‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 26 sur 482 · DES PLAYES EN PAUTICVLIEM · texte numérisé non relu

DES PLAYES EN PAUTICVLIEM

moustrerouspliis amplement au Irai t(!

des Caries, pavlans des Nodus de la \ erole ^

Telle altération se eonnoistra, tant par la veuë (car au lieu d'estre blanc, il dénient iaunastre , puis liuide et noir) que par la sonde , d'autant que l'on sent aspérité et inégalité, et l'esprouuette y entre facilement : toutesfois i'ay veu l'os estant longuement descouuert et altéré, estre fort dur, voire que la trépane y entroit auec difficulté. Parquoy le signe de carie n'est asseuré : entendu que l'air souuent dessoiche l'os carieux en telle sorte qu'il se monstre de ferme consistence , après auoir demeuré long

' L'édition de 1561 ne pouvait renvoyer à ce livre qui n'élait pas encore fail; aussi elle prcsenle en cet endroit de notables différences. Après les derniers mois du chapitre précédent, on lit :

« Après toutes ces choses susdites bien cogneuës, reste traitler de l'aUeralion, carie et pourriture des os : chose au chirurgien nécessaire d'estre cogneuë, pour obuier aux périls et dangiers qui s'en ensuiuent. »

Alors commence un long article sur la carie des os, considérée à la fois en général et en particulier pour les os du crâne. Cet article ne comprend pas moins de di.\ feuillets , et a été transporté depuis presque en entier au livre 17 De la (jrusse vérole , où il forme la plus grande partie des chapitres 30, 31 , 32 et 34. Il faut donc recourir à ces chapitres pour avoir une idée complète de la doctrine professée par Paré dès 15GI.

Il en résulte que le commencement de ce chapitre, jusqu'au paragraphe qui précède et amène J'histoire du laquais de M. de Goulaines, a été refait pour l'édition de 1575 et les suivantes, mais seulement avec les rognures de l'édition de lôCI qui s'appliquaient auï os du crâne, sans changement de doctrine, et le plus souvent avec les mêmes phrases; et il en est plusieurs qui se lisent ici cl qui sont reproduites avec l'article intégral au livre De la grosse vérole déjà cité.

temps descouuert. Ce signe est bien plus certain , à sçauoir que la chair qui s'engendre sur l'os carieux est baueuse, et de peu ou nul sentiment.

Or iceile altération ou corruption sera corrigée par cautères actuels ou potentiels , comme nous dirons en leur propre lieu, ou par poudres catagraatiques cephaliques, faites de rad. ireos , mast. myrr. aloes , gentianœ, arisloloch. cent au. cor H. pini : comme :

'if. Rad. ire. florent. arist. ana § . j. Centaurij g . ij.

Corlic. pini 3. 6 .

Misce et Cal pul. subtiliss.

Laquelle sera appliquée sur l'os, et si la corruption est grande, on vsera de Rugines. La cheute se doit atlendr e et non procurer par force :

car autrement l'os qui seroit dessous, n'estant couuert de chair, s'altereroit : toutesfois pelit-à-pelit on les esbranlera, pour aider à nature à les séparer.

Et icy en passant tu noteras que l'exfoliation du circuit de l'os, qui est où la trépane aura passé, se fait communément en quarante ou cinquante iours , autresfois plustot. Ensemble l'exfoliation qui est causée par l'altération de l'air ambiens, qui aura louché l'os nu et descouuert, se fait prescfue en mesme espace de temps : ce qui se l'ait aussi après l'application des cautères ou par le beneflce des poudres cephaliques.

Et la conionction et vnion (appelée Cailus) se fait communément aussi en l'os fracturé par autant de iours : toutesfois aux uns plustosl, comme aux jeunes , aux autres plus tard , comme aux vieils : de toutes lesquelles choses on ne peut donner règle certaine et temps prefix , pour la diuersité des

LE HVITIÉME LIVRE,

habitudes et tempéraments, el selon la dureté et espaissmir de l'os.

Or si raltcration de l'os et consolidation di's playcs sont répugnantes aux remèdes Misdils, faut ordonner au patient potion vulnéraire. Ce que i'ay souuenlesfois fait auec heureuse issue.

Or quelquesfois, non seulement vne portion de l'os est altéré et tombé, mais aussi iceluy tout entier, ce qui est prouué pnr Hippocrates quand il dit : L'os du Crâne estant blessé , se sépare d'auec le sain plus ou moins , selon la véhémence du coup : ioint aussi que l'expérience le monstre.

Et en cest endroit ie ferai récit de ce'què i'ay fait estant en Piedmonl, Chirurgien de deffunt le Mareschal de Montejan (qui lors esloit Lieutenant du Roy): iepensayun laquais de deffuntmonsieurdeGoulaines: quifut blessé d'vn coup d'espée sur l'os Pariétal, partie senestre, non pénétrant iusques à la seconde table : et quelques iours après que sa playe esloit presque consolidée et guérie, arriua à Thurin quelque compagnie de soldats de son pays de Gascongne, auec lesquels vn malin mangea des tripes fricassées , auec force oignons et espices, et ne fut aussi sans boire vin fort el en quantité , el sans eau. Dont tost après tomba en fiéure continue , et perdit la parole et le sens, et lu y suruint grande tumeur à toute la teste et au visage, les yeux rouges et enflammés issans hoi s de la teste.

Ce que voyant i'appellay Médecins et Chirurgiens, pour aduiser qu'on feroit pour luy sauuer la vie. El fusmes tous d'aduis de le saigner et clysteriser, et faire application de plusieurs remèdes sur la teste, auec frictions et ligatures aux extrémités :

neanlmoins tout le costé de la partie

affectée quelques iours après s'apostema , et ayant fait ouuerture , ietta grande quanlilé de sanie : et trouuay le cuir musculeux qui estoit déprimé, auprès de l'os auec le Pericrane, de largeur enuiron de quatre doigts , et finablcment toutes les deux tables de l'os furent altérées, pourries , noires et fétides. Et pour corriger celle corruption, y appliquay par inlerualles cautères actuels » : et ce tant pour corriger la pourriture, que pour faire séparation de ce qui esloit altéré. Et enuiron vn mois après le pensant , veis sortir certaine quantité de vers de dessous ledit os pou ni, par aucuns trous de la carie : qui fut cause de me faire haster d'extraire et leuer ledit os, qui bransloit long temps auparauant. Et dessus la Dure-mere trouuay, où Nature auoit engendré chair, trois cauilés à mettre le poub e, qui estoient remplies de vers grouslans et mouuans, lesquels estoient chacun de grosseur enuiron d'vn fer (l'aiguillette , ayant la teste noire.

Or esloil la portion d'os que Nature auoit séparé, de grandeur de la paulme de la main et plus : tellement qu'à le voir on ne pouuoit comprendre que Nature eut peu ielter et séparer telle quantité de l'os du Crâne sans mort. Ettoutesfois il en guérit, outre l'espérance de tous ceux qui l'auoient veu : mais apires la consolidation de sa pliiye, la cicatrice luy demeura grandement caue (ce qui esl escrit d' Hippocrates '^) pour raison de la perdition de l'os qui est de matière sper-

, L'édition de I56t ajoute: semblables à ceux-ci : el donne la figure de cinq caulcres que nous relrouverons Iraiisporlés au cliapilre ;i2 du il' livre : Des cauieres aciueL et poienOels,

' Hipp. aph. 45., liu. 6. ricera quœcunque, etc. — A. P.

DES PLAYÉS EN

nialiqxie, laquelle ne se peut régénérer selon sa première intention , et aussi poujce que la chair ne peut croistre sur vn Callus : à cause qu'il est comme chose esti ange et empruntée à Nature , et mesmement parce qu'il est plus solide et compacte que l'os naturel , dont le sang ne se peut resuder.etpar conséquent la chairne peut estre rengeridrée. Au moyen dequoy lors qu'il y a perdition d'os en quelque partie de nostre corps, la cicatrice demeure tousiours cane : et au Crâne où il y a perdition de substance des deux tables, l'on voit au sens de la veuë, et sent-on à l'atloucliement de la main, vue pulsation faite par le mouuement du cerueau , à l'endroit de la cicatrice, et le lieu demeure par longue espace de temps plus débile et douloureux. Et pour ceste cause, feis faire audit laquais vn bonnet de cuir bouilli, pour résister aux iniures externes, qu'il porta iusques à ce que la cicatrice fust bien solide , et la partie fortifiée.

Or il y a d'aucuns soy disans Chirurgiens, mais pluslost sont de ces abuseurs, coureurs et larrons, que lors qu'ils sont appelles pour traiter les playes de teste, où il y aura quelque purlion d'os amputé, font accroire au malade et aux assistans, qu'au lieu dudit os leur faut mettre vne pièce d'or. Et de fait, en la présence du patient l'ayant receué , la battent et la rendent de figure de la playe, et l'appliquent dessus, et disent qu'elle y demeure pour seruir au lieu de l'os, et decouuerture au cerueau : mais lost après la mettent en leur bourse, et le lendemain s'en vont laissans le patient en ceste impression Les au-

• Franco a signalé la même escroquerie ; et nous avons vu cependant que Fallope sem-

PAUTICVLIER. 67

très disent que par leur industrie et grand sçauoir ils font coalescer vue pièce de cougourde ' desseichée au lieu de l'os amputé. Et ainsi abusent les ignorans , qui ne connoissent que tant s'en faut que cela se puisse faire, que Nature ne peut souffrir vn petit poil enfermé en vne playe , ou autre petit corps estrange. Ce qui est prouué par Galien au quatriesme liure de sa Méthode. Parquoy nul homme de bon esprit ne doit croire tels affronteurs.

Siaucunveutdirequ'vnebalolte de plomb tirée par vne harquebuse, peut demeurer longues années en quelques parties de nostre corps , cela ie leur concède : parce que le plomb a quelque familiarité auecques noslre substance , comme ie declareray aux traités des playes faites par harquebuses : partant n'engendr - si tost corruplion. Toutefois, nonobstant icelle familiarité, Nature l'expulse au dehors, si l'espaisseur des muscles, ligamens , pannicules , ou autres parties solides ne l'empesche, ou la figure de la partie qui seroit caue. Parquoy leur obiection ne fait rien , ou peu à propos. Et conclus que si l'on applique vne pièce de plomb au Crâne pour seruir de couuerture au cerueau, iamais n'y pourroit seruir, non plus que l'or ny la cougourde, ou autre matière estrange.

Et te suffise des altérations et caries des os du Crâne. Maintenant il ne reste plus qu'à déclarer la manière comme l'on doit procéder à la curation de la concussion et commotion

ble croire à l'utililé de ce moyen. Voyez la note de la page 20.

' Cougourde , dite aussi courge dans l'édition de 15C1. Le traducteur latin a rendu ce mot par cucwbita, citrouille.

LE HVITIEME LIVllE,

tlu cerueau. Ce que ie feray , s'il plaist à Dieu, et le plus bref qu'il mv sera possible K

CIIAPITIIE XXIII.

LA CVRE DE LA CONCVSSION OV COMMO- TION OV ESBRANLEMENT DV CERVEAV.

Nous auons par cy deuant déclaré les causes, signes el accidens de la concussion du Cerueau, sans playe au cuir musculeux, ny fracture à l'os : parlant à présent nous faut parler de la cure.

Donc le patient ayant receu grande concussion à la teste, et le Chirurgien ayan t connoissance que l'os n'est fracturé, mais a crainte qu'il y ail quelque vaisseau rompu au dedans, promptement luy faut tirer du sang

* Il y a un désordre apparent dans la disposition des chapitres précédents. Vous avez vu au chap. )6, A. Paré s'occuper de la cure des accidents qui surviennent au crâne; puis aux chap. 17 et 18 , des accidents qui advienneni à ta dure-mere ; aux trois suivants, il s'occupe du trépan au 22' de Valieration des os ; et enfin au 23' de la commotion et des plaies du cerueau. Le traducteur latin a cru devoir changer cet ordre. Après le chap. 16, De crauii fracti curâ parliculari , il l'ait suivre immédiatement les trois chapitres qui ont trait au trépan ; puis celui de l'altération des os; puis les deux chapitres des lésions de la dure-mère; et enfin il en vient à la commotion du cerveau. Au premier coup d'oeil cette distribution est en eCTct plus méthodique, en ce qu'elle va des parties superlicielles aux parties plus profondes; mais en réalité, les altérations de la dure-mère étant une indication du trépan . il était naturel de les décrire avant de s'occuper de l'opération qu'elles nécessitent. Du reste, A. Paré a toujours suivi son ordre primitif dans toutes les éditions françaises , et cette seule raison aurait suffi pour me le faire conserver.

d(î la vcîiiie Cephalique du cosié blessi'. Et luy en sera tiré assez bonne quantité , ayant esgard à la maladie présente et future, et principalement à la vertu , et autres choses qu'il faut considérer à la saignée, ainsi que Galien déclare ». Et pour ce faire, appelleras vn docte Médecin.

Puis on luy rasera tout le poil de la leste , et luy sera appliqué le cataplasme cy deuant escrit , composé de farines, huile rosat et oxymel, ou autres repercussifs froids et humides , lesquels seront renouuellés souuent.

Et fau t euiter ceux qui sont secs et fort astringens , comme vngiimiam de holo , ou semblables, pource qu'ils opilentpar trop, et gardent que les matières fuligineuses ne se peiiuenl exhaler, tant par les sutures que par les porosités du Crâne et du cuir qui couure la teste : dont tant s'en faut qu'ils gardassent qu'il ne suruiut imflammation , que plustost par iceux elle seroit augmentée.

Pareillement luy faut donner clysteres souuent , s'il n'a bon ventre , à On de garder que les vapeurs ne montent au cerueau : qui se fera aussi auec l'aide des filetions et ligatures faites aux bras, cuisses et iambes, et par ventouses appliquées sur les espaules , et le plus près du col que l'on pourra : lesquelles seront assez grandes, et auec grande flambe, pour faire plus grande rcuulsion , et deslourner lesangqu'il ne monte par trop grande impétuosité au cerueau , lequel causeroit inflainmation et autres mauuais accidens.

El le lendemain faut ounrir la veine Puppe, qui est située au-dessus de la suture Lambdoïdc, laquelle a grande communication auec 0(>lles du cer-

Gal. au Hure de Sanguine missione.—A. T.

DES PX,AYKb I:N l'ARTlCVLlEll.

iieau : et estant ouuerte , faut comluander au patient qu'il lermo sa bouche et le nez, et qu'il expire le plus fort qu'il pourra. Car en ce faisant les membranes s'esleuent, et par ce moyen le sang qui seroit respandu entre le crâne et les membranes est euacué, mais non celuy qui est entre le cerueau et lesdites membranes. Et où tel accident aduient, la chose est désespérée, s'il y en a trop grande quantité, et que Nature ne soit assez forte pour le suppurer et le ielter hors. L'on peut pareillement ouurir quelques iours après celle du milieu du front , et les artères des temples, aussi les veines de dessous la langue, à fin que par telles ouuertures on puisse faire vacualion de la matière conioinle.

Pareillement le patient doit tenir diète tenue, sans boire nullement de vin, principalement iusques au quatorzième iour, qui est le terme cousturaier où les accidens sont encorcs en vigueur. Aussi les medicamens repercussifs doiuenteslre continués iusques au quatrième iour : et puis après on doit venir aux résolutifs, commençant aux doux et amiables , comme ceste décoction:

y.. Radicis allhea; 5 . vj.

Ireos, cyperi, calamiaromaliciana 3 . ij- Foliorum saluiœ , maiorana; , beloiiic'e, llorum camomilla;, meliloli , rosarum nibrarum , stœchados ana m. ft.

Salis communis 5 . iij.

Biilliant omnia simiil sccunduin arlem cnm vino rubrc claqua l'abrorum, liai dccoctio :

De laquelle on fera fomentation deux fois le iour auec feuti'es ou esponge. Et te conuienl en cest endroit noter, qu'il ne faut trop eschauffer la teste, de peur d'induire douleur et in-

llanmiation. Puis appliqueras le Cerat escrit par de Vigo, lequel a faculté de resouldre modérément, desseicher et attirer par les porosités l'humidité qui est sous le Crâne : et par sa vertu aromatique conforte le cerueau et l'esprit animal : lequel Cerat est en ceste forme.

2£. Furfiiris bene triturali 5 • Farinai lenlium o-ij.

Rosarum, myrliborum , foliorum et gra-

norum eius ana § . j.

Calami aromatici 5.j. fJ.

CamomillEB, meliloli ana m. G.

Nuces cupressi , numéro vj.

Olei rosacei et camomillœ, ana § . iij. Cerœ albœ § . ij.

Thuris, mastiches ana 5. iij.

Myrrha; 3. ij.

Puluerisalis puluerisandis , et liquefactis oleis cum cera, omnia misceantur simiil, et fiai mixlura, quœ eril inter formam emplaslri et ceroti.

Et dit en auoir vsé à vn gentilhomme du Duc d'Urbin, lequel cheut de clieual sur le pont saint Ange à Rome, la teste sur vne pierre de marbre . et demeura en terre comme mort, et saigna par le nez, bouche et oreilles : et subit la teste luy deuint fort enflée, ensemble tout le visage , auec couleur liuide , et demeura vingt iours après estre blessé, sans parler : aussi fut vingt iours sans boire ny manger, fors de la gelée fondue et des bouillons de chappon auec sucre et autres semblables :

neantmoins fut guéri. Vray est qu'il perdit sa mémoire , et luy demeura vnebalbucie, c'est à dire, fut bègue , ne sachant expliquer ce qu'il desiroit dire. Ce qui confirme le dired'IIippocrates, lequel affirme que ceux qui pour quelque cause ont concussion au cerueau, perdent incontinent la

70 LE HVITIÉ

parole' : voire comme noie Galien au Commentaire, toute action qui vient de volonté. Or en tel cas ie n'estime de petite efficace, non moins que de Vig^o , la faculté d'un tel Cerat. d'auoir prohibé l'aposleme qui se pouuoit aist^ment faire au cerueau.

Ce qu'aucuns bigarrés hors de raison ne veulent concéder, et maintiennent ne se pouuoir faire aposleme en la substance du cerueau. Pareillement ne croyent qu'on ne puisse eschapper, lors qu'il y a portion de la substance du cerueau deperdue, et donnent des raisons en l'air, que ne veux icy reciler pour euiter prolixité:

mais il me suffira le prouuer par l'autorité des anciens , qui ont laissé par escrit telles choses estre aduenues : ioint que par expérience on le iioil souuent aduenir.

Et premièrement Hippocrates dit , que celuy qui a grande douleur de teste, s il aduient qu'il iette du pu's, des eaux ou du sang par le nez et par la bouche , ou par les oreilles , cela guerisl le malade 2. Pareillement Galien au liure de Inœquali temperie , et Rasis au troisième liure de son Continent , chapitre quatrième, et Auicenne au chapitre des Exilures à la iij. partie du iiij. liure, chapitre vingtième , affirment que Nature iette la sanie faite au cerueau , par le nez , bouche et oreilles.

Or par expérience aussi on a veu aduenir telle chose. Et me souuienl que maistre Prolhais Coulon , Chirurgien de deffunt monsieur de Langey, m'a recilé et affirmé auoir veu vn ieune garçon en la ville du Mans , lequel aidoit à sonner vne grosse cloche, et

.1 Hipp. aph. 58, liu. 7. Quitus cerebrum aliqua , etc. — A. P.

a Aph. 10 au liure 6. — A, P.

CE LIVRE

se pendoit à la corde, par laquelle fut eslpué en haut, et tomba la teste première sur les quarrcaux. Et subit perdit la parole, l'oiiye et la veiie,et toute connoissance et raison , auec rétention des excremens : puis tost après luy suruint la fiéure auec délire , et autres mauuais accidens. Et ne fut le le patient trépané , à cause qu'on ne trouuoit aucune fracture au Crâne.

Et au septième iour il luy suruint vne grande sueur et slernutation, auec laquelle ietta grande quantité de pus par le nez, oreilles et bouche. Et après ceste euacuation les accidens cessèrent, et guérit.

P'auantage i'ay fait ouuerture souuentesfois pour l'aire rapport en iustice , à cause de la mort de plusieurs qui auoient esté blessés à la teste, où ie trouuois grande quantité de pus auec pourriture de la propre substance du cerueau.

Des playes du cerueau K

Reste semblablement prouuer, que les piayes auec perdition de substance du cerueau , ne sont iiecessairement mortelles ^. Ce que le bon

1 J'ai cru devoir intercaler ici ce titre afin d'appeler l'attention du lecteur. En effet, en consultant seulement les titres des chapitres comme l'auteur lésa distribués, on pourrait craindre qu'il n'eût laissé dans ce traité des plaies de tête une lacune aussi importante que celle des plaies du cerveau. On trouvera sa doctrine à ce sujet brièvement exposée au chapitre Du progiiosiique (voyez ci-dessus, page 27) ; mais on avait droit d'attendre qu'il la confirmât par des exemples particuliers.

2 Toutes les éditions depuis celle de 16(J1 jusqu'à la 4" portent en cet endroit : // eut prouvé par l'aulhoriié de Galien qui dit auoir veu vil ieune enfant guarir d'vne pluye pénétrante jusques à l'vn des ventricules antérieurs

DES PLAYES KN

vieillard Guidon récite avoir veu vne plave en la teste , partie postérieure , de laquelle estoit sortie de la substance du cerueau,et le patient guarit. El quand à moy, ie puis asseure r en auoir aussi veu, dont icyenraconteray quelques liistoii es.

Dés l'an mil cinq cens trente-huit, comme i'estois à Thurin , Cliirurgien de del'funt monsieur le Maresclial de Montjean , pensa y l'vn de ses pages , qui receul vn coup de pierre à la leste par vn de ses compagnons, joiiant au palet : et le coup fut sur l'os Pariétal, partie dexlre , auec fracture et embarrure dudit os, et sorloit par sa playe de la substance du cerueau , la grosseur de demie auelaine ou enuiron. Et subit qu'apperceu telle cho?e, disois la playe estre mortelle Et sur ce fait arriua vn icune Médecin , lequel contesta fort contre nioy, disant qu'icelle portion du cerueau estoit graisse, et non du cerueau. Auquel le dis qu'il la gardast iusques à ce que i'eusse habilié le patient , et que mon dire seroit trouué véritable. Et après auoir pensé ledit page, à fin de prouuer par raison et expérience qu'icelle portion du cerueau ne pouuoit estregraisse : ie luy dis premièrement, qu'au dedans le Crâne il ne se peut faire graisse , encores que les parties soyent froides, à cause qu'il y a grande quantité d'esprits animaux, qui sont très chauds et subtils , ioint la multi-

dti cerueau. Fareillemenl le bon vieillart Guidon , etc.

Et ce qui est assez singulier, c'est que la cinquième, où cette ptirase est relrancliée, a continué d'indiquer en marge l'endroit de Galion : Lin. 8 de l' f^s. des parties.

11 est probable que le motif de celte suppression e.'t que Catien ne parle que d'une plaie , tandis que Paré parle plus spécialement des plaies avec perte de substance.

PARTICVLIl'.n. 71

lude des vapeurs esleuées de tout le corps à la teste : lesquelleschoses emppsciient la génération delà graisse; et quant à l'expérience, par la dissection des corps morts , iamais on n'y voit aucune graisse. Et neantmoins vouloitgaignerson dire par tousiours contester. En tin luy dis que l'expérience nous mettroit d'accord. Ce que plusieuis Gentilshommes et autres assistans désirèrent bien voir et entendre : car ie tenois , que si c'estoit graisse , elle nageroit sur l'eau : au contraire que si c'estoit de la substance du cerueau , qu'elle iroit au fonds. D'auanlage si c'estoit graisse, en la mettant sur vne pelle chaude, elle fondroit : et si c'estoit du cerueau, il se desseicheroit , et demeureroit aride comme parchemin, sans se fondre ouliquefier,el promptementbrusleroit,pource qu'il est gluant, humide et aqueux. Et furent faites telles espreuues , dont fut trouué mon dire eslre vray : et combien que ledit page eust telle portion de la substance du cerueau perdue , il guérit, reste qu'il demeura sourd.

1 Dauantage me souuient auoir pensé auec maislre Thierry de Hery et feu maistre Loys Drouet , hommes bien exercités et grandement expérimentés en l'art de chirurgie, deux patients ausquels vne petite portion du cerueau (toutefois assez manifeste) estoit sortie hors et séparée de la sub-

* J'extrais les deux histoires qui suivent delà deuxième édition du Traité des pluijes d'imcqiiebuies, \bh'2., fol. 78. La première seule aurait dû cire placée ici; la seconde se rattacherait beaucoup mieux au chup. 4 de ce livre, qui traite des scissures , et nous sommes obligé de revenir sur la note de la page 11 , oii nous avions attribué à Faltppe la première mention de la fissure bornée à la table interne. On voit que Pierre Aubert

VA. in iTIiiMl- I.IVJfK ,

stance diulil cerueau : dequoy s'ensnivireiit signes et accidoiils mortels, comme fithire continue, tumeur, aliénation d'esprit , scotomio ou verligie, syncopes , abbreuiatiou et remission d'haleine, rougeur des yeux et autres signes : ce neantraoins ne moururent de telles playes.

Et pour suiure tousiours mesraes exemples à ce propos, te veux aduertir d'une cure recenlement faite par Pierre Aubert , chirurgien de monseigneur le duc de Guyse, d'vne playe faite par contusion, située sur la teste à l'os coronal , au moyen de laquelle Tos estoit dénué du pericrane et descouuert autour : toulesfois ne semontroit aucune fracture dudit os au sens de la veuë, mais quelques ioiu's après suruint au patient une bonne partie des accidents susdits , entre lesquels iettoit le sang par la bouche , meslé avec du pus et bouë. Et voyant ledit Aubert tels accidens ne cesser, mais au contraire augmenter de iour en iour, vsa de trépans , et trouua la seconde table dudit os rompu , faisant compression sur la dure-mere, et par conséquent sur le cerueau : et ayant osté l'os froissé et rompu, trouua la-

en avait constaté l'existence assez longtemps avant Fallope , et A. Paré appuie sur ce point clans une note marginale ainsi conçue :

Première table du crâne demeure aucunefois entière -par dehors, et la seconde est fracturée et rompue.

L'incision de la dure-mère pour donner issue à la matière épanchée au-dessous, a d'ailleurs été prescrite par A. Paré au chapitre 17. (Voycz-ci-dessus page 48.)

Au reste ces deux observations avaient été omises dans toutes les autres éditions d'A. Paré; oubli d'autant plus dillicile à concevoir qu'elles ont , comme on voit, un grand intérêt pour les doctrines de l'auteur aussi bien que pour l'histoire de l'art.

dite dure-mere liuide et fort tendue sans mouuement. Le lendemain voyant que par l'ouverture dudit os les accidents ne cessoient, considéra que pour la grande contusion pouuoient est rerompues au dedans veines et artères, dont foit incision de la duremere, par laquelle subit sortit bonne quantité de pus, et dés lors le mouuement du cerueau se commença à faire, et les accidents diminuèrent. Parquoy le patient fut à la fin guéri.

Vray est que s'il eust esté grand seigneur ou prince, n'en feust pas reschappé de telle playe, à cause tpvil n'eusl voulu souffrir faire ce que l'art commande , et les chirurgiens n'eussent fait si hardiment leur deuoir.

' D'abondant n'agueres , maistre Estienne de la Riuiere , Chirurgien ordinaire du Roy, et Loys le Brun , Chirurgien iuré à Paris , et moy, auonsprnsé vn nommémaistreRobert Couftgenou, l'vn des chantres ordinaires de la chapelle du Roy, d'vne playe en la teste , située au milieu de l'os coronal, faite d'vn coup d'espée, de grandeur de cinq doigts ou enuiron, auec fracture et embarrure d'vne pièce dudit os, laquelle estoit séparée du tout d'auec le Crâne : et pour extraire et tirer l'os rompu , le trepanay : pource qu'autrement on ne l'eut peu auoir, et après tiray ledit os fracturé auecques certains instruments propres pour extraire aucunes pièces d"us de dessous le Crâne 2.

' Cette nouvelle observation et ce qui suit jusqu'à la lin du chapitre, se trouvait à la suite de celle du page du maréchal de Montejan, dans l'édition de 1661, fol. 2lGet suiv. Je ne peux m'expliquer pourquoi elle avait été retranchée des éditions complètes qui annonçaient ainsi quelques liisiuir^s, et qui n'en donnaient qu'une.

2 A. Paré avait liguré ici quatre instru-

DrS PI.A\'f.S I

Or le dit os auoil rompu hi Duremsre, et sortit par la pl;iyo de la substanco cerneau, la g-'ossour d'vne auelaine ou pliis, en la présence de messieurs nostre maistre Rosée, docteur en Théologie, et Gosselin, ma- Ihematicien et gardien de la librairie du Roy, ei Claude Rousselet, bachelier en médecine. Etneanlmoins a ledit deCourtgenou recouuert santé, et à présent est encores viuant.

Donc pour conclure, plusieurs estant blessés à la teste par petite playe meurent: lesanlres nonobstant qu'elle soit grande et auec perdition delà substance du cerueau , viuenl quelquesfois. Aussi pareillement on voit en certaines régions et saisons les piaj^es de teste eslre quasi toutes moilelles , choses estrange et quasi inconneuë par raison, mais par seule expérience.

Ce que ie réfère du tout au grand Arcliitecteur, fadeur de toutes choses, qui dispense et détermine nostre \ie ainsi qu'il luy plaist

inents, qui ne sont autres que le bec de grue droit, le bec de corbin dcniclé, le bec de grue coudé, que nous relrouverons au liv. IX , rhap. 4 , Description des instruments propres pour tirer les balles et autres choses esiranges; et le dernier est le bec de corbin , dont Paré .se servait aussi pour saisir es vaisseaux et les lier, et que nous relrouverons au liv. X, rliap. 22.

'Les observations de plaies du cerveau suivies de guérison ont frappé de tout temps les observateurs. A. Paré rapporte lui-même plus bas des cas observés par Galien et Guy de Chauliac ; mais ce sont toujours des faits rares, et qu'il ne faut pas prendre pour règle (lu pronostic. Aussi quoique le blessé de Oalien fùtguérid une plaiequi pénétrait jusqu'aux ventricules, nous verrons plus lard A. Paré, en présence d'une plaie du même genre, porter un pronostic absolument fatal. I Voyez \'A\ioloçjie , voyage de Perpiijnan. )

Bérenger deCarpi est de tous les écrivains du xvr siècle celui qui a le mieux étudié les

l'ARTlCVr.lER.

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