CHAPITRE XXI
CVRE DES CATARACTES.
La cure des cataractes qui commencent à se former, se fera en ordonnant au patient son régime , euitant vins forts et viandes qui engendrent suc phlegmatique et grosses vapeurs, et généralement toutes chosesaiguës,commesaleures,espiceries, ails, oignons, moutarde, pois, féues, nauets, chastaignes, et leurs semblables : et principalement le coït immodéré, qui en tel cas est fort contraire. Son pain sera fait auec fenoil, pource qu'il a vertu de clarifier la veuë , et prohiber les vapeurs de monter en haut, les dissipant en l'estomach deuant qu'elles puissent gaigner le cerneau , par sa vertu carminatiue. Et pour ceste cause après le past,le patient doit vser de cotignac , conserue de roses , ou dragée composée de choses carminatiues. Semblablement sera purgé et saigné s'il en est besoin 2 . Pareillement seront faites frictions diuersiues , applications de ventouses derrière le col. Aussi le malin vsera de masticatoires, pour faire deriualion des matières pituiteuses par la bouche.
Quelque ancien praticien ^ nous a
1 Ces derniers mots : louicsfois sans rien pouuoir disiinguer, sont une addition de 1585.
- L'édillon de 1561 ajoute : selon l'aduis du docte médecin.
5 Cet ancien praticien est maître Arnaud, cité par Guy de Chauliac.
OPERATIONS
laissé par escrit , que la friction faite des doiffts sur la palpebre , et regarder sotiuent les estoiles du ciel ( et quelquesfois la lune en son plein ) consument et dissipent la taye, toutesfois non encores confirmée : aussi fait le regard du miroir d'acier et des pierres précieuses , et généralement de toutes choses vertes et luisantes, à raison, peut estre , que par la vertu de leurs rayons et splendeur, elles peuuent dissiper çà et là , et tarir tel humeur. Pareillement l'efflation ou soufflement faite par quelque personne ( après la friction faite sur la palpebre ) qui aye l'haleine douce , ayant masché fenoil, anis, coriandre, noix de muguette, clou de girofle, canelle, et leurs semblables, si ainsi est que les ayant encores en sa bouche , luy face efflalion dans l'oeil, et le plus près que faire se pourra, et faut continuer telle chose par plusieurs et diuerses fois : car par ce moyen on eschauffe , subtilie, résout, rompt et dissipe la cataracte. Outre-plus on doit vser de ce collyre qu'escrit de Vigo , lequel a aussi grande vertu de clarifier la veuë, et prohiber que les cataractes ne se confirment : et mesmement les dissipe, et soiuientesfois les cure.
Collyre de F'igo.
^. Hepatis hircini sani et recentis Ib. ij. Calami aromalici, mellis ana g . ft.
Succi ruthae 3. iij.
Aquœ chelidonicE , fœniculi, veruena; et
eufrasiae ana g . iij.
Piperis longi , nucis muscatœ , garyo-
phyllorum ana § . ij.
Croci 3.j.
Fioris rorismarini aiiquantulum contriti m. ft.
Sarcocollœ, aloës hcpatica; ana 3. iij.
Felliï raya?, leporis et perdicis ana g.J.
E CHIRVRGIE, 4Jy
Ces choses soyent pilées; et puis soit adiouslé:
Sacchari albi g . ij.
Mellis rosali 5. vj.
Et le tout ensemble soit mis en l'alambic de verre, et distillé in balneo Mariœ.
Et de cesle distillation, en soit souuent mis aux yeux.
Et si par tous ces remèdes ladite taye n'est curée , mais au contraire se forme et engrossit plus fort : alors la faut laisser endurcir et confirmer, à fin qu'on la puisse guarir par opération manuelle, qui se fera en l'abattant auecques l'aiguille (comme nous dirons bien tost ) car si elle est trop tendre lors qu'on la voudroit abattre,raiguillepasseroit autrauers, et ne la pourroit-on abattre. Au contraire , si elle est trop dure , difficilement est abattue. Donc est besoin au chirurgien connoistre celles qui sont confirmées, ou non confirmées : semblablement celles qui sont curables , et celles qui sont incurables : lesquelles choses se peuuent connoistre par les signes qui s'ensuiuent.