CHAPITRE V
DV^PROGNOSnC.
Si cette maladie est récente auec peu d'accidens , comme pustules, et
' Cette dernière phrase manque dans l'édilion de 1&75.
Celle exposition des signes de la vérole esl plus nelle et infiniment plus concise que celle de Thierry. Celui-ci décrit en cinq articles et en douze pages , les signes de lu vairolle natujuine, les signes de la vuirolle bilieuse, les signes de la vairolle pituileuse , les signes de la vairolle melancholique ; le lout couronné par une spéculation requise en la Mnsideraiion des signes.
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quelques petites douleurs mobiles, et que le corps soit ieurie et de bonne habitude , et que le temps soit commode, comme le printemps, la cure se fera facilement.
Mais à l'opposite, celle qui est inueterée auec grand nombre d'accidens, comme douleur de teste, nodus, et carie aux os, pareillement viceres cacoëlhes en corps fort exténués , debiles, et qui auront esté par diuerses fois pensés par empiriques , ou bien par personnes méthodiques qui n'auront rien oublié selon l'art à exécuter: à quoy toutesfois la maladie n'aura voulu céder par sa grande malice, de façon que le virus sera plus fort que les remèdes : et aussi lors que le malade est fort emacié , sec , et hectique (pour la consommation de l'humidité radicale) lors sera du tout incurable. Parquoy à tels faut ordonner cure paliiatiue : toutesfois faut vser de grande prudence en prognosliquanl, pour n'encourir mauuaise réputation : parce que l'on en a veu plusieurs que l'on eslimoit ne deuoir iamais recouurer santé, auoir esté guaris : car Dieu et Nature font souuent choses admirables
' Tout ce commencement du chapitre est extrait presque textuellemeut de l'ouvrage de Thierry, article Du prognosiiqne 44. Voici la dernière phrase de Thierry, afin que l'on puisse juger des modilicalions qu'y a faites Paré; Thierry ujoute en preuve une histoire que j'ai cru devoir aussi reproduire.
« Toutesfois faut vser de grande prudence en prognostiquant , pour n'encourir mauuaise réputation : car i'ay veu mainlz, qu'aucuns disoyenl e,<lre incurables, qui ont esté guariz.
» Eiicor n'a pas fort longtemps que ie pensay vn homme d'eslat, affligé de cesle maladie inueterée, et de longtemps demouré au licl, qui auoist esté traiclé et medicamenlé * par plusieurs empiriques, de sorte qu'aux
DE LA. GRC
Lesieunes qui sont de texture mollasse, rare, et délicate , sont plus disposas à recouoir tel virus, qui sont de contraires lemperatiin's, et non préparés à receuoir tel venin. Comme nous voyons en temps de peste, que tous ceux d'vne maison en seront morts, et qu'aucuns conuerseront aueccuxiour et nuit, voire à ieun ou saouls, qui ne prendront aucun mal :
ce qui appert souuent en aucuns qui habiteront auec femmes infectées, et ne prendront la verolle, là où les autres qui n en auront tiré qu'vne seule panure dragme, la prendront.
Et quant aux douleurs dites goûtes, elles différent de celles qui sont vulgaires : car les vulgaires ont certains périodes et paroxysmes , et celles de la verolle sont presque continuelles».
En outre, les goûtes vulgaires demeurent quelquesfois , non seulement cinq ou six ans au plus , cachées en
consultations qui en furent faicles il fut déploré quasi de tous, à cause d'vne douleur de teste intolérable, qui par plus de quatorze sepmaines ne l'auoit laissé dormir,et de plusieurs nodositez grosses et petites en la teste, tant sur les os parietaulx qu'aussi sur le coronal , vlceres au palais, auec disperdition de l'os d'iceluy, au moyen de quoi, par deffault de reuerberation de l'air faisant la voix, parloil (que l'on dit communément) du nez. Pareillement il auoil deiection d'appétit, les ge oulx fort enflez et eitresmement douloureux, lophes ou nodositez sur le milieu des os des Ïambes, auec exténuation vnluerselle de toute l'habitude de son corps, tellement que plusieurs l'eslimoyent éthique : toutesfois, traiclé auec les indications susdictes, fut guéri, sain et dispos, comme encor tous les iours on le voit cheminant par cesle ville de Paris. »
' Cette phrase est empruntée à la page 14 du livre de Thierry. Je n'ai pas retrouvé dans ce livre la source du reste de ce chapitre, qui parait donc appartenir a Paré.
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vn corps : mais aussi toute la vie d'vu homme , viuant de bon régime, sans qu'il s'en ressente , et toutesfois les enfans yssans de luy en seront affligés : ce qui n'est pas ainsi de celles de la verolle. Car on les voit ordinairement ou souuent guarir auec toutesleurs racines, sans iamaisrecidiuer de pere au fils. D'auantage,lesgoutes qu'on appelle naturelles occupent les iointures, et y causent des nodus, dedans lesquels on trouue vne maliere pierreuse et gypseuse : et celles de la A'^erolle occupent plustost le milieu des os, les rendans carieux et pourris'.
S'il y a vlceres à la verge, sont difficiles à guarir, et après les auoir cicatrisées, s'il demeure dureté au lieu, telle chose infailliblement monstre le malade auoir la ueroUe.
Quant au reste du prognostic, la verolle du temps présent est beaucoup moins cruelle et plus aisée à guarir qu'elle n'esloil le temps passe de son premier commencement : car elle s'adoucit de iour en iour eui • demment. Les astrologues estiment la cause de cecy prouenir de ce que les influences du ciel, qui semblent auoirpremierement causé telle maladie, semblent aussi par laps de temps et contraires reuolulions estre affoiblies : tellement qu'il y a apparence qu'a uec le temps elle se perdra comme fil la mentagre , qui luy resemble en plusieurs accidents , et qui affligea beaucoup les Romains sous le règne de l'empereur Tibère : et la Lichene, qui, sous Claude son successeur, molesta non seulement l'Italie , mais aussi toute l'Europe. Mais les médecins aiment mieux attribuer la cause de tel adoucissement à l'in
> Le chapitre finissait en 1575; ce qui suit date de 1579.
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ueritîon d'vne infinité d'excellens remèdes , quo plusieurs gens de bon esprit ont recherché diligemment pour opposer à vu mal si cruel.
Que puis-ie dire d'auantage du prognoslic? C'est que plusieurs ayans gaigné la verolle , subit l'appelit vénérien est quasi comme esleint , et la verge se rend mollasse , et tombent en vue tristesse : puis peu à peu le mal accroist, accompagné de plusieurs et diuers accidens, comme nous auons dit. A ceux qui ont les humeurs subtils, suruient la pelade : à autres, vlceres malins et cacoélhes. A quelques vns surujennent desdertres et fentes aux mains et aux pieds, quiprocedent d'vne pituite sallée.
La pelade se fait d'humeur séreuse introduite sous le cuir, qui corrode la racine des cheueux. On cognoist ladite pelade quand on void déperdition de poil à la teste, barbe et sourcils. Elle est plustost curée par l'onction que par la dielte. Rondelet escril que pour faire renaislre le poil, faut prendre vue laupe et la faire bouillir, et en frotter la partie».
Lors que la verolle est inueterée, les douleurs sont tixes, et ont des nodosités, et !e plus souuent derlres aux mains, ou aux pieds , et ont vne couleur plombino , et pesanteur de tout le corps , et sont chagrins et mélancoliques '
' J'ai transporté ce paragraphe ici comme étant mieux à sa place qu'au chap. 3, où on le lit dans les éditions ordinaires. II date d'ailleurs de 1579.
=< Ce paragraphe a été ajouté ici en 158rt, et je l'y ai laissé, bien que ce ne soit guère sa place. Eu elTct, l'auteur y revient sur les signes de la vérole invétérée; et il répète même en partie ce qu'il avait déjà dit dans '«s derniers para^^raphes du chapitre précédent.
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