‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 263 sur 482 · DES CATARACTES · texte numérisé non relu

DES CATARACTES

Or quelquesfois aussi par coup, ou cbeute , et autres causes , sont faites cataractes, desquelles ie traileray en ce lieu, le plus bref qui me sera possible.

Cataracte est autrement appelée des Grecs Hijpochyma^ des Latins Suffusio 3 , et du vulgaire Maille. Or il ne faut icy disputer des noms , mais que la chose soit entendue. Parquoy disons que cataracte n'est autre chose qu'vne taye ou petite peau, qui iiaist sous la tunique cornée, à l'endroit de la pupille ou prunelle de l'œil , nageant sur l'humeur aqueux : à la différence des taches, macules , et cicatrices qui sont dessus ladite cornée.

Aucunesfois la pupille en est du tout couuerte , et aucunesfois seulement à moitié , et quelquesfois n'y a que bien petite portion d'icelle. Et selon icelles différences, l'action de l'œil est

• Ce derniep paragraphe , si riche en citalions , ne se lit pour la première fois que dans l'édition posthume de 1598. Il n'y a cependant nulle raison de croire qu'il n'appartienne point à Paré.

2 Nous revenons ici au texte du traité Ses playes de la teste de I6GI ; tout ce qui regarde l'histoire de la cataracte y était traité avec de grands détails du fol. 230 jusqu'au 239 ; et ce texte n'a subi que de légères modiQcations, que nous signalerons chemin faisant.

* L'édition de 1561 ajoute ici : ei des Arabts cataracte.

DE CHmVRGIE. 435

deprauée et ompeschée , ou du tout perdue et abolie : à raison que l'es prit animal visuel ne peut reluire au trauers d'icelle taye.

Les causes sont extérieures ou intérieures. Les extérieures , comme coups ou cheùtes , ou auoir eu trop grande chaleur ou froideur à la teste, qui auroient causé quelque douleur et fluxion aux yeux. Les intérieures sont grosses vapeurs et fumées eleuées de l'estomach ^ ( par faute de bonne digestion ) au moyen d'auoir vsé indeu.imcnl de grosses viandes , vins forts, et généralement toutes choses vaporeuses , dont sont faites grosses vapeurs et fumées corrompues, qui montent de l'estomach au cerueau : puis descendent aux yeux par quelque espace de temps , lesquelles se liquéfient et fondent en humeur visqueux, puis se condensent et congèlent par la froideur des membranes, ainsi que voyons en la génération de la glace.

Les signes peuuent estre pris de la description prédite, parce qu'on voit, principalement lorsqu'elle est confirmée, vue taye, membrane, ou petite peau sur la pupille, laquelle est quelquesfois blanche, noire, céleste, cendrée ou liuide, citrine, verde, et quelquesfois ressemblant à argent vif, qui pource , se monstre fort mouuante entre toutes les autres. Toutes lesquelles sont ainsi colorées selon la diuersilé de l'humeur dont elles sont faites.

Du commencement que la cataracte se forme, il semble au patient

• Les vapeuri qui s'eslettent de l'estomac monlans aux yeux, causent les cataractes, et selon leurs qualitez et substances sont ditiersement colorées. — A. P. — Cette note marginale se lit déjà dans l'édition de 1561.

LE QVINZIÉME LIVRE,

voir en l'air petites mousches, poils, rets, et autres diuerses choses qui montent et descendent , et qu'vne chose soit deux : aussi que la lumière et caractères ou images, luy semblent plus petites qu'ils n'auoient accoustumé , à cause que la faculté animale visuelle ne peut deuëment reluire, pour l'obscurité que fait la laye : ainsi que font les nuées, lesquelles empeschent la lumière du soleil et de la lune reluire sur la terre. Pareillement lors que la cataracte est en son accroissement , le patient voit moins en plein iour que vers le soir, parce que le iour estant en sa grande lumière, résout et dissipe l'esprit visuel. Et pour ceste cause, les simulacres, images et caractères , semblent plus petits en plein iour que vers le soir : à raison que l'esprit animal visuel se fortifie lors que le iour n'est en sa grande clarté.

D'auantage, si la cataracte n'occupe qu'vne portion de la pupille , alors le patient voit choses obscures et de diuerses formes, comme de croissants ou fenestres oblongues , et autres corps fantastiques. Car si la taye occupe le centre de la pupille , tous obiets qui se présenteront a luy luy sembleront eslre fenestres , estimant que ce qu'il ne voit point du milieu des obiets, estre comme ouuertures en iceux. Au contraire, si elle occupe la moitié de la pupille , il ne verra et discernera que la moitié des obiets, n'ayant l'vsage libre que de la moitié de l'humeur crystalïn » : comme aussi quand elle couure du tout la pupille,

1 Les deux phrases qui précèdent, depuis ces iTiots: car si la laye, elc. , manquent dans la petite édition de 1501 , et même dans la première édition complète j on les trouve pour la première fois dans celle de 1579.

et qu'elle est confirmée, ne peut plus rien discerner de sa veuë, fors quelque lueur du iour et de la lune et estoiles, ou de la chandelle : toutesfois sans rien pouuoir discerner *.

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