‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 326 sur 482 · LA MANIERE DE PREPARER LA DECOCTION DE GAIAC · texte numérisé non relu

LA MANIERE DE PREPARER LA DECOCTION DE GAIAC

Et premièrement, il le faut râper , et pour liure d'iceluy, adiousler huit, dix ou douze liures d'eau de riuiere ,

' Les deux paragraphes qui précédent sont une analyse de l'article de Thierry : Ln description du bois de (juiuc, pages l'i à 78 ; mais le paragraphe suivant appartient à Paré, et l'on peut même reinar(|uerqu il y émet une opinion qui n'est pas sans quelque contradiction avec ce qui précède.

plus ou moins, selon que l'on verra estre nécessaire, suiuant les indications prédites : et le faut laisser infuser par l'espace de vingt-quatre heures, et l'eau sera quelque peu chaude, spécialement l'hyuer, à fin qu'il s'amollisse mieux, et pénètre en sa substance solide.

Cela fait, la décoction doit estre faite pour le mieux in halneo Mariœ, à fin d'euiter vne erapyreume, c'est-àdire, impression ignée, qui s'acquiert par bouillir simplement deuantle feu.

Autres le font en vn pot de terre plombé deuant le feu .- et faut garder que rien ne s'enfuye par dessus, pour l'euaporation et la déperdition qui se feroit de sa vertu Cela fait , soit consommé à la moitié, tierce, ou quarte partie, selon qu'il sera requis. Aucuns y meslent en le cuisant certains simples pour cuider rendre son action meilleure : comme lors que l'on doute qu'il y aye quelque partie affectée , y meslent simples qui spécialement ont esgard à icelle, lesquels opèrent comme en propre suiet, et sèment comme de véhicule poury conduire la faculté de ladite décoction. Autres mettent medicamens purgatifs : mais quand à moy, ieserois d'auis (sauf meilleur iugement) n'y mesler aucun simple», parce qu'il n'est bon faire deux vacuationsensemble, comme prouoquer la sueur, et purger lejentre : car si le malade sue beaucoup , le ventre ne peut fluer : aussi s'il a flux de ventre, ne peut suer , parce que ces deux mouuemens sonlcontraires: parquoy ne doiuent estre fails ensemble, d'autant que le médicament purgatif tire de la circonférence vers le centre, et

' L'édition de 1575 disait seulement ici : Craignant luy osier nu diminuer ses vertus. Et tel est L'aduis, etc.

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la sueur tout au contraire. Et tel est l'aduis (le plusieurs grands personnages et doctes médecins.

La première décoction faite, coulée et passée, l'on remettra auec le marc du bois ja cuit autant d'eau sans le laisser plus tremper , parce qu'il est assez macéré , puis on le fera boiiillir comme la première : en laquelle on peut adiouster à la fin vn peu de canelle pour l'aromatiser et roborer l'estomach : car en ce faisant, on ne luy peut osier sa vertu : et d'icelle décoction, le malade en vsera à ses repas, et entre iceux s'il a soif.

le laisse ici à desci'ire qu'auparauant que le malade prenne de ladite décoction doit estre purgé et saigné selon l'aduis du docte Médecin , et s'il est en besoin : pareillement qu'il soit en vue chambre bien chaudeenbyuer, et qu'il ne sorte nullement dehors :

et si c'est en esté , ne laissera d'aller quelquesfoisà ses affaires La dose ou quan litéde ladite décoction est de cinq à six onces, plus ou moins , bien peu liede , à fin que elle soit plustost réduite de puissance à effet , et que par sa froideur actuelle l'estomach n'en fust blessé : et après le malade sera couuert médiocrement , à lin qu'il sue : et où à grande difficulté sueroit, la sueur lui seroit prouoquée par le moyen de bouteilles de terre, remplies d'eau chaude, mises à la plante des pieds : et autour des parties dou-

*Tout ce qui précède est extrait de La manière de préparer le gaïac, pages 78 à 82 du livre de Thierry. Il faut noter cependant que, pour ce qui concerne l'addition d'autres niédicaments, Paré émet une opinion absolument opposée à celle de son ami; Thierry considère en effet que, la vérole étant rarement une maladie simple, il it'esi impertineni démêler au ga'iac d'autres remèdes (inl satisfassent à toutes les indicalioris.

loureuses , on lui appliquera vessies à demy remplies de ladite decoclion chaude: d'abondant deuant que le mettre au lit , on luy frotlera tout le corps auec linges chauds , à fin d'ouurir les pores, attirer et subtilier les humeurs.Quand il aura sué par deux heures ou enuiron , selon que les forces le permettront, on luy essuyera premièrement les parties oiposites des douleurs, si aucunes en y a : puis doucement les dolentes, pour crainte d'attirer d'auantage d'humeurs. Cela fait, se rafreschira en son lit, euilant le froid, et deux heures après il pourra disner de bonnes viandes , et en petite quantité, selon sa nature et coustume, et la puissance de sa bourse. Puis enuiron cinq ou six heures après disner, prendra de la décoction, et sera mis au lit comme dessus. Et où le malade au roi là desdain se mettre deux fois le iour dedans le lit, ou qu'il fust aucunement foible, il se pourra tenir chaudement sans se coucher. Car en cores qu'il ne sue (les po- ' res estants ouuerts),ne laisse pourtant à se faire grande exhalation des vapeurs et esprits venimeux et corrompus , comme il est bien à croire ; veu que ceux qui couchent auec gens infectés de telle maladie, gaignent bien la veroUe par la réception des vapeurs venimeuses. 11 faudra qu'il continue les choses susdites, tant que l'on verra estre vtilepour la curalion de ceste maudite et détestable maladie. Par inlerualle il sera très expédient qu'il vse de quelques purgalions, pendant qu'il prend ladite décoction , ou des clystercs, de quatre, cinq ou six iours, pour nettoyer les intestins et premières veines des excréments recuits et dcsseic hés par la chaleur, La diele de gaiac est fort propre, principalement pour la cure

DE LA GROSSE VEROLLK

des nodus, d'autant qu'elle consomme l'humidité superflue, et matière visqueuse imbue aux os. Or il faut u'.y noler, qu'aucuns empiriques donnent la decoclion laxaliue, et font suer tout ensemble: ce qui est contre le précepte des anciens. Car à celuy qui sue beaucoup , le ventre ne peut fluer : et s'il a le flux de ventre , ne pourra suer. Parquoy on ne doit ensemble purger et faire suer, d'autant que cesontdeux mouuementscontraires, comme i'ay dit cy dessus. Car la purgalion attire de la circonférence vers le centre , et la sueur tout au contraire. L'usage de ladite decoclion durera six sepmaines,plusou moins, selon la grandeur de la maladie , et tempérament du malade, et le temps de Tannée II faut bien auoir esgard à bailler de ladite decoclion discrètement , et à quelques-vns moins, comme à ceux qui ont grande chaleur au corps, et qui sont emaciés, et qui ont des scames et defedalions de cuir estant sec et aride : qui demonstre vne grande adustion , et quasi incinération de (ou le l'habitude du corps , de peur qu'ilsnesoient rendus ladres.

Mais au contraire il les faut plustost humecter et rafreschir, tant par dedans que par dehors, auec bains, onguens, sans que le furet y entre, et autres choses pour tempérer la trop grande chaleur et siccité. Apres l'auoir ainsi tempérée, faut venir à la friction, et non à la décoction : toutpsfois on luy en peut donner vn peu qui soit aqueuse deuant la friction , pour tousiours d'auantage l'humecter'.

' Tout ce paragraphe offre une analyse admirable de concision et de nelteld- du long article de Thierry : Le icmps pour l vnage de telle decoclion, qui n'occupe pas moins de neuf pages (p. 82 à 91). Thierry s'élève aussi

Lors qxje le malade prend de la décoction , vsera de viandes de bon suc en quantité médiocre : considérant que la trop grande dieleaux maladies longues, est périlleuse. Or il est ainsi que ceste maladie est des plus longues, et leur faisant vser d'vne trop cstroile diète, ils deuiennent emacié§ et hectiques : et s'ils ont vlceres, se rendent quelquesfois rebelles et incurables. Parquoy le chirurgien ne doit chausser tous malades à vne forme , comme leur donner seulement trois ou quatre onces de pain (encores biscuit) dix ou douze pruneaux : mais vseront plustost de chair rostie,ou boiiillie, selon qu'il sera nécessaire , comme ieunes moutons, veaux, chéureaux, connins de garennes , "poulettes faisandées, alloiieltes grasses, merles, et leurs semblables : parce que le suc de telles viandes est meilleur, pour la similitude qu'il a auec nous, que cestuy de pruneaux. Leur pain doit eslre de forment bien leué et bien cuit, ny trop tendre, nytropdur.

Leur boire sera de la seconde décoction de gaiac : et si le malade est oit trop débile , on lui donnera du vin , non trop fort,ny fumeux, mais petit et délicat, principalement après le premier trait de ladite décoction. Et quant au dormir, il l'euitera promptement après le disner et souper , parce que tel dormir remplit le cerneau de vapeurs , augmentant les douleurs. Faut euiler toutes passions d'esprit , à cause qu'elles enflambent les esprits : à quoy luy seruira beaucoup passer le temps à quelque chose joyeuse, comme deuiser, iot^er des

conlre ceux qui administrent à la fois et la décoction et les laxatifs; niais il a trouvé de grand cffecl de donner de ceux-ci to{ts Ui quatre, cinq ou six jours. On YOit quo Pi)ré IC suit trace à trace.

LE SEIZIi-'lME LIVRE ,

instrumens musicaux , aussi lire choses facétieuses. Il faut exlremement fuir Venus, pour la debilitalion des parlies nerueuses K

Plusieurs au lieu de gaiac vsent de l'esquine, qui est vue racine d'vn certain jonc, croissante aux Indes , fort noiieuse, rare, pesante lorsqu'elle est récente, et fort légère quand elle est vie lle : laquelle leg-ereté demonstre n'esire bonne, ayant perdu sa vertu :

elle est sans odeur, dont quelques-vns tiennent qu'elle est sans qualité.

Préparation de l'esquine.

Il faut la diiiiser en petites pièces rondes, et la faire cuire en eau de fontaine , ou de riuiere : et d'icelle en boiuenllesmaladesraalin etsoir Elle doit estre cuilte trois fois. La seconde et troisième décoction se doit faire auec moindre quantité d'eau que la première , ou doit bouillir plus longtemps que la première, l'ayant fait plustost tremper l'espace de douze heures.

L'ordonnance est telle.

"if. Radie, chyiiie in taleos diuisiB, 5 . ij.

Aqua; fontis ft. xij. Infundantur per xij. horas, et decoquantur ad consumptionem terliie partis.

Et de ceste décoction en faut prendre le malin la quantité de six onces à chaque prinse,vn peu liede, et suer dedans le lit. La seconde décoction soit faite de la mesme racine qui aura

'Tout ce paragraplie est également analysé de l'article de Thierry : Le reyime en l'vsagede lu décoction degaïac, p. 01 à 9G.

Thierry passe ensuite immédiatement à la seconde manière de curer par friction; il ne dit rien de l'emploi de la squine, ni de la salsepareille. Paré n'en avait pas fait mention non plus dans sa prerriére édition; et tout ce qui va suivre, à l'exception du dernier paragraphe, a été ajouté en 1.S70.

esté bouillie : le patient eu peut boire en ses repas et entre ses repas. Aucuns la font encore reboiiillir pour en faire une tierce décoction, qui ne peut auoir grande vertu.

De la salseparille se fait mesme décoction que de l'esquine.

Le gaiac, l'esquine, et la salseparille, et autres prouoquans la sueur, ne le font seulement par leur chaleur, mais par leur qualité et ténuité de substance fondante, poussée par vn peu d'astriction ».

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