CHAPITRE XXVm
LES mSTRVMENS PROPRES POVR ARRA- CHER ET ROMPRE LES UENXS 2.
Premièrement, deuant qu'arracher
» L'édition de 1573 ajoutait, fort inuliicraent à la vérité : {el non la mpericure). » Ce chapitre est le 79' de l'édition de
I un.
452 LE QVmZIEME LIVRE,
les dents , il faut que le malade soit assis bas, ayant la teste entre les ïambes du dentateur : puis qu'il les déchausse profondément d'alentour de leurs alueoles ' . auec dechaussoirs que tu as icy figurés par A : et après
les auoir déchaussées , si on voit qu'elles liennentpeu, seront poussées et iettées hors auec vn poussoir , duquel tu as icy la figure marquée par B,
Figure (Vvn poimoir el dechciussoirs.
qués par CC , et cestuy par E, selon que le dentateur se sera exercé à tirer des dents : car véritablement il faut estre bien industrieux à l'vsage des policans , à cause que si on ne s'en sçait bien aider , on ne peut faillir à ietler trois dents hors la bouche , et laisser la mauuaise et gastée dedans.
Figure d'vn dauiel el polican.
Aussi si on connoist que la dont ne puisse estre arrachée par le poussoir -, on prendra vn dauiet qui t'est marqué par D , lequel est propre à rompre la dent qu'on veut quassor : ou bien on s'aidera des policans mar-
■ L'édition de 15G1 est plus explicite encore; après avoir dit quand il faut en venir à l'extraction (voyez la noie de la page 44.')), elle ajoute :
El pour plus commodemenl faire, faut coupper el denlitiusser la chair d'autour la genciue et alueole, qui se fera auecques desclianssOirs, puis les pousfcr hors de la mandibule auecques vti poussoir, lesquels lu vois par cesle figure.
^ Ici , comme on le voit , Paré examine
"igure a autre poiicau'.
avant tout si la dent tient beaucoup ou peu; dans l'édition de 1561 , il commentait dans tous les cas par essayer le poussoir ( voyez la note précédente) ••
Fl si par tel moyen ne peux accomplir ton intention , ajoutait-il, r seras d'autres instrumenis /lommeipolicants et dauiet, comme tu vois pur cesle Jigure,
'Cet instrument était représenté dans
OPERATIONS
Qu'il soit vray, ie veux icy reciter vne Listoire d'vn niaislre barbier demeurant à Orléans, nommé maistre François Loiiis, lequel auoit pardessus tous l'honneur de bien arracher vne dent, de façon que tous les samedis , plusieurs païsans ayans mal aux
l'édition de 1S6I avec ce titre ambitieux:
^4uire poUcaii de plus grand industrie ei force que les précédents.
Du reste, tous ces instruments avaient déjà été figurés d'abord dans cette édition de 16GI, puis reproduits dans les Dix livres de Chirurgie en I5G4, puis dans l'édition de 1573, et enfin dans les oeuvres complètes. Les poussoirs, les déchaussoirs , les daviers avaient été assez bien indiqués par les auteurs antérieurs , et notamment par Guy de Cliauliac, mais les pélicans sont d'invention plus moderne; et le nom de l'inventeur m'est resté absolument inconnu.
Voyons seulement par quelles transfornialions ont passé ces noms étranges de davit rel de p6'//ca«, ainsi que nous avons fait pour le mot de bistouri {v. t. I, p. ).
La première mention du pélican se trouve donc dans le Traité des Play es de la teste. L'auteur, ainsi qu'on l'a vu dans les notes précédentes, y parle d'abord des deschaussoirs et AyipoHsoir, et je remarquerai que ce poussoir, destiné à renverser les dents entières, est le même instrument que le pied-de-biclie des modernes , employé si mal à propos pour t'eilraction des racines, et, dans tous les cas, si mal construit pour l'un et l'autre usage. Après quoi il en vient aux deux instruments qu'il nomme alors f)o/ican«.s et rfa(i/e/. Il semble cependant retrancher le t du mol policun au singulier, mais c'est probablement une faute d'impression; car, en 15G5 , il ré[)éiail en- COTCpolicaiilzcl daiiiet pour rompre cl iirrac/icr Us deuts. Mais, en 1574, il ôta délinilivcment le r du mot poZic«îi, première modilication de l'orthographe primitive. Dès 1570, Dahchampsavait écrit pollican el pélican. Ceque les Grecs nomment LSovxiiypav, dit-il , est appellé par ceux qui auiourdituy font expresse 1 profesiion d'arracher cl accouslrer les dénis.
DP. CHIUVRGIE.
dents venoient vers luy pour les faire arracher : ce qu'il faisait fort dextrement auec vn polican , et lors qu'il en auoit fait, le ieltoit sus vn ais en sa boutique. Or auoit-il vn seruiteur nouueau , Picard , grand et fort, qui desiroit tirer les dents à la mode
Daniel et Pcllican. Il avait, emprunté à Paré les figures de ces instruments, tout en donnant une autre orthographe. Plus tard, Isaac Joubert, dans son Interprelation des dictions chirurgicales de Guy , écrivait polican ou pélican. Plus lard encore, Guillemeau accrut l'embarras, en écrivant : Le polycamp, dit en lutin policarnpus. Je ne sais où il avait été prendre ce latin barbare, que l'on ne trouve ni dans Blancard ni dans Castelli ; le traducteur latin de Paré ne le connaissait pas davantage, et s'était servi d'une périphrase: forceps deniarius, qu'il appliquait à la fois au pélican et au daviet. Sur la fin du xvu'' siècle, Lavauguyon disait encore polican, mais Dionis adopta pélican, et ce dernier mot est le seul resté dans le langage moderne.
Quant au mot de dauiet, nous savons un peu mieuxson origine. Les tenailles, ditlsaac Joubert , que M. Guy dit estre semblables à celles dont on relie lonnneaux , sont le mesme dauiet ou dauiel , que les tonneliers appellent dauid.
Ainsi ]edaviet oa daviel signifiait un petit david. 3e. ne vois pas pourtant que le mot daviel ait été employé par d'autres que Joubert. Quant à celui de duvici , Paré le conserva dans toutes les éditions qu'il revit luimême , et c'est pourquoi je l'ai conservé; mais la première édition posthume adopta déjà celui de davier. Guillemeau orthographiait dauiet dans son texte, et laissait imprimer dauicr à sa table. Mais ce dernier l'emporta définitivement; il fut préféré par Dionis et I^avauguyon, et depuis lors il est toujours resté en usage.
Le pélican est bien évidemment d'origine française ; et il a été adopté avec son nom original par presque toutes les nations de l'Europe. Quant au davier, il remonte beau coup plus haut, et ne porte ce nom moderne qu'en français.
454 LE QVINZIEME LIVRE ,
de son maistre. Arriue , cependant
que ledit François Loiiis disnoit , vn villageois, requérant qu'on luy arrachast vne dent. Ce Picard print l'instrument de son maistre, et s'essaya faire comme luy : mais en lieu d'oster la mauuaise dent au panure villageois, luy en poussa et arracha trois bonnes. Et sentant une douleur extrême, et voyant trois dents hors de sa bouche , commença à crier contre le Picard : lequel pour le faire taire luy dit, qu'il ne dist mot, et qu'il ne criast si haut, attendu que si le maistre veiioit , il luy feroit payer trois dents pour vne. Donc le maistre oyant tel bruit , sortit hors de table pour sçauoir la cause et raison de leur noise et contestation : mais le panure païsan redoutant les menaces du Picard, et encor, après auoir enduré telle douleur, qu'on ne luy tist payer triplement la peine dudit Picard, se teut, n'osant déclarer audit maistre ce beau chef-d'œuure : et ainsi le panure badaut de village s'en alla quitte, et pour vne dent qu'il pensoit faire arracher , en remporta trois en sa bourse, et celle qui luy causoit le mal m sa boiiche.
Partant ie conseille à ceux qui voudront faire arracher les dénis, qu'ils aillent aux vieux dentateurs, et non aux ieunes , qui n'aui'ont encore reconneu leurs fautes.
Ôr après qu'on aura arraché les dents, il faut assez laisser saigner le malade, à lin que par ce moyen la partie en soit deschargée : puis le dentateur de ses doigts comprimera , à l'endroit de la genciue, le lieu duquel l'on aura arraché la dent, tant dvn costé que d'autre, à lin de réduire et rassembler l'alueole qui aura esté eslargi , et quelquesfois rompu en tirant la dent : et après on fera lauer
la bouche au malade auec oxycral » :
et si c'est en temps froid , gardera de s'exposer au vent, de peur qu'il ne se face vne nouuelle fluxion sur les autres dents 2.