‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 319 sur 482 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DESCBIPTION DE tA VÈROLLE.

Les François nomment ceste mala die, la maladie de Naplcs : et les Neapolitains, lo mal di Françose: les Geneuois, lo maie di brosuse : les Espagnols, la bouez ;les AUemans, Fran çouse : les Latins, pudendagra. Tous lesquels noms ont esté ainsi imposés selon le plaisir des nations : mais pour ne faillir, ie suisd'auis que si le François en est vexé, que Ion l'appelle la maladie du François : et si c'est le Neapolitain, la maladie du Neapolitain : ainsi des autres nations. Et ne faut estre curieux des noms, pourueu que l'on entende la chose par eux signifiée.

Verolle est vne maladie causée par attouchement, et principalement de compagnie charnelle , auec qualité occulte, commençant le plus souuent par vlceres des parties honteuses, pustules en la teste, et en autres parties extérieures, infectant aussi les parties internes, auec douleurs nocturnes extrêmes à la teste, espaules,

les caries des os. Mais, ils sont d'une dale bien plus ancienne; et pour en retrouver le texte primitif, if faut remonter à l'édition de 1552, où Paré l'avait mis entre le Traité des fractures d'os, et le 'J'raiiéde la ganyreiie, SOUS ce litre courant : Truiié das os curieux, etawc celui-ci en tète : La^ manière de yuerir les os carieux, san«au<!une distinction de chapitres. Après celle histoire de la carie, il reste, encore les six derniers chapitres , qui ont la même date que le livre lui-même, c'est-à-dire 1575. Voilà, comme on voit, des dates et des sources assez variées; je prendrai soin, comme toujours, de rapporter toutes les variâmes un peu notables.

iointures et autres parties : et par succession de temps fait des nodosités, altéra lion et caries aux os', les liquéfiant comme si c'estoit métal fondu, laissant les parties charneuses d'autour souuent en leur entier : ensemble cause plusieurs autres et diuers accitlens, comme corruption totale des parties selon l intemperature et cachexie des corps, et la diuturnilé du temps que le malade en sera espris.

Car aucuns perdent vn oeil, et souuent les deux, ou vne bonne portion des paupières, et les malades demeurent après estre curés , hideux à regarder, ayans les yeux eraillés. Autres perdent l'ouye : autres le nez:

au 1res ont le palais troiié auec déperdition d'os, qui est cause de les faire parler Renaud'^: autres ont la bouche torse, comme renieurs de Dieu :

autres perdent le culliueurdu champ de nature humaine, de façon qu'ils demeurent après stériles : et les femmes y laissent la moitié, et quelquesfois d'atiantage de leui s-parlies génitales : qui fait qu'elles sont laissées comme inhabiles d'auoir la compagnie des hommes. Et à d'aucuns par vn reliqua d'vne chaude-pisse, se procrée des carnositcs en la verge, qui fait que iamais ne peuuent pisser que par le bénéfice d'vne sonde, et soutient meurent par vne suppression d'viine, ou d'vne gangrené à la verge. Autres denteurent impolens desbras ou iambes, cheminant tout le cours de leur vie à potences. Autres demeurent en vne contraction de tous leurs membres, de manière qu'il

' Celle définition cf t à peu de chose près celle de Thierry de Hery, ouvrage cilé p. 5. Mais le premier paragraphe et le reste dw chtipilro appartiennent à Varé.

' Parler Renaud, parler du nez, nasiller.

LE SEIZIEME LIVRE

ne leur reste que la parole, qui est le plus souuent en criant et lamentant, maudissans l'heure qu'ils ont esté engendres. Autres demeurent asthmatiques et hectiques, auecvne fleure lente, et meurent tabides et desseichés : aucuns deuiennent lépreux :

autres ont des vlceres putrides, chancreiises et corrosiues à la gorge et és autres parties du corps : aucuns ont vne cheute de poil, dite alopécie, ou pellade : autres des dartres squameuses aux pieds et mains : il se concret à d'aucuns des boutons et pustules dans le conduit de l'vrine, qui s'exulcereut et enflamment, et se tuméfient, de façon que les malades ne peuuent vriner, puis la gangrené et mortification suruiennent : qui fait que pour leur sauuer la vie, leur conuient entièrement couper la verge si on n'y remédie. Aucuns sont vexés d'epilepsie : autres de flux de ventre, iettans les matières sanguinolentes et corrompues.

Et pour le dire en vn mot, on peut voir la veroUe compliquée ;de toutes espèces et différences de maladies, lesquelles ne se peuuent guarir sans ablation du virus verollique, auec son alexipharmaque, qui est le vifargent, que l'on peut comparer à vn furet faisant sortir le connin hors de son terrier.

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