‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 25 sur 482 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

DES LIEVX ESQVELS ON NE DOIT APPLIQVER TREPANES.

Or après auoir descrit les Trépanes et autres instriimens capitaux , faut maintenant déclarer les lieux ou endroits , esquels nullement ne faut appliquer Trépanes.

Et premièrement sur l'os fracturé et separédu tout, ou sur la plus grande part séparée d'iceluy qui demeure entier , c'est à sçauoir qui n'est fracturé, de peur qu'en pressant dessus, on nel'enfouçast sur les membranes.

Secondement sur les sutures'.

I A. Paré a expliqué dans son Anatoinie , liv. III, chap. 3, pourquoi il ne fallait pas trépaner sur les sutures. C'était de peur de rompre les veines, artères et filaments nerveux qui communiquent des parties externes aux parties internes; d'où pourrait suivre une hémorrhagie et le décollement de la dure-mère.

Bérenger avait déjà combattu cette doctrine. Il avait recherché si en effet la duremère adhérait davantage aux sutures qu'aux autres points de la voûte du crâne , et avait trouvé que non. Chez des fœtus de quatre à cinq mois, il est bien vrai que la dure-mère est intimement unie au péricràne dans l'intervalle des os, et plusieurs auteurs en avaient tiré la conséquence que les adhérences persistaient à l'endroit des sutures ; mais , répond Bérenger, la raison ne fournit point d'argument décisif à cet égard, et les sens ne montrent pas ces adhérences.

« Ceux qui sont de cette opinion , ajoutet-il , croient qu'il est dangereux d'opérer prés des commissures. Mais je déclare que j'ai vu plusieurs individus blessés sur les commissures, et que je les ai guéris; et que j'ai extrait des fragments des dentelures des sutures mèmc; et que je n'ai pas vu dans ces cas celte grande différence qu'y mettent beaucoup de gens , grands médecins par la

Tiercement sur les sourcils, pour les raisons susdites, ausquelies il faut adiouster vn point bien notable : sçauoir qu'en cest endroit y a vne grande cauité pleine d'vne humidité blanche et glueuse, et ensemble de l'air, ordonnée de Nature pour préparer l'air qui monte au cerneau : autrement le Chirurgien pourroit s'abuser, cuidant la susdite cauité eslre vneenfonceure d'os qui requist le trépan.

Quartement aux parties inférieures de la teste , s'il est possible, de peur que la substance du cerueau ne sorte dehors par l'ouuerture faite en l'os , pour sa pesanteur^.

Quintement , sur les os bregmatis ou fontenelles des petits enfans , les-

plume et par la parole; et je crois qu'ils n'ont pas bien vu l'anatomie.

» Cependant je conviens que les membranes sont plus attachées dans les sutures qu'ailleurs, parce que là il n'y a pas d'os intermédiaire ; et ainsi il n'y a rien que de bon, en opérant, à éviter les sutures. » Fol. 27.

Il revient ailleurs sur ce sujet, et précise plus nettement sa doctrine.

« Note, lecteur, que quoique l'on trouve entre les sutures des artères, des veines et des nerfs, le médecin ne doit pas pour cela renoncer à jamais à opérer sur elles ; car il peut se rencontrer des cas où il devienne nécessaire de trépaner là comme partout ailleurs. Si la tête est notablement lésée à l'endroit des sutures, et qu'immédiatement ou avec le temps on connaisse que la duremère y est décollée, il n'y a nul risque eu opérant de blesser les veines et les artères , parce qu'elles sont déjà séparées et éloignées du crâne. J'ai fait plusieurs fois cette opération, et je n'ai pas vu qu'elle fût différente de ce qu'elle est dans d'autres endroits. Et il faut opérer ainsi parce que l'on réussit bien. » Folio 84.

' Il est trop évident que Paré n'entend point défendre d'appliquer le trépan à la base du crÙLiic; les pariiez viférietiresy^alenl

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quels ne sont encore assez solidos pour soustoriir la Irepane.

Sexlemenl, sur U-s temples h raison du muscle lemporal , pour obuier à l'accidenl que dcscrit Ilippoci aies , que si on failseclion au muscle dextre de la lemple, il snruiendra spasme de l'autre costé : et si on la f.iil ausenestre, le semblable accident aduiendra.

La raison est que le musc le incisé en trauers perd son action , qui estoil mouuoiret amener la mandibule inférieure vers la supérieure. Et lors son compagnon opposite estant en son entier et oerfection (qui est tirer versson princiiie) tireàsoy ladite mandibule inférieure : et celuy qiiisera incisé, n'a nulle contrarieléà son compagnon: partant la partie saine attirera vers elle la maladie : el par ainsi la bouche et autres pai tiesdela face demeureront tortues, principalement plus du costé non incisé que l'autre incisé : parce que toutes et quantes fois

dire ici la parlic postérieure , qui est inférieure en effet quand le malade est couché sur le dos. C'était une doctrine assez généralement admise, et contre laquelle je ne vois à cette époque que Bérenger qui se soit élevé.

Il commence par rappeler que Nicolas a jugé la trépanation en cet endroit comme dangereuse, et que d'autres ont dit ne l'avoir jamais vu réussir; mais il ajoute :

«J'ai pourtant vu quelquefois le contraire. Et entre autres sur le seigneur Paul le Flongrois, déjà cité en exemple d'une incision au cerveau. Il avait une grande plaie à la partie postérieure de la icle en bas vers le cou. Au premier pansement je lui enlevai un notable fragment ri'os, et néanmoins il guérit. Et il vous est bien connu , noble prince l Laurent de Médicis), que nous vous avons enlevé avec les instruments une sudi-anle quantité d'os à la partie pootérieure de la tète ; et cependant vous avez fort bien guéri.» Folio 84, recto.

ME LIVRE

qu'il ya comme vn conf repois de nerfs et muscli's estans en parties opposites égaux en nombre, magnitude et force, la résolution et paralysie d'vne parlie cause et fait conuiilsion en l'autre partie pareille, comme vn cont repois, ainsi que I on voit en vne balance le l<lus pesant emporter le plus léger.

Or il n'y aura seulement ce danger , mais encore vn autre plus grand , pource que ledit musrle se meut en maschantet en parlant: et parlant difficilement est consolidé , et aussi que sons iceluy est la commissure petreuse. Paieillement qu'en sa substance sont plusieurs veines, artères et nerfs , au moyen dequoy souuent beaucoup d'accidensaduennenl, comme douleur, inQammation , fiéure, spasme non seulement particulier , mais aussi vniuersel , et par conséquent la mort.

Parquoy nul ne sera si temeràiîre de couper lesdits muscles des temples, pour faire trépanation pour la fracture qui pourroit estre en tel endroit : mais pluslost sera faite opération au dessus ou à costé, et le plus près de la fracture que l'on pourra'. Ce que

» Je trouve encore à cet égard Bérenger plus hardi et plus avancé que Paré. Il commence par poser ces deux principes, que la trépanation doit se faire 1° au lieu le plus déclive par rapport à l'épanchemenl ; 2° là où les os ont à la fois le moins d'épaisseur et de dureté. Et rapportant à ce propos une opération de Galien, qui pour une fracture de l'os de la tempe trépana vers le synciput, il blùnie hautement celle manière de faire. Conmienlen effet espérer que le pus remontera contre son propre poids .î* Et il faudra donc de plus qu'il décolle la dure-mère pour se frayer un IrnjelP « Pour moi, dit Bérenger, en pareil cas, je ferais plus hardiment l'ouverture à l'os des tempes qu'au syncipul. » Fol. 83.

DES PLA.YF.S EN

feis ti vn gentilhomme nommé monsieur de la Bielesche, lequel à l'entrée (lu leii Roy Henry, ftil blessé d"vn coui) de pierre sur le |»onl Noslre Dame, en cesle ville de Paris: laqueile liiy fractura l'os petreiix, auec grande contusion du muscle Temporal, sans i)laye. Dont ie lus le lendemain enuoyé quérir pour !e penser en son logis, rue de la Harpe, à la RoseUouge. Et ayant conneu la frac lure et la nature du lieu blessé, voulus appeller conseil, tant de Aledi cins que Chirurgiens : entre lesquels aucuns furent d'aduis défaire ouuerluredessus ledit musclé , à fin d'appliquer la trépane pour extraire les os IVacturés. A quoy ie repugnay bien foi t , alléguant l'autorité d'Hippocrates au liure des playes de la Teste, lequel deffend de ne faire incision en tel endroit, pour obuier aux accidents prédits : et aussi par l'expérience qu'auois conneuë, que ceux ausquels on auoit fait section et coupé ledit muscle, tomboient en conuulsion et mouroient : mais fus de cest aduis qu'il falloit faire ouuerture à la partie supérieure , et le plus près de la fracture qu'on pourroit, sans toutesfois toucher audit muscle que le moins qu'il seroil possible. Or le frère dudit sieur de la Bretesche, qui estoit l'vn des Protenotaires de Monseigneur le Reuerendissime Cardinal de Chastillon, qui estoit pour lors viuant, comme il estoit présent à la consultation, pour la grande amitié fralerneile qu'il luyporloil, dist que nullement ne permellroil qu'on tist incision sur ledit n)uscle, de {)eur que ne suruinl l'accideni qu'auoisdemonslré. Etainsi fut accor é de tous , que la section seroit faite au dessus dudit muscle :

ce qui fui fait par moy tout à I heure. Et le lendemain (qui estoit le troi-

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siesme iour) ie le Irepanay, et par Pouuerlure faiie à l'os quelques iours après liray quatre esquilles de la fracture, luy niellant vue tente de plomb cannulée, de figure plaie (comme tu vois par cesle fig-ure suiuante, toutesCois non silongu(!) pour extraire la sanie qui sortoit d'entre l'os et la Dure-mere. Et lors que l'habillois, luy faisois baisser la teste en bas, et fermer la bouche et le nez, à fin d'expulser la sanie hors : puis luy faisois iniection de choses detersiues , auec vne petitfîSyringue, dont aslry aussi le portrait : et auec autres remèdes fust par la grâce de Dieu bien guéri.

Teille (le plomb cannulée , de figure plulle, pouf donner issue à la sanie retenue entre le Crâne et lu Dure-mere. Syringue. .

Semblable cas presque aduint au siège de Metz, en la personne de monsieur de Pienne, nommé alors Bugueno : lequel estant sur la brèche fut blessé en la temple avec fracture d'os, par vn esdat de pierre delà muraille, fait d'vn coup de canon tiré par i'ennemy. El subit qu'il fut frappé, tomba en terre, et ietla le sang

LE HvniliMK LIVRE

par le nez, par la bouche, et par les oreilles, auec grand vomissement:

et fust près de quatorze iours sans parler ny ratiociner et connoislre personne. Et luy suruint aussi des tressaillemens , approchans de spasme , et eut tout le visage enflé et fort liuide. Il fut trépané à costé dudit muscle sur l'os Coronal, par vn nommé Pierre Aubert, Chirurgien ordinaire du Roy. Et au vingt-cinquiesme iour il luy suruint vne chair molle et fort sensible, appellée Fungus,qui sortoit de la dure-mere, à l'endroit où l'on auoit appliqué la trépane : laquelle chair croissoit de iour en iour, iaçoit qu'on appliquasl dessus choses corrosiues : loutesfois depuis (neantmoins ceste grande playe et fracture, et autres accidents) fut guéri.

Les anciens ont appelé icelle chair Fungus, à raison qu'elle est molle , ayant vne racine comme vn potiron ou champignon, el est large en sa partie supérieure, en l'inférieure gresle et menue , et s'augmente selon la quantité de sa matière , ou selon qu'il sei'a aussi traité par remèdes contrarians à sa cause, et aussi le plus sonnent est fétide : les vulgaires l'appellent le Fie sain t Fiacre

Or la matière comme se font lesdits Fungus , c'est qu'ainsi qu'aux troncs des arbres quelque tumeur à demy pourri, glueux et visqueux vient à sortir, quasi par resudation de chose excrementitielle par l'escorce , et peu-à-peu sortant hors , prend accroissement en forme de Fungus : semblablement des vaisseaux delà Dm-e-mere et du Crâne, estans rompus , en sort quelquesfois vn

• L'édition de 1561 ajoute : Qui est vue chose absurde et mal entendue, parce qu'il n'ij a point de maladies de saincls. Fol. 196, leclo.

sang melancholique , lequel Nature enuoye pour la régénération de la chair, nécessaire à telles parties, dont se forme vn Fungus, lequel , comme dit Galien , tient de la nature et substance de la partie où il naist , au reste retient en gênerai de la nature des verrues malignes.

Or pour la curalion diceux faut appliquer remèdes, qui par propriété occulte ont faculté de consumer telle chair superflue, sçauoir fort desiccatifs de leur nature, et doux catheretiques, comme cestuy-cy :

:2f. SabiniB 5. ij.

Ochrœ 3. j.

Puluerisentur simul , et fiât puluis.

^utre.

"if. Hermodact. combustorum § .

Fiat pul.

fi.

Et où icelle chair fungueuse seroit fort accreuë, comme il s'en voit quelquesfois grosse comme vn œuf, plus ou moins , on la peut lier auec fil de soye le plus près de sa racine qu'on pourra : puis estant tombée , appliquer dessus des susdits remèdes , et infailliblement on le curera mieux et plus seurement que par autres médicaments plus corrosifs.

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