement luxer en qualre manières, à sçauoir, en la partie intérieure, extérieure, supérieure et inférieure. Par la partie intérieure, i'entens celle qui regarde le centre du corps , le bras estant en sa situation naturelle, sçauoir est, en figure entre prone et supine : par l'extérieure, celle quiluy est opposite : et par la partie supérieure, celle qui regarde le ciel : et par l'inférieure, celle qui regarde la terre 2.

Et d'autant quela lointure du coude a plus grandes diuersités d'eminences et cauités que celle de l'espaule,

1 Dans les livres anatorniques j'avais écrit coulde, n'ayant trouvé aucune autorité pour réformer cette bizarre ortiiographe. Depuis, dans l'édition de Paré de 1 579, j'avais trouvé coude en nombre d'endroits ; et enfin Dalechamps en 1570 affecte partout cette dernière orlhograplie. Dès lors je me suis empressé de l'adopter.

Toute cette classiflcation des luxations du coude est fort obscure, et demande une explication. En lisant attentivement le texte, on voit que Paré considère le sujet couché, la main reposant sur son bord cubital ; alors la luxation en lapariie intérieure serait celle que nous disons antérieure, où l'olécrâne est supposée passée en avant de la poulie humOrale ; lésion fort rare, et dont on ne connaît peut-être qu'un seul exemple bien aulhentique; la luxation en lapariie extérieure est la luxation èn arrière des modernes, où l'apophyse coronoidc est dite logée dans la cavité olécrânienne ; et enfin les luxations ■supérieure et inférieure correspondent aux luxations latérales ; et nous aurons à remarquer plus tard que Paré les regardait comme toujours incomplètes.

Du reste, dans cette malheureuse création de dénominations nouvelles. Paré avait le

d'autant aussi la luxation d'icelle est plus fascheuse. Aussi l'os se déplace plus difficilement, et pareillement se réduit plus mal aisément. Or le coude est ioint auec l'os du haut du bras, et entrent mutuellement l'vn dedans l'autre comme vne fiche en vn gon qu'on attache à vne fenestre pour l'ouurir et fermer. Autre comparaison. L'os du coude tourne autour du haut du bras comme autour d'vne demie poulie, pour fléchir et estendre le bras. le dis demie poulie, pour que si Nature l'eust fait tourner d'auantage , l'action du bras n'eust peu se faire commodément : parce que le bras se fust plié .au dehors comme au dedans : ce que l'on peut connoistre par l'anatomie.

Donc nous dirons que le coude se

double tort de s'éloigner et de l'aspect des choses et du langage généralement adopté. On lit dans toutes les édition posthumes une note marginale qui a trait au premier paragraphe de ce chapHre , et qui semble destinée à établir quelque concordance entre sa doctrine et celle des anciens. La voici :

Ce que l'Auiheur appelle supérieure et inférieure partie, Hippocrates, sent, dernière, sect. 3 des fractures, l'appelle antérieure et postérieure. Aussi fait Celse, chap. IG, liu. 8.

Cette note est-elle de Paré? On ne la trouve ni dans la première ni dans la seconde édition ; mais elle est dans la quatrième , qui a été revue et augmentée par lui-même. Cependant je remarquerai qu'elle est suivie de trois autres où il ne parle jamais à la première personne , et qui sont indiquées dans le texte par des lettres de renvoi , a, b, c, exemple unique jusqu'ici dans ses ouvrages. Frappé d'un certain élonnement à cet égard , j'ai eu l'idée que peut-être ce serait une note du traducteur latin ; et en efl'et j'ai retrouvé la première origine de ces notes dans l'édition latine de la82. Elles n'appartiennent donc pas à Paré en réalité; mais c'est de son aveu qu'elles ont été ajoutées à sa quatrième édition.

DES LVXATIOirS.

luxe, à Cause que ses deux apophyses ne trauersent pas tout autour de l'os de l'auant - hr^^s qui le reçoiuent.

Parquoy lorsqu'on fait plus grande flexion que là où son apophyse intérieure rencontre le fonds de sa cauité, l'apophyse postérieure se déplace en derrière : et aussi quand ou fait vue extension violente, l'apophyse antérieure touche le fond de sa cauilé », et alors ladite apophyse se iette hors de son heu : et ceste luxation est plus difflcileà réduire que la première, ioint aussi que l'extrémité du coude nommée olecrane est fort haute , et son intérieure fort abaissée. Parquoy il nous est plus facile à le fléchir qu'à l'estendre : à cause de quoy telle desloiieure se fait par plus violente force que celle qui se fait en la partie intérieure.

Le signe de ceste luxation est que le bras demeure estendu et ne se peut plier 2, pource que l'apophyse interne du coude demeure enla cauité externe qui est en la partie inférieure de l'os du haut du bras , laquelle estoit auparauant occupée de la partie interne de l'olecrane, qui est l'extrémité du coude : don t alors la redu ction est tres-

' J'ai mis en italique ces mots postérieure &l antérieure , qui se rattachent aux apophyses olécràne et coronoïde , mais qui forment un contresens avec ce qui précède, puisque d'après sa manière de considérer le coude, Paré doit les appeler extérieure et intérieure. Un peu plus haut , en elTet , on voit qu'il donne le nom d'apophyse intérieure à l'apophyse coronoïde. Au reste, tout ce commencement du paragraphe est presque littéralement copié de Dalechamps.

* Ce signe esi attribué par Ilippocrale et Celse à la luxation faictc en la partie antérieure. Cette note est une de celles dont je parlais lout-à-i'heure , et qui ont été empruntées à l'édition latine.

difficile , pource que ladite apophyse demeure accrochée dans icelle cauité.

Le signe que la luxation est faite en la partie intérieure » , c'est que le bras ne se peut eslendre, et demeure plié.

Le signe qu'elle est faite aux parties latérales 2, est que la figure de la iointure du coude demeure viciée entre la flexion et l'extension.

Et en toutes ces luxations, l'action

* Ce signe est attribué par Celse à la luxation en la partie postérieure. — Note empruntée à l'édition latine.

2 II appelle parties latérales , ce que il a dict partie supérieure et inférieure. Cette noie est de la même main que les autres, et elle contient réellement une critique de l'inconséquence des termes employés par Paré. On ne la trouve point dans l'édition latine ; mais c'est que le traducteur avait redressé le texte et cet endroit, et rendu ces mots, aux parties latérales, par ceux-ci, sursum et deorsam.

Après cette première critique, l'annotateur achève de copier ce qui suit dans l'édition latine :

Ce signe ( le signe des luxations latérales) est attribué par Celse à la luxation en la partie intérieure et extérieure. Mais ici le traducteur latin s'était trompé : Celse dit seulement : Si in exteriorem interioremve, brachium porrectum est, sed paulum in eam partent à quâ os recessit recurvalum. Du reste , il faut bien avouer que tout ce chapitre de Paré ne pèche pas seulement contre la clarté du style , mais encore contre l'exactitude des faits, et que toute sa symptomatologic laisse beaucoup à désirer. Dans la luxation en arrière, qu'il appelle en la partie extérieure, l'avant-bras est presque constamment fléchi ; et lui-même va dire au chapitre suivant qu'il est presque en figure droite , ce qui admet un certain degré de flexion. J'ajouterai cependant que j'ai vu deux cas où l'avant-bras demeurait étendu , et que peut-être Paré ayant rencontré quelque fait analogue, aura pris]pour règle ce qui jusqu'à présent ne m'a paru être que l'exception.

'^^^ LE QVATORZIliME LIVRE ,

au coude n« se peut faire iqsques à

que Iq réduction soit failc. Pareil- ^pmept on trouue vue eniinence du çpsté pù l<i iuxaliun est faite, et vne cq^itp à la pqj tie contraire : ce qui est commun à toutes luxations.

OmM'g-RUis, la luxation du coude se fait çppiplette ou jncqmplelte. Celle quiestincopipletteostfacile àse faire, et aussi à se réduire. Mais celle qui est cojpplettp , tout ainsi qu'elle est difficile à se faire, aussi est-elle fort difficile à réduire , si on n'y procède promptement et auant que l'inflammation y soit suruenue : car si elle y est ja, la curation est très- difficile, ef souuent du tout impossible , pri^jcipalep;en|; celle qui est faite en de-

CHAPITHE XXXir.

LA. MANIERE PS I5EDVÎIIE LA LyXATION PV ÇQYPE FAITP EN LA PARTIE EX- TERIEVRE.

Et lors qu'on voit que le bras du malade demeure presque en figure droite , sans le pouuoir aucunement fléchir , faut conclure la luxation est^'e faite ep la partie extérieure. Parquoy la faut réduire proflfiptement, à cause qu'il s'y fait fluxion et inflammation, pour l'extrême douleur qui interuient.

1 11 semble ici que Paré admette des luxations complètes et incomplètes dans tous les seqs ; mais en étudiant mûrement son texte, je suis arrivé à cette conclusion , que ses luxations en dehors et en dedans ( en avant et en arrière de Celse et des modernes ) sont toujours complètes ; et ses luxations en haut et en bas ( latérales des modernes ) sont toujours incomplètes. Voyez à cet égard le chapitre 34.

Donc pour faire la réduction , en quelque partie que la luxation soit laite, faut qu'vn seruifeur tienne fermement le brasdu malade au dessous de la iointuro de l'espaule, et le chirurgien tirera le bras par la main, et poussera l'os de l'avant-bras en de hors , et l'eminence du coude en dedans, et tirera le bras petit à petit en le tournant d'vn costé et d'autre, à fin de ietter l'os en sa cauité.

le veux icy aduertir le ieune chirurgien que pour réduire icelle desloiieure , ne faut fléchir le bras , pource que iamais par ce moyen l'os ne pourroit estre réduit, à cause que l'apophyse intérieure de l'os du coude est en la place de l'apophyse extérieure de la cauilé de l'os du haut du bras : et partant, en pliant le bras, on fait seulement que hausser le coude, et ne le tire-on pas en sa cauité 1 Et où telle chose ne se pourra faire parla main, adonc faut faire que le bras luxé embrasse vne colomne, ou le pied d'vn lit , et qu'il soit vn peu plié : puis on empoignera d'vue forte lisière l'extrémité du coude, dite ole-

1 Point notable de grande importance. — A. P.

Je suis bien encore obligé de faire remarquer que point notable et de grande importance est en parfaite opposition avec les deux procédés que l'auteur va recommander et même représenter par des figures ; ce qui est d'autant plus étrange que ces procédés, coraine je vais le dire , paraissent véritablement lui appartenir.

Dalecharnps décrit pour cette luxation les procédés des anciens , puis les trois procédés des arabistes indiqués parGuy deChauliac, savoir, l'élrier, le talon et le genou ; et enfin il ajoute :

Aucuns operateurs réduisent ccstc [deloueure, estendans le bras à l'entour d'un posteau rond et le pliant de force, qui est une manière simple et facile.

DIÎS LVXAXlOîffi.

craiio, la UraPt vers sa t)a\iil« auue , tombeensaplaco, comme tu vois par vn l)asloii entortillp dan^ |adile Ji- ccste figure, siero, comiue tu vois par cesle (igurc.

La figvre qui vnoj\s{re à fa\r^ (a recUtçlion du ççifde a«<our d'yn pilier aueç un bçiston g.

^Lu figure qui monire a faire la rcducUon du coude par vu lien.

Le signe que l'os sera réduit, c'est que le malade estend et fléchit le bras, et la douleur est cessée, et la figure viciée remise en son estât naturel.

Autre manière encore plus facile :

c'est que le bras estant autour du pilier , on mettra vn bien fort lien de la largeur d'vn pouce sur l'extrémité du coude, puis sera tiré tant que l'os

' Ce procédé et le suivant sont lout-àfait modernes, et ne se trouvent dans aucun auteur antérieur à Taré. On Irpuvo bien dansOrlbaseel dans les arabistes laniéttiodc des extensions exercées sqr l'avant-bras fléchi , mais nullement celle des tractions directes sur l'olécràne.

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