LES MOYENS DE CVREH LA VEROLLK , ENSEMBLE DV BOIS DE GAIAC
Plusieurs ont cherché et experimenlédiuersremedespourlacuralion de ceste maladie : ma s auiourd'hui , de tous elle se pratique en quatre manières : la première, par décoction de gaiac. La seconde , par onctions.
La troisième , par emplaslres , ausquels entre le furet , que i'appelle argent-vif. La quatrième, par parfums ^.
La première qui se fait par décoction de gaiac, n'est pas seure , ce qui est manifesté par l'expérience : car il n'est suffisant pour esteindre ce vi-
' Tout ce paragraphe a été ujoutéen 1585.
2 Thierry ne dislingue que trois maiiiafes', mais il comprend dans la seconde les onC" lions et les cmplùtrcs, qui constituent la seconde et la troisième de Paré. Ouvr. cité, p. 67.
LE SEIZIÈME LIVRE
rus , mais seulement pour pallier :
parce qu'il escliauffe, atténue, prouoque les sueurs et vrines , desseiche et consomme les humidités superflues : et semble qu'il guarisse, veu que pour quelque temps appaise les douleurs, et autres accidens. Mais tous ses effets sont imbccilles, et ne fait vacuation qtie du plus subtil par les sueurs : mais l argent-vif a toutes les actions du gaiac, et sans comparaison plus grande puissance et vertu : car outre ce que l'on voit par expérience qu'il eschaiiffe, atténue, incise, dissout, résout et desseiche , il prouoque sueurs , vrines , flux de bouche , et ventre , par lesquels non seulement les humeurs subtils , mais aussi les gros ( siège principal de ceste maladie ) sont euoqués et tirés dehors. Or après l'vsage de la décoction du gaiac, on voit quelquesfois retourner les nodus et plusieurs douleurs , lesquelles sont causées par les reliques des humeurs plus lents , espais et visqueux, délaissés au profond des parties , lesquelles le vif-argent chasse et tarit entièrement
' Ce paragraphe est une exacte analyse d'un article beaucoup plus long de Thierry de Héry, pages 7J à 74 de l'ouvrage cilé. Mais on lira avec intérêt le passage que j'en extrais au sujet de la valeur attribuée au gaïac :
« Quant est de la première [manière), qui se faict par décoction de gaiac, ie ne me délibère d'en faire icy vn iraiclé : mais vous déclarer en brief ce que par mes assidues expériences i'en ay cogneu et comprins par l'aduis des plus ralionelz et sufflsans practiciens, tant de mes compaignons chirurgiens que des principaulx médecins de ccsic ville de Paris, auec lesquelz iournellement sommes appeliez es ronsullalions, ou sainement et charitablement est deuisé (après la cognoissance de la maladie) des remèdes les plus Rciirs el hrioCz pour la cure et gucrison
Quant à l'élection du bois de gaiac, celuy est le meilleur qui a le tronc assez gros , auec vne couleur tannée tendante à noirceur, et qui est récent et gommeux, et de bonne odeur, fort pesant, auec saueur acre, et quelque mordication , ayant l'escorce fort adhérente au bois : sa faculté est d'eschauffer, raréfier, atténuer, attirer, prouoquer sueurs et urines, et outre, a quelque chose de propre contre le virus veroUique.
Et faut icy noter, qu'en iceluy bois y a trois facultés : la première est en l'escorce : la seconde est en la partie d'après , qui est extérieure et blancheastre : la troisième est le dedans, ce que l'on appelle le cœur, qui est le noir, toutes lesquelles doiuent estre considérées.
Car la première substance, qui est l'escorce , est plus seiche, au moyen de quoy, quand il est besoin de fort desseicher , on vsera d'icelle : la seconde est moins seiche , parce qu'elle est aucunement plus gommeuse : non toutesfois comme la troisième, qui est le dedans, pource qu'elle a plus d'humidité gommeuse, au moyen de quoy peut moins desseicher. Et pour ce és corps délicats , humides, et de rare texture, où il est besoin, pour la conserualion des choses qui leur sont naturelles, moins desseicher, l'vsage de la deuxième ou troisième sera plus propre : et à ceux
d'icelle. Or, enlr'eulx, fvsage de cette décoction est estimé le plus doulx et moins violant : mais il ne suffit, pour l'entière cure et extirpation de ccstc maladie : mesmes ic leur ay maintes fois ouy affermer que iamais ilz n'auoyentveu homme perfectement gucry auec seule décoction : ce que de ma part ie suis contrainct leur accorder, pour l'infinité d'expérience que nous en auon» tous les iours. »
DE LA GROSSE VEROLLE
qui de leur nature sont robustes , il faudra d'autant plus desseicher, et partant l'vsage de l'escorce leur sera propre atiec les autres susdits, ineslés selon qu'il leur sera besoin ».
Or quand ie parle icy de Tescorce dudit bois, il faut entendre qu'elle ne soiL trop vieille, noire, vermouliio ou pourrie : qui se fait à cause que sonnent le bois est demeuré en chantier au bord de la mer, dont l'escorce se sera altérée et pourrie : aussi que les mariniers mettent le bois au fond de leur nauire, où souuent réside vne eau puante etinfecle : ioint que d'autres eaux sales et ordes tombent d'en haut dessus, et ce le plus souuent par longue espace de temps. Or estant les nauires arriuésau port, le distribuent et le vendent à la liure. Les apolicaires voulans conseruer leur poids , le mettent en leur caue , où il demeure bien fort long temps : qui fait que ladite escorce, encore qu elle fist toute récente, se chancit et pourrit, voire sous icelle deux ou trois doigts dudit bois. Et parlant, ie conseille n'ordonner l'escorce, ny du bois qui est trois, doigts proche d'elle.