‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 320 sur 482 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES CAVSES DE LA VEUOLLE.

Il y a deux causes de la verolle. La première vient par vne qualité spécifique et occulte, laquelle n'est sujette à aucune démonstration : on la peut toutesfois attribuer à l'ire de Dieu, lequel a permis que ceste ma-

ladie tombast sus le genre humain, pour refréner leur lasciueté et desbordée concupiscence. La seconde est pour auoir eu compagnie d'homme ou de femme ayant ladite maladie, laquelle se prend à cause que l'homme aura à la verge quelques vlceres de verolle ou chaude-pisse, ou la femme à sa matrice : ou qu'elle aura vne chaude-pisse (qu'elles appellent fleurs blanches) ou de la semence recentement receuë de quelque verollé : et par le contact de la verge, la mucosité et sanie virulente retenue aux rugosités du col de la matrice, s'imprime aux porosités de la verge, causant vlceres malins ou chaudepisse. Puis le virus pullulera et cheminera par les veines, artères et nerfs aux parties nobles : ainsi que l'on voit le feu espris à vne corde d'harquebuse : et le foye se ressentant de tel vice, souuent par sa faculté expultrice chasse ledit virus aux aines, et fait apostemes appellées ôttftons (vulgairement poulains) lesquels s'ils ne iettent leur gourme et retournent au dedans par délitescence, ce venin infecte la masse du sang, dont s'ensuit la verolle.

Toutesfois elle peut aduenirpar autre cause, comme par la réception de l'haleine infectée d'vn verollé ou verollée,baisantplusieursfoisvn enfant:

ce qui n'est hors de raison. Car par la réception des vapeurs corrompues, le virus se peut imprimer au corps de l'enfant , attendu sa délicatesse et rarité puérile. Pareillement pour auoir extrait et receu vn enfant d'vne femme verollée ,les matrones en peuuen t estre entachées, d'autant que par les porosités de leurs mains le virus se communique aux veines et artères, et d'icelles par tout le corps : comme monsieur le Coq, docteur médecin à Paris,

DE LA GROSSE VEROLLE

tesmoigne aiioir vpuau traité qu'il a fait, De ligno sancto non pcrmiscendo K Aussi par expérience on voit que gens de toutes coinplexions, sexes, soient entans, adolescens, hommes en aages consistans, solides, et robustes, couchans auec autresinfeclés de ceste maladie, sans aucune compagnie charnelle, s'en trouuent atteints et espris. Il ne faut pa.s en attendre moins de celuy qui couchera au lit d'vn verollé, si la sueur ou sanie sortant de quelque vlcere infecte les draps et couuerture, estans imbus de ce venin : à cause que nos veines et artères attirent l'air, mettant en nos corps la qualité maligne des excremens imprimés aux linceuls. Autant en sera-il de manger et boire aux vaisseaux où ils auront beu et

' Cette citation se lit pour la première fois dans l'édition postliume de 1598. Antoine Lecoq^ médecin de la faciiilé de Paris, était mort en I5à0, et le livre cité ici avait paru en 1640. C'est ce Lecoq qui, ayant été consulté pour François l", répondit, si l'on en croit Guy Patin : C'est un vilain qui a gagné la vérole; froitetur comme un autre, et comme le dernier de son royaume, puisqu'il s'est gâté de la même manière. — Du reste. Paré a emprunté celte citation à Thierry, et voici comment celui-ci s'exprime :

« Maistre Anthoine Lecoq, docteur régent en la faculté de médecine, homme docte et d'authorité, affirme au liure qu'il a faict. De ligno xancio non permiscando, qu'il a cogneu sage femme, laquelle en receuant l'enfant à vue femme vairollée, gaigna ladicle vairollc (l'enfant sain et non affecté d'i-

cellc), qui n'estoit que par la réception de l'air et vapeur vénéneuse, receue assez promptement et plus tost parles porositez des mains et bras, qui plus difficilement peuuent infecter les parties nobles, que par la respiralion qui se faict par la bouche. — J/M p. 17.

mangé : car de leur I)oucli(> ils y laissent vne saline sanieuse, contenue entre leurs dents, laquelle est vénéneuse en son espèce , ain.si qu'aux lépreux, ou que la baue d'vn chien enragé en la sienne. Semblablement les enfans allaitans nourrices verollées en sont infectés : attendu que le lait, n'est que le sang blanchi, lequel e.slant infecté du virus, et l'enfant en estant nourri, en prend les mesmes qualités : d'autant que nous retenons de la nature dequoy nous sommes nourris. Souuent aussil'enfant ayant la verolle, la donne à .sa mere nourrice : car par la grande chaleur et vlcere qu'il a en sa bouche, et par les vapeurs qui s'esleuen t do son corps, il imprime au mammelon, qui est poreux, laxe et rare, le virus qui subit se communique par tout le corps, qui premièrement et le plus souuent se monstre au mammelon i.

En cest endroit ie veux bien reciter ceste histoire. Vne honneste et riche femme pria son mary qu'il luy permist d'estre nourrice d'vn sien enfant : ce que luy accorda, pourueu qu'elle print vne autre nourrice pour la soulager à nourrir l'enfant. Icelle nourrice auoit la verolle, et la bailla à l'enfant, et l'enfant à la mere, et la mere au mary, et le mary à deux autres petits entants qu'il faisoit ordinairement boire et manger, et souuent coucher auecquesluy,non ayant connoissance qu'il fust entaché de ceste maladie. Or la mere considérant que le petit enfant ne profitoit aucunemenl,et qu'il esloit en cry perpétuel, m'enuoya quérir pour connoistre sa maladie, qui ne fut difflcile à iuger :

■ Ces mots : qui premièrement, et le plus ■louuenl, se monsire au mammelon, sont une addition de 1685.

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d'aillant qu'il estoit tout couuert de boutons et pustules, et que les telins de la nourrice estoiont lousvicerés :

pareillement ceux de la nicre, ayant sus son corps plusieurs boulons : et semblablement le père et les deux petits enfans, dontl'vn estoit âagéde trois, et l'autre de quatre ans. Lors declaray au pere et mere qu'ils estoient tous entachés delà verolle, ce qui estoit prouenu par la nourrice :

lesquels i'ay traités, et furent tous guaris, reste le petit enfant qui mourut. El la nourrice eut le fouet sous la custode S et l'eust eu par les quarï'efours, n'eust esté de crainte de deshonnorer la raaisoti.

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