‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 345 sur 482 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

DE QVELS REMEDES FAVT VSER SI LES DITES CARNOSITÉS TIENNENT DE LA VEROLLE, ENSEMBLE DE LEVR CVRE 2.

Mais s'il y a soupçon que lesdites duretés et carnosilés soient causées de quelque humeur tenant de la verolle, il faut que le malade face diète, et vse de décoction de gaiac, luy

' Au 2« liv. à Glauc. traitant de la curation des scirrhes, ch. 6. — A. P.

' Ce chapitre est formé de la réunion de deux chapitres du livre Des chaudes-pisses : le 12% intitulé :Z)e qnclz remèdes il fout vser si lesdilies camosilez tiennent de la vérole;

DK LA CnOSSE VEROLLK.

frottant les aines, tout le perineum et la verge d'vn (tiiguent propre à la veroUe : car autrement on perdroil sa peine et son temps». Pendant qu'il sera en sueur, on luy fera tenir entre ses iambes vue bouteille remplie d'eau bouillante, ou vne brique chaude, et bien enueloppée de linges arrousés en vinaigre et eau de vie :

pource qu'au moyen de ces pierres, s'esleuera vne vapeur et chaleur qui , auec l'onguent de verolle , amollira et fondra l'humeur causant lesdiles carnosités : ce que i'ay pratiqué en plusieurs auec tres-bonne issue ^.

Apres auoir par ces moyens ainsi amollilesdites carnosités, il les faut consumer auec remèdes qui ont puissance de ce faire.

Et si on connoist qu'elles soient calleuses et ayent pris cicatrice (qui sera aisé à voir, parce que d'elles ne sortira aucune humidité superflue) alors les conuient escorcher et rompre, auec vne sonde ou verge de plomb ayant , vn doigt près de son extrémité, plusieurs aspérités comme vne lime ronde : et l'ayant passée dans la verge outre les carnosités , le patient ou le chirurgien la tirera, repoussera et retournera de coslé et d'autre tant de fois qu'il verra à son aduis estre nécessaire pour com-

minuer lesdites carnosités , laissant fluer après assez bonne quantité de sang , à fin de descharger la partie.

On pourra aussi vser de quelques sondes propres pour tel effet, dedans lesquelles y aura vn fil d'argent , et à l'extrémité d'iceluy vne petite rondeur qui sera tranchante et cane vers le bout de la sonde , à fin qu'elle se ioigne contre, pour la mettre sans violence dedans la verge , à l'endroit des carnosités : et lors on pousseraladite verge de contre la sonde , tant et si peu que l'on voudra : car l'ayant ainsi poussée, on la relire tant de fois qu'on veut. Ce faisant, on pince et comminue de ladite carnosilé tant qu'il semble estre bon pour vne fois, le te puis asseurer que l'en ay fait de belles cures ^.

La cannule merquée a est semblablement vtilepour tel effet. Son vsage est tel : Il la faut mettre en la verge , et ses ouuertures merquées6. b. seruent pour couper et comminuer les carnosités, lorsqu'elles sont posées dedans, parce qu'elles sont tranchantes : et alors on doit tourner la cannule, et comprimer des doigts l'endroit de la verge où sont les carnosités.

Sondes ei caniiul.es propres à couper et comminuer les carnosités.

et le 13', Comment il faut procéder à la curalion desditles carnosilez lorsqu'elles sont mollijiees. Le texte est demeuré presque cnliérement le même, à part un passage qui sera signalé pins loin.

' Ferri s'est également occupé de la complication de vérole dans son chapitre 6, trai-

tant des soins préparatoires; mais il se borne à l'administration du gaiac, sans employer les frictions.

' Ce paragraphe constituait le chapitre 12 du liure Des chaudes pisses; le reste tbrmail le chapitre 13.

3 M. Desruclles a ressuscité, dans ces der-

570 LE SEIZIIÎ:

Apres faudra vser de la poudre suiuanle, laquelle est prompte à consumer lesdiles carriosités et excroissances de chair és parties honteuses , tant à l'homme qu'i la femme, sans notable douleur :

"21. Hei bae sabinœ in vmbra exsiccatsc 3. ij. OchnB anlimonij, lulhiœ praparat. ana 3. fi.

Fiat puluis subtilis, vt alcohol.

Il faut appliquer ladite poudre auéc la siisdite cannule , et auec vue verge d'argent ( qui sera de la proportion de la cauité de ladite cannule) aii bout de laquelle tu auras lié vue petite pièce de linge délié : et ladite cannule estant mise la fenestre contre-mont, à lin que ladite poudre ne tombe au conduit de l'vrine , tu addresseras ladite fenestre sur là carnbsité : car en poussant aiiec ladite vèr§é , tu pousseras hors de ladite cannule la poudre : puis après tu rélïreras ladite cannule, ayant retourné la fenestre de l'autre part de là càrhosité, à fin de ne rapporter en

niers temps , la lime de Paré, et il a bien voulu l'appliquer sur un de mes malades à l'hôpital des Yénériens, où je faisais le service de M. Culierier. La lime joua dans l'urètre sans causer la moindre douleur au malade; mais il fut pris dans la soirée d'un accès de fièvre intermittente, qui, à la vérité, céda très facilement au sulfate de kinine. Lé rétrécissement sembla diminuer pendant quelques jours; mais il revint ensuite à son ijremier état, et il fallut le traiter parla dilatation. Toutefois, M. Desruelles a obtenu de nombreux et notables succès de l'emploi de la lime qu'il appelle r<îpc, et qu'il conduit dans Une canule appelée por-

Quant aux sondes tranchantes, qui paraissent également de l'invention de Paré, on leur reconnaîtra une grande analogie avec quelques uns des uréliolomes de m: lmùssdl?;'> :^'-î

[E LIVRE

ladite fenestre la poudre : ains qu'elle demeure sur la carnosité le plus long temps qu'il sera possible. Et s'il suruient grande douleur, il conuient vser de l'iniection suiuanle , pour adoucir la douleur et fuir l'inllammation :

j^. Succor. porlul. plantag. solani et scmperuiui ana § . fÇ.

Albumina ouor. numer. vj.

Agitentur diu in raortario plumbeo.

Et tiède sera ietté en la verge par vue seringue. Tu pourras au lieu de ceste cy vser de l'iniection que nous auons cy deuant escrite au chapitre De la ctirc parliculiere de la chaudepisse. Il sera besoin aussi mettre par dehors, au long des parties génitales, quelques remèdes repercussifs pour empescher la douleur et inflammation.

On peut pareillement vser de retnedes qui ont faculté de diminuer et consumer les carnosités , entre lesquels les suiuans sont fort iexcellens 1.

'2f. Viridis œris, auripigmenti , vitrioli Romani, aluminis rocbie ana g . ij.

Toutes ces choses soient infuses en tresfort vinaigre, et entre deux pierres de marbre soient diligemment menées et réduites en poudre Ires-subtile, et puis soient mises au soleil d'esté. De rechef ces choses ainsi seichées soient encore infuses de vinaigre , et menées comme deuant , iusques à ce qu'il n'y ait au-

' Jusqu'ici le texte est celui de l'édition de 1564 ; mais les formules et les remarq^ues qui suivent jusqu'au paragraphe : On ■peut aussi vser d'autres cliandelles, etc., sont d'une date plus récente, et ont été changées ou ajoutées en diverses fois. "Voici d'abord la rédaction primitive de 15G4:

« On peut pareillement vser de remèdes qui oiit faculté iic diminuer et conk-

DE LA. GROSSE VEROLLE

cune aspérité .- et de rechef les mellrc aii soleil, iusques à ce qu'elles viennent en subtile poudre, et (jûe toute l'iicrimonie de ces mcdicamcns soit estcintc, ce qui pourra se faire en huit iours.

Cela fait,

Olci rosacei 5 . iiij.

Lilharg. g . ij.

Soient cuites au feu iusques à ce que l'emplastre acquière consistence de corps ferme : puisoslé du feu,

Adioustez de la poudre prédite o .ij.

Et soit meslée auec l'espatule , et

mer les carnositez , entre lesquels les suiuanls sont fort excellents.

"il. Tuthiae preparatae, 5. vj.

Anlim. 3. rij.

Trochiscorum albi Rhasis, camphor. 3. j. Çort. granatorum, aluminis vsti ana 3. fi.

Spongiœ vstœ 3 . ij.

«Puluerisentur omnia subtilissimèvt alcool. Poslea.

"if. Vnguent. diapompholigos et albi Rhasis ana 5- ij.

»Misceanturcum predictis puluer. in mortario plumbeo, et diu agilentur.

«Cçst vnguent s'appliquera auec vne petite chandelle de cire ou sonde entortillée d'yn linge bien délié, lequel demeurera dans ja verge en tournant la sonde ou chande(le,d' autre sens qu'elle aura esté entortillée ej, couuerte : puis retireras ledit linge par vil bout qui passera la verge,' et verras à l'encjroit où lédit linge; couuert d'vnguent tquçjioit la carnosité l'opération du remède. On peut aussi vser d'autres chandelles de cire, etc. »

L'édition de 1579 conserva ce texte, et ajouta seulement, avant la formule primitive, celle des chirurgiens de Montpellier, que Paré avait sans doute recueillie dans son voyage en Provence. Enfin, en 1685, il retrancha tout-à-fait le texte de 1504, et y substitua celui qu'on lit aujourd'hui.

Au reste, toute cette histoire des carnosités eât vraiment très remarquable, surtout si l'on considère lepcudeprogrès que l'art avait

mis sur le feu , iusques à ce que lè me(licament acquière dureté , tant'

faits jusqu'alors. Nous y avons signalé de frappantes analogies avec quelques procédés modernes; l'introduction des poudres calhérétiques, l'emploi des sondés de plomb , l'es plus grosses quele patient pourra endurci' (voir le chapitre 28), semblent recéler comme en germe les procédés delilM. Jobert et Maydr. Jetons maintenant un coup d'oeil siir ce que Paré avait pu emprunter à ses devanciers et à ses contemporains.

J'ai montré dans mon introduction que les bougies de cire étaient connues et employées dès le xv"' siècle - et nous verrons à l'époque suivante leur usage devenu prèsque général.

II faut dire cependant que Jean de Vigo ne paraît pas les avoir connues, il se borne, dans les cas de rétention d'urine , soit par excroissance du col , soit par toute autre cause, à introduire dessoudes ordinaires, et à faire des injections détersives dans la vessie, a Él 'par ce mo^èn, àjoute-i-i'l, 'enàuôîM guéri plusieurs tant à Gennes comme à Èomme a nosire honneur et a l'utilité des patients. »hi\. des Additions, ch. 28, trad. de Nicolas Godin, édit. citée, pag. 436.

Marianus Sànclus avait abordé l'histoire des rétrécissements à la fin de son livré 'Ôe lapide remini ei vesicœ ; et , chose assez remarquable, il semble n'avoir eu en vue que le rétrécissement spasmodique, qu'il désigne d'une manière très précise.

« Fréquemment, par un refroidissement, les muscles sont tellement resserrés, que non seulement ils retiennent l'urine, mais qu'ils empêchent la sonde de passer ; et les douleurs, suite de la rétention d'urine, deviennent assez fortes pour déterminer la mort. Pour éviter un pareil malheur, il faut les dilater avec un instrument introduit dans le canal de la verge ; car à l'instant le ma-lade urinera et sera sauvé. Je donne à cet instrument le nom de bec arqué, rostrum arcuatum, pour sa ressemblance avec le becde l'animal que les Vénitiens appellent arqué , arcualuni , et (ju'à raison du son dosa voix nous appelons lerlinum. Sa longuéurdoit être

LK SEtZllÎM

qu'vne chandelle de cire, ou verge de plomb y tienne, el s'y puisse bien

tgale à celle de la verge , aQn qu'il opère la dilatation jusqu'au col de la vessie, si quelquefois cela devient nécessaire.

«Et si le malade était sujet aux récidives de cette cruelle allection , qu'il se soumette saus délai à notre extraction dorée et sûre et salutaire, avant l'apparition des plus graves accidents , qui compromettraient non seulement le succès de l'opération, mais la vie même du malade. C'est pourquoi qu'il soit hardi et sans aucune crainte, laissant là les belles paroles des physiciens qui, en lui conseillant d'éviter le danger, le condamneraient à une souffrance perpétuelle; pourvu toutefois qu'il tâche de trouver un opérateur diligent et instruit de notre méthode d'extraction. »

L'instrument est figuré sous le titre de Terlinum; c'est une sorte de bec de grue allongé qui a quelque ressemblance avec celui de la page 186 de ce volume, mais à manches plus courts et à branches plus longues, effilé de manière que les deux branches réunies figurent une petite sonde, et courbé à peu près comme les sondes ordinaires. Peut-être ne mérite-t-il pas tout-àfait l'oubli dans lequel il est tombé , ou du moins pourrait-il donner l'idée d'une dilatation du même genre à la fois simple et efficace. Je ne sache pas qu'aucun chirurgien s'en soit servi ou même en ail fait mention après Marianus. Ce qu'il faut encore noter dans le passage quenousavons traduit, c'est l'application de son procédé de taille, qui , dans le cas de simple rétrécissement , se réduit à la boutonnière, et nous donne l'origine de cette opération que- l'on ne faisait pas remonter si loin.

L'ordre des dates nous conduit à Thierry de Héry, dont l'ouvrage parut un an avant celui d'Alphonse Ferri. Je transcrirai tout le paragraphe où Thierry parle de l'emploi des instruments.

« Aussi ay ie trouué bon de leur mettre quelquefois vne chandelle de cire , ou soit inséré la vertu de Sabina, la faisant tremper en la décoction d'icelle, et aucunes fois malaxant la pnuldrc d'icelle auec la chandelle

H LIVRE

adhérer, et que mesme ne tombe e.slant maniée des doigts : et de ce re-

susdicte. Pareillement leur ay fait vne tante de plomb en forme d'algarie , laquelle i'ay frotté d'argent vif, qui en tel cas a grand efiicace, continuant à l'enuiron du lieu de lacarnosité l'emplastre deVigo, iusquesàla consumption d'elle.Ce faict, on doibt y procéder auec remèdes fort astringents et cicatrisntifz tant par les iniections susdictes et fomentations qu'cinplastres extérieurement appliquez. »Ouv. cil., pag. 22G.

Voilà les bougies de cire revenues en honneur, et aidées des bougies de plomb. Mais nul autre auteur ne nous donne à cet égard autant de détails qu'Alphonse Ferri ; son chapitre 6 mérited'abord d'être traduilpresque en entier.

De s sondes ou inslrumcuis dont il faut se servir dans la cure de la maladie. — chapitre v.

« 11 y a plusieurs espèces de sondes ou d'argalies, et d'autres qui peuvent les remplacer. Ainsi nous avons d'abord les tiges ou les turions de mauve, de persil, de fenouil, ou d'herbes semblables, pourvues d'une longueur et d'une solidité suffisantes, avec lesquelles nous pouvonssans inconvénient procéder à la recherche et môme à la rupture des caroncules.Viennent ensuite les bougies oblongues el un peu épaisses, mais auxquelles l'art et l'usage donnent la mollesse désirable ; le plus souvent fabriquées avec la cire blanche, quelquefois aussi avec la cire jaune ou verte , mêlée à une petite portion de vert de gris, œruginis rasœ. Le vert de gris en effet est un puissant détersif, très propre pour la cure des caroncules. On peut le remplacer par quelque autre médicament détersif ou agglutinatif, comme nous le dirons plus bas. On aura encore des sondes assez convenables en les fabriquant avec une verge de plomb arrondie et llexible, de l'épaisseur et de la longueur qui paraîtront le plus commodes pour pénétrer dans l'urètre et en sortir facilement; et il en faut d'un calibre plus faible ou |)lus fort, selon l'étroitesse du canal. Quand il s'agit de rompre la caroncule, il les faut plus épaisses; et plus minces si c'est seulement pour tenir lieu de

DE LA GROSSE VEROLI.E

niedc vsent les chirurgiens de Montpellier.

bougies; il faudra aussi enduire l'extrémité qui doit pénétrer dans l'urètre de quelques uns des médicaments que nous dirons. On peut en faire de la même manière en or, en argent, ou de tout autre métal semblable. Les argalies faites d'après les mêmes règles et de la même matière, doivent être arrondies etpolies à leur extrémité, et partout uniformes, pour pouvoir être introduites plus facilement, et coufier et détruire la caroncule. »

Malgré la tournure de la dernière phrase, il paraît bien que Ferri n'établit aucune distinction entre les sondes et les argalies. Voyons maintenant comment il règle leur usage, aussi bien que celui des bougies.

Au chapitre 8, où il traite des moyens d'amollir la caroncule, après des lotions et des injections émollientes, il veut qu'on introduise une bougie ointe de beurre de vache ou de buffle, ou d'huile d'amandes douces, ou de sésame, ou d'huile commune, ou de graisse d'oie ou de couard.

Au chapitre 9 il s'agit des méilicuments propres à enlever la caroncule. Le chirurgien, ayant choisi une bougie de la longueur et de l'épaisseur convenables, en enduira l'extrémité, dans l'étendue d'un travers de doigt, de l'un des médicaments dont les formules vont suivre. Mais il faut qu'il ait toujours cette précaution devant les yeux, de ne jamais employer des remèdes corrosifs à l'état liquide ou à l'état mou, parce que leur action s'étendrait sur les parties saines j et la texture du canal est si molle qu'elle n'y résisterait pas. Donc il faut une composition assez solide pour pouvoir être portée sur la caroncule , sans affecter aucune partie en passant. On peut pour cela mêler le médicament actif avec quelques emplâtres, comme le cérat de mucilage, le diachylon , le cérat de céruse, l'cmplillre de lilharge, celui de minium, etc. Si le mélange est trop dur, on l'amollira avec un peu d'huile ou de graisse de poule.

Les remèdes actifs sont de plusieurs degrés. La poudre la plus faible est composée d'alun et de poudres d'écorcc de racine de

Apres la suppuration de la carnosité , on vsera de l'onguent suiuanl,

grenadier; on la môle avec le cérat de céruse.

Une composition déjà plus forte se fait -avec du sel commun, du sel gemme, du vertdc-gris, et des sucs végétaux, tels que le suc de la scille, le lait de figuier , etc. Je me borne à cet exemple ; Ferri ajoute à la suite cinq ou six formules du môme genre.

«Mais il faut, dans l'emploi des médicaments caustiques, faireattenlion à unechose: c'est que plus la caroncule est ancienne, et plus elle est difTicile à guérir. En conséquence, lorsque les moyens les plus doux ont échoué, il faut en essayer de plus forts. Et s'ils ne paraissent pas suOisanls pour détruire la caroncule, à raison de sa dureté calleuse, il faut avoir recours à une argalie ou une sonde bien piquante et tranchante, artjalia vel specillo bene perforaniibus cl in cidemibus, pour pénétrer plus aisément; et il n'y a pas lieu de s'effrayer de l'effusion de sang produite par ces instruments; c'est en effet une circonstance très salutaire, pourvu que le sang vienne de la caroncule et non d'ailleurs ; ce qu'il est bien facile de reconnaître , puisqu'on peut toujours sentir si le bout de l'argalie ou de la sonde est arrêté par la caroncule. Et dans ce cas, l'opération réussit à merveille.

» J'ai vu plusieurs sujets guéris par le seul emploi de la sonde ou de l'argalie, lorsqu'elles avaient traversé cette caroncule. L'urine alors en passant, par sa vertu détersive et dessiccative , amène la cicatrisation sans aucun secours de l'art.

» Mais si la malignité de la maladie résistaitàces moyens, il faudrait en venir aux plus violents ; par exemple à un médicament composé de chaux vive ei d'arsenic rouge macérés durant an jour dans du vinaigre, de chaque demi-drnclime , mêlée avec une demionce de cérat de mucilage. »

Je me borne également à cette formule, que Ferri fait suivre de quatre autres de même espèce. Ainsi l'on voit que la dilatation simple, employée parVigo et Marianus, était alors négligée, sans doute comme trop

faible; et quelcs méthodes en vigueur étaient la cautérisation et la section des rétrécisse-

qui a puissance de les mondiQer, et consumer la chair excroissante.

menls. Ici le chirurgien italien a manifestement In priorité sUr A. Paré; et l'idenliléde cette remarque sur l'innocuité de l'écoulement sanguin provenant des carnosités mêmes , semble attester que notre auteur avait quelque connaissance dii Livre d'Alphonse Ferri.

Reslemaintenant à examiner ce qu'a écrit de la même affection Amatus Lusitanus.

Dans sa 4° centurie, obs. 19, il raconte qu'il traita de cette affection à Rome, où il avait été appelé, en 1550, par le pape Jules III, le docteur Gastelli. 11 commença par lui introduire dans l'urètre une lige d'àil oinled'liuile d'amandes douces; ce premier moyen ayanl échoué, il se servit d'une bougie de cire qui se plia dans l'urètre; euQnil franchit les caroncules avec un cathéter, non sans écoulement de sang. Pour procéder à leur destruction, il avait vingt bougies fabriquées avec la cire blanche et un peu de térébenthine, de la longueur de douze travers de doigt, d'un calibre proportionné au canal de l'urètre ; et de plus trois à quatre bougies de plomb de même calibre, Il fit à deux bougies de cire une rainure circulaire semblable à celle que portent les fuseaux pour arrêter le fil ; remplit cette rainure d'un emplâtre dont il donne la composition, et qui devait être fortement cathérélique ; introduisit une de ces bougies dans le canal, et la fit porter constamment durant six ou huit jours, en la changeant tous les jours. Cependant le malade devait la retirer pour uriner, à la condition de la réintroduire aussitôt après. Le jet de l'urine rétabli, durant les huit jours suivants, on ne mit dans l'urètre qu'une bougie un peu plus grosse , mais sèche et sans médicament ; après quoi, l'on en vint à des injections détersives ; et au bout d'un mois le malade fut guéri.

Après Gastelli, l'auteur cite comme traités et guéris de la même manière un certain Gauthier et un homme de Chio, et il dit en avoir traité plusieurs autres.

D'où lui venait ce mode de traitement?

c'est ce quUl explique dans la Scholic à la suite de l' observation.

« Lacuna , dit-il , homme d'un grand nom

ilE LIvkE,

Onguent pour les camosilés.

Prenez ceruse de Yenise § . iij.

Camphre 5 . j.

Tuthie préparée auec eau rose g . fi.

Lithdrge d'or lauée 3. vj.

Antimoine cru, subtilement puluerisé et passé par le cLcbtr'ijj ?? j«>i'; r

Trochisqucs blancs de Uhasis 3. ij.

Mastic, oiiban, alocs, hepalic subtilement puluerisés, ana p.. ij.

iiuile rosat tant qu'il suffise pour faire onguent.

Il faut, broyer tout en vn mortier de plomb , auec vn pilon aussi de plomb , et qu'il soit loiig iemps

en médecine , a publié à Rome il y a trois ans (lè livre de Làcuha avait été publié èn 1551, ce qui reporté à 1554 la rédaction de cette centurie qui rie jjarut cependant que plus tard) un petit livré dans léquel il décerne dès éloges divins à cette decôùveHe de l'éxtirj pation des caroncules ; et l'attribue à un cèr- I tain Philippe que j'ai particulièiremerit ! connu. Et comme Lacuna est â l'égard de j ses amis d'une remarquable candeur , il rà- I conte qu'il a appris cette méltode de Phi- I lippe, et la décrit tout comme il Ta reçue, ne voiilantpas, autant que j'en puis juger, passer pour avoir mis du sien dans une œuvie étrangère. En conséquence je dirait qu'il V a dans ce traitement plusieurs chosès que j'ai dû méditer et modifier , et que j'ai â revendiquer d'avoir d'abord corrigé celte pratique, savoir; qu'après aVoir extirpé et détruit les caroncules dans l'espace de 6 ou 8 jours à l'instant et sans autre délai , ils passaient à l'injection d'un collyre détersif. »

Suit la formule dû collyre de Philippe, qu' Amatus trouve très bon, mais qu'il ne veut pas qu'on applique sitôt ; sa grande modification consiste donc , ainsi qu'on l'a vu, à faire suivre l'emploi des bougies emplastiques de celui des bougies simples, pendant six jours. Plus loin il revient à l'invention de la méthode même :

« Pour ce qui regarde la découverte, je voudrais que Philippe lui-même, que j'ai appris exercer maintenant à Damas J fût ici présent: il avouerait franchement de qui il l'a reçue, éar II n'est nî méchant ni îttgràt. Il était venu à Lisbonne à peu prés à l'époque

DE LA. GROSSE VÉROLLE

broyé : se donnant garde de le faire en vn mortier de bronze, ou autre metail , de peur qu'il n'acquière vne acrimonie, et ne cause inflammation ou autres accidens qui pourroient arriuer, comme on a veu. De cest on g-uent en oindrez la candellette enuî ron deux trauers de doigt , et le reste sera oint de l'onguent suiuant.

Prenez onguent rosat de Galien, lau6 en eau rose, onguent blanc do Rbasis, cam phre et pommade simple ana §. ft.

Incorporez ensemble dans le susdit

où l'empereur s'empara de Tunis (en 1535) pour me demander un serv ice ; car, ainsi que tout le monde sait, c'est un chirurgien plus remarquable par son expérience des choses que par la lecture desauleurs; et je mesou viens qu'il me dit qu'il était arrivé en cette ville , d'un pays voisin , un malade assez riche qui souffrait d'un suintement d'urine, et suivant son avis d'un calcul de la vessie; il me priait donc instamment de le voir. J'y allai, et je trouvai un jeune homme de 25 ans, qui avait fait plusieurs campagnes en Afrique et dans l'Inde , et qui, intempérant comme la plupart des militaires, avait attrapé le mal français, avec un écoulement de semence qui lui avait duré deux ans entiers. (Il convient de noter ici que pour Amatus la gonorrhée et l'écoulement de semence sont la même chose ; gonorrheam , dit-il quelques pages auparavant , hoc eu seminis prolluvum ). Il était cependant d'une constitution robuste et toute guerrière, en sorte qu'il me vint en idée qu'il n'avait point de pierre j car cette autre affection atroce débilite les forces, amène la pâleur, et apporte avec elle comme un dégoût de la vie ; elle ad'aillcurs d'autres symptômes qui la font distinguer des caroncules. Présumant donc ce qui était en effet, à l'aide d'une tige d'ail et des autres bougies dont j'ai parlé, je reconnus facilement qu'il avait des caroncules dans l'urètre, et ayant recours aux moyens «iont plus tard Philippe se servit à Rome avec tant d'honneur et de profit, je rendis promptemcnt notre jeune liommc à la santé. Je ne vciix point accuser Philippe

mortier de plomb , et en vsez par interualle pour osier la cuisseur.

Pareillement on fera iniection de laict.

Faut noter qu'en l'application dudit onguent , il ne faut vser de bougies ordinairement, comnrie aucuns, lesquels après auoir pissé, promplement en remettent d'autres, peiosans bien faire : parce que le plus souuent il s'en ensuit tumeur en la verge, et inflammation , qui contraint le chirurgien de différer l'vsage : ètpariant

d'ingratitude; je regrette seulement que prés de plusieurs personnages illustres en médecine, comme près de Lacuna, cet autre Galien de l'Espagne, il se soit attribué toute la découverte, façon d'agir impudente en vérité, et pour dire le mot, ingrate,- car j'avais eu pour témoins de cette cure des hommes très savants et d'une grande autorité dans leur pays, Louis Munius de Coïmbre, George Henri de Lisbonne, célèbres médecins et philosophes, et Manuel Lindus, astronome renommé. Et pour ne pas être accusé à mon lourde la même faute que Philippe, je dirai que quand j'étais à Salamanque, j'avais appris cette méthode d'Alderete, médecin fort célèbre et mon très savant maître , ainsi que beaucoup d'autres connaissances précieuses et que j'estime moi-même de la plus haute valeur.. »

Tel est le récit d'Amatus, et c'est ainsi qu'Alderete a passé jusqu'à présent pour l'inventeur des bougies en cire. Or nous ies avons vues mentionner dès le xv^ siècle par Guainer, qui ne s'en donnaitpas lui-même comme l'inventeur; et au milieu du xvi" siècle, leur emploi simultané par Thierry de Héry qui était revenu d'Italie avant 1540, et par A. Ferri qui écrivait en 1648, avant la publication du livre de Lacuna, prouve assez que l'usage s'en était conservé ailleurs qu'à Salamanque , et que c'était là une de ces découvertes faites depuis long-temps comme le grand appareil , et que l'on a attribuées trop facilement au premier écrivain qui s'en est donné comme l'inventeur.

6^6 LE SEIZIÉ

ie me contente d'en vser vne fois en vingt quatre heures , spécialement la nuit. Et pour mieux faire et abréger la cure , il est besoin de faire sortir du sang de la carnosité auec vne sonde, à fin de descharger la partie, et aussi que le médicament puisse plus librement faire son opération.

On peut aussi vser d'autres chandelles de cire , dont la meiche sera faite exprès de fil bien fort et délié , de peur qu'elles ne se rompent : mais il faut qu à l'endroit qu'elles loucheront lesdiles carnosités , elles soient formées et embouties de la composition qui s'ensuit :

Tf,. Emplastri nigri vel diachylonis ireali 3-iJ-

Pul. sab. ochrBe.vitrioli Romani calcinât, pul. mercur. ana 3. fi.

Orania liquescant simul ad vsum diclum.

Ledit remède sera augmenté de ses forces, ou diminué, selon que le chirurgien connoistra eslre nécessaire.

Pendant que l'on vsera des susdits remèdes , faut soigner que le malade secoue bien sa verge , et qu'il s'efforce qu'il ne demeure pas vne goutte d'vrine au conduit après qu'il aura pissé : car il n'en sauroit demeurer si peu qu'il n'empeschasl l'action des susdits remèdes.

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