‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 246 sur 482 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE LA MmRAINE 3.

Migraine , est proprement quand la douleur no tient que la moitié de

i Ces niots, combien qu'il sembleroii meilleur faire l'incision des arieres qui sont aux temples, ont élé ajoutés en 1579. Dalechamps dit : En ce mal, l'incision des arieres derrière tes oreilles est profitable si l'esprit vaporeux monte par les externes : mais non s'il est enuoijé par les internes.

Il convient cependant d'ajouter que Paré cite en noie Paul. A£gin., liu. 6, chap. A, et liu.^,chap. 12; et cette citation témoigne qu'il avait consulté quelque antre auteur que Dalechamps.

la teste, dextre ou senestre. Aussi la douleur quelquesfols ne monte point plus haut que les muscles temporaux , aussi quelquesfois monte iusques au sommet de la leste.

La cause de cesle douleur peut venir des veines ou artères, tant internes qu'externes, ou des méninges, ou mesme de la substance du cerueau , ou seulement du pericrane, ou cuir musculeux qui couure Je crâne.

Aussi peut venir de certaines vapeurs putrides qui montent de l'estomach , ou de la matrice , ou de quelque viscère à la teste.

La cause est interne , ou externe.

L'externe , comme chaud , froid , ou trop boire et manger viandes chaudes et vaporeuses, ou quelque vapeur et exhalation, comme celle d'antimoine , vif-argent , ou autre : ce qui est cause que les orféures et doreurs en sont souuent espris. L'interne, comme intemperature simple ou composée , auec inflammation et tension.

La pesanteur de teste monstre l'abondance d'humeur : et quand la douleur est poignante , pulsatlle , et tensiue , les humours et vapeurs ensemble en sont cause. Si la douleur est faite par l'abondance d'vne vapeur subtile auec pulsation, cela vient à cause de l'inflammation des membranes du cerueau. La fléure y suruient à cause de la grande inflammation , principalement quand l'humeur qui cause la douleur se putréfie. Quand la douleur est superficielle, la cause d'icelle est au pericrane : et quand elle est profonde, et que le malade sent la douleur iusqu'à la

2 Comme le précédent, ce chapitre est emprunté en grande partie aux annotations de Dalechamps sur Paul d'Égine, Chinirgie françoise, édil. citée, p. 2-i.

opeuations i

racine des yeux , cela monstre la cause ostre au-V membranes du cerueau , et sonnent est si cruelle , que le malade ne peut endurer que l'on luy toucbe à la teste. Or ces douleurs sont quelqueslbis continues , quelquesfois ont des paroxysmes qui viennent sans ordre : et sonnent tourmentent tant le malade, qu'il ne peut souffrir qu'on face bruit en sa chambre, ny parler liaul : et ne peut voir la clairté , ny sentir aucune cbose odorante, ne faire mouuement de son corps , et estime que l'on luy rompe et brise la teste anec vn maillet , et ne peut boire vin,

Lors que la cause est d'vn sang bouillant, subtil et vaporeux, et que tous les autres remèdes n'auront serui, l'incision des artères és temples est vn très grand remède , soit que la cause vienne des vaisseaux intérieurs ou extérieurs : à cause qu'il se fait lousiours euacuation de sang- et esprits , lesquels doiuent estre euacués selon la force du malade K

Christofle Landré dit auoir guari vue inQnilé de gens de la migraine , appliquant vn cataplasme fait de fiente de palombes ou pigeons, broyée auec huile de noyaux de pesche 2.

Or ne sera icy hors de propos reciter ceste histoire de monseigneur le prince de la Roche-sur- Yon, lequel ostoit extrêmement tourmenté d'vne douleur de teste, tant de iour que de nuit , auec peu d'intermission : et pour le guarir appella messieurs Chapelain , premier médecin du roy, et Castelan , aussi médecin dudit sei-

1 Afice, Albucrasis. — Paul. liu. G. chnp.'i. — A. P. — Ces citations sont empruntées de Balechamps.

2 Ce paragraphe date de la seconde édition ; j'ignore qui était ce Landré , que Paré appelait d'abord l'André en 1579.

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gneur, et premier de la royne mere , et monsieur Duret, lecteur et médecin ordinaire du roy, homme fort sçauant et beaucoup estimé entre les gens doctes : lesquels luy ordonnèrent plusieurs remèdes, tant par dedans que par dehors, semblablement saignées, ventouses, bains, frictions, diète : bref tout ce qui se pouuoit eX' cogiter ; tous lesquels remèdes ne luy peurent lamais appaiser la douleur.

Adonc m'enuoya quérir, pour entendre de moy si i'auois aucun moyen à luy seder la douleur : où promptement luy conseille se faire ouurlr l'artère du temple , du costé où il sentoit sa plus grande douleur : et luy dis que i'auois grande coniecture que la cause de sa douleur estolt contenue aux artères, et non aux veines, et qu'auols fait souuent telle ouuerture , dont les malades estolent guaris , et que les anciens le conselUoient*, mesme que le me I'auois fait ouurîr pour semblable douleur, et que depuis n'auois senti aucun mal ^. Subit

» Gai. 13. Met. ch. dernier. — A. P.

2 Je n'ai pu découvrir à quelle époque ni par qui Ambroise Paré s'était fait faire l'arlériotoraie; seulement la mention deChapelain et de Castelan atteste qne ce fut avant 16G9. (Voyez mon Introduction, p. cclxxiii). Je lis dans la Bibliolheqnt chirurgicale de Halier, que Félis Wurtz avait été aussi attaqué d'une migraine, pour laquelle, d'après le conseil de Conrad Gesner, il se fit pratiquer l'artériolomie par Jean Waser, et avec le même succès que Paré. Gesner étant mort en lÔCi, probablement la guérison de Wurtz est antérieure à celle de Paré. Celui-ci ne pouvait cependant la connaître, car la chirurgie de Wurlz ne comprenait d'abord que les quatre premiers livres; et la traduction française, publiée fort avant dans le xvn" siècle, n'en contient pas davantage. Or cette histoire d'artériotomie se trouve dans le cinquième livre qui n'a point été traduit, et

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LE QVIJVZIKMK LIVRE

enuoya quérir les susdits médecins , lesquels furent de mon aduis : et en leur présence; feis ouuerture de l'artère, choisissant la plus apparente à la temple et qui auoit plus grand battement, auec vue simple incision , comme pour faire vue phlebotomie :

et fust tiré du sang deux palettes et plus \ lequel sortoit par vne grande impétuosité de ladite artère , sautelant loing à raison du diastolé et systolé d'icelle : et proteste que par le moyen de ceste ouuerture il perdit incontinent sa douleur sans plus luy retourner : dont ledit seigneur me feil un honorable présent.

Aucuns ont suspecte ceste incision des artères , pource qu'il est difficile d'arrester le flux de sang : et que ce faisant, la cicatrice autour de l'artère cause aneurisme, maladie fascheuse et dangereuse , et que l'artère estant en perpétuel mouuement ne se peut aisément consolider : et pour ce conseillent de couper premièrement le cuir, puis l'escorcher et séparer, et la lier des deux costés, puis la couper, comme auons dit la varice. Mais ie te puis asseurer l'apertion auec la lan-

c'est pourquoi je suis obligé de le ciler seulement d'après Haller. Au reste, l'idée primitive de celte médication, comme Paré ie remarque, remonte au moins à Galien.

Comment d'ailleurs agit en pareil cas l'artériotomiePcela est diflicileà dire; peut-être la cure tenait -elle à la section d'un des filets nerveux qui longent l'artère. Quoi qu'il en soit, les deux succès obtenus surWurtz et sur Paré, aux-quels s'ajoute encore la guérison du prince de La Roche-sur-Yon , sont bien laits pour éveiller l'attention des praticiens.

* Jusqu'en 1579, Paré avait écrit deuxpoileiics, il adopta le mot paleiiesen 1685,

cette , comme on fait la saignée , nîpstre dangereuse, comme i'ay expérimenté souuentesfois , et que la consolidation se fait aussi bien que de la veine , non si lost loulesfois , et qu'il ne suruient aucun flux de sang :

pourueu que la ligature soit bien faite , et qu'elle demeure trois ou quatre iours, en y mettant vne conuenable compresse ^

* Il faut remarquer que ces mêmes objections, qu'A. Paré avait si bien résolues, ont été encore reproduites de nos jours dans une discussion soulevée à l'Académie de médecine, à l'occasion d'un mémoire de M. Magistel; et que, là aussi, des faits nombreux ont été allégués pour en démontrer le peu de fondement. L'iiistoire de l'art, convenablement étudiée, réduirait à rien bien des discussions, et empêcherait bien des redites.

Du reste, le procédé fort simple que Paré décrit ici paraît lui appartenir, et nous le lui verrons défendre, dans sa grande apologie, contre le procédé des anciens, décrit par Paul d'Egine, admis par Gourmelen, et qui était généralement adopté au xvi"= siècle. Voici ce qu'on lit dans Dalechamps, p. 18.

« Or, si les artères sont petites et prochaines de la peau, il sera bon en trancher et osier vne grande partie, comme on fait aux varices, et comme, de nostre temps, vn médecin oculaire de réputation a tranché vne bonne partie des artères temporales... Si t artère est grande et bat fort, le plus seur est la lier dessus et dessouz, ptiis inciser ce qui est au milieu des deux fils, lesquels doiuent estre de quelque matière peu suiette à putréfaction, comme de soye, de lin, de cordes de lin, à fin qu'ils ne tombent point uuanl que l'incision soit remplie de chair qui bouche et ferme, comme vne esiouppon, l'orifice du vaisseau incisé. Cela fait, sa7is danger on peut laisser tomber les fils.

Je ne sais quel est ce médecin oculaire dont Dalechamps fait ici mention.

OPERATIONS

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