‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 355 sur 482 · DE LA POTION VVLNERAIRE · texte numérisé non relu

DE LA POTION VVLNERAIRE

Or si l'altération de l'os et consoli-

élé reproduit dans la note ci-devant, p. 585. Après quoi l'auteur reprend :

« Semblablement icy fault noter ce qui a esté dict à l'extraction des esquilles d'os, c'est que iamais (non plus qu'icelles) on ne doit extraire par violence les escailles d'os, mais il est besoin d'attendre que Nature commence d'exfolier et ietter l'os altéré, régénérant chair sur le sain, pour le munir et défendre, tant de medicamentz aucune fois indeuement appliquez que de l'iniure de l'air extérieur, qui est totallement contraire aux os nudz, comme a esté dict. Pour ceste cause, î'ault euiter la téméraire application des medicamentz chauldz et acres, après que nature aura exfolié et iecté l'os carieux, de paour qu'llz n'absument la chair régénérée pour la munition de l'os et instauration de la perdue, principalement si on voit qu'ellesoitbonnCj sçauoir est qu'elle ne soit trop molle, spongieuse ou (comme dict le vulgaire des chirurgiens) baueuse, mais au contraire qu'elle apparoisse solide, et e'n forme de pelitz grains de grenade, qui est quand il fault ayder Nature, la conduisant à cicatrisation. » — Foi. 4 1 et suiv.

C'est donc en 1661 que Paré a modifié sa doctrine et sa rédaction à la fois : et à la suite du paragraphe conservé dans le texte actuel, il ajoutait pour les os du crâne l'indication du temps qu'ils mettent à s'exfolier; indiciition qu'il a eu soin de reproduire dans son chapitre 22 du livre Des playes en particulier, ci-devant, page 66. '

' Ce chapitre, tel qu'on le lit ici, et sauf

6g4 LE SÈlZliÉ

dallofl ïïbè ptayés §6tit i-ètiiig-nalis aux remèdes susdits , fttut ordomicr au

que^iies petites additions, ne date que de i'édiiion de isîO; mais déjà il en existait un âu même titre en iSîSeten 15(J4, copiés tous (jeux surl'édilioh dè I5G1. Je noterai rnéinè à cet égard qae lé texte dé \h1h est absolument le mêmeqneccluidc 15GI ; tandis que l'édition intermédiaire offre de légères différences. Voici ce texte primitif !

« Or si l'altération de l'os et consolidation des plajes sôtit rèpugnhrils atlX l'ehiedes susdits, faut ordonner nu patient potion vulnéraire. Ce que i'ay souuenles fois fait auec heUtetiseysiiuë pour ce qilcNàture fait choses admirables aydee pilt telle {Dolioil, hoti sbblertietit àUx pidyës de teste, mais adssi de tôUies lés tiàtliés dé hoslre col-ps.

teste t)olloii est telle :

:îf. SafliCUlœ, bugl<B, pilosellœ, pimpiricHœ, caryôphylldlœ, lleibœ carpentàril, denllsleonis, summîlatum rubi, consolidœ ffldjoils etminimœ quinquetieruis, bêlorticîù, summitatum cannabis, agtimoftiffi, verbenfB, ôsmondœ regalis, rubœ mojôHs, calilriclii, linguie iiuis Icrrestris, n-agarlœ, buglossié, gehtianœ, hef"biœ, orniiiuta capil. recentium, scordij Veri, népUè, pentaphyllon, lanaccli, herbœ Robeiti ana m. fi.

Ytiarum passarum rhundatarum , glycyrrhiziB rasaîj seminis hyperici et cardui bêncdictl ana § . i.

Tïium florum cordialium p. iiij.

Èbijuahtuï côrtlplelè ih aquâ CùmHiuni : iSostbâ ih flile addè viHÎ àlbi et mellis tosali, clriamotni qUàrituni SUfTicit : liât dfecbcttô i

» Laquelle on passera par la cbausse d'Hippocras, et eii sera donné vne once et demie ou deux au patient au matin, deux heures deuant manger.

(L'édition de 16T5 dit trois ou quatre onces.)

»> Ët noteras iôy que. Si l'on lie troUuôit tbiitcS lès susdites hêtbÉS, tjuè l'ôn se contente d'vilê partie.

* ÂuBst tfe puis âsseuter que l'ay veu par

[E Livre,

patient polion vulnéraire. Ce quei'ây souucntesfois fait , auec heureuse issue, pource que Nature fait clioses admirables aidée par telle polion.

Car nous voyons souuent adlichir que les playcs et vlceres, qui de leurs premiers commohconien!, scfnbloietit estre des plus légères, deùlennentauec le temps si rebelles, qu'il n'est possible, quelque diligence et industrie qu'on y employé , les amener à raison et consolidation par les remèdes ordinaires : soit à cause de leur malignité et cacoëlhie , soil à raison qu'iceux remèdes communs et ordinaires sont repugnans àl'alleratioii et consolidation desdites playes , vlceres , et fistules. Parquoy les anciens en tel cas ont inuenlé et ordonné certaines potions , qui à ceste occasion ont esté appollées vulnéraires , à raison de leurs morueilleux efleis pour la guarison des playes , vlceres et

expérience merucilleux elTecls de lélle polion pour les -vieilles vlceres cacocthes et fistules : ce qui se peut aussi prouuer par raison : car tout ainsi que nous sommes nourriz des alimenlz que nous prenons, s'ils sont bons, noslre corps et tioz esprits s'en IrouueHl bien : au contraire, s'ils sont mauuais nous trouuons mal. Or, s'il est ainsi que celuy qui a vne vlcere ou fistule, ou passion arthritique, subit qu'il fait quelque desordre, spécialement à son manger et boire, comme s'il mange viandes fort Salées, espices, ou aul.v et oignons, viti fort et sans eau, et autres choses contraires, subit, ou tost après, feerltirà doUIeuret inflammation en SCS articles ou à son vlccrc, et pareillement mutation de sanie en icellc. Dont ie conclîis, que tant ainsi que donnerez icclle potion vulneraii-e (laquelle a faculté, puissance et vertu de purifier la masse sanguinaire, tant par vriues, sueurs que per lialitum) aidera aussi à la cure desdilcs vlceres et fistules : ce qui est cogneu par l'expérience quotidiane. »

DR LA. GROSSE VRnOLtK.

fistules dcàcspei'iîiss. tttt IfeUl's pbtioris, bieti tjirelles tic Vuiilpht les hiirtieiit-s pal- le bas, Si son l elles tôhueiiablesiîl tteUrtyerliîS plîiyeâ el vlccres de loutc.^ les liuiUtîtils sUpt'i nile.'^ , à puririer le siiiiii tli; IcitlliîS Icd impllHtés,à recoler les os brisés, el yuarir les nerfs:brief à aider Nature en lelle fafcdH , (Jli'eh peli de letnps les playeà soyenlincai-tKîeselclcalrisol'S, mesmc ^Uelquësfdîs sans appliquer àlitrè remède. Ce cbnsideré, il m'a semblé bon d'en dire quelque cbose , d'autant principalement que leur vsage ayant esié approuué anciennement, est pour le iourd'huy presque du Ibut atlfearUi et négligé par les Médecins et Cbirlil'gienS , ciiosc grandetnent dommageable ati public. Car si la guailsôn dé teîies playbs et vlcel-eé inuelerées est ladelersioû bti"eg-eneralion de la subslanceperdue, quelles Choréà lë phuri-dient mieux faire que celles par la vertu miraculeuse desquelles le àû\)g humain est lellemetil imoiidifié, que d'îceluy, cortime de tnatiére (îoriipétenie el bien disposée, la cliàîr ël silbslancê perduft est proitipiéhieht irepai-éé, et la pai-tie rendue eh sa preitiiel-è vnion? Que si les vlcëres llsiuieûx, les clinncres vlcél'és, îes passions drlht'UiqUes, et autres semblables niala iii s, par vsage de viandes Salées, espicécs, acres el subtiles, comme d'aulx, d'oighdhs, ittouStarde , bref par quelconques excès eh boire el manger, s'aigrissent et enflamment, pourquuy par viandeS et medlcaméhs cbhlraires ne se pourronl-i's amènera quel(]ue raison ?

Or â fin que les ieunes ciiirurgiens se puissent aider di; tel remède, ie nie délibère présentement d'en descouurir et desployer le Ibresor : dont les simples et ingrediens de telles compositions sont :

La Scàhieuse, Vutc passie -, Le senkle, L'arislolochie, Le bugle, La véronique,

La pilozelle, L'aigremoine, La piiupiiielle, Les capillaires, L(i gareuce, L'herbe Hoberl, La tenaisic, Le pi;'d de coulon, Les sOlnrtillés de Le plantain,

chanure. L'herbe dite lan- Les sommités de gue de chien,

ronces, Le caryophyllate,

Le ciclamèfi, La charpentiere, Les cohsoldes L'osmonde royale, grande et petite La lou te-bonne, La verueine, La gentiane, La serpentaire, L'herbe au Turc, L'arrtioyse, Le chou rouge,

La perUeuche, Le scordium, La centaurée, L'iierbe à chat s, L'herbe dite lan- Le pentaphyllon^ gue de serpent, Le millc-perluis, La betoine, Lechardon-benist, Le petum ou Nico- Les trois fleurs corliane, diales, Vlmaria, Le sducy,

ïussila :;:(), Ferioil, Dens Leonis, Le macis.

De tous ces simples, le chinirgieu choisira ceux que bon luy semblera estre propres aux parties vlcerées, comme auons dit au Traité desVkircs parlicuiieres , et selon la saison et le

' Tel csiie i'èil'é àe la cinquième éclilîôn ; Vna\s la sefcohde cl la quatrième portent : ÏLliS consoldes rjninde el moyenne.

' Les cinq ing^6di'6nls qui précédent ne Sie trouvent pas dans la formule de i&TO; ils ont étéajoiUés en 1585; cl le dernier, y^occpn.Mœ, a été retranché dans les éditions posthumes.

l>'édition de 1579, après les iroin (leurs covdiales, énumcrc les capillaires déjà cités, les chancres du riinere, les cscrciiices, le masis, et le boliarnienc. CcWc de 15S5 retranche ce dernier, et ajoute le soucy et fenoil; et enfin nous donnons ici le texte de la première édition posthume.

696 LE SEIZIlél

temps , selon le tempérament du patient, et selon l'espèce et propriété de la maladie. le puis asseurer les potions qui seront faites des jus ou décoctions d'icelies, soit en vin blanc simple ou vin miellé , cstre par l'expérience que Ten ay par plusieurs fois faite , tres-vliles à purifier et mondifier le sang, et nettoyer les vlceres sanieuseset virulentes, et dysentériques , à prohiber la pourriture , et dissiper les humeurs superflus , à exfolier les os , à dissoudre le sang des meurtrisseures et contusions , chasser tous corps estranges, et faire autres merueilleux effets au corps humain.

Parquoy de crainte que le ieune chirurgien ne se perde en si grand iardin d'herbes dcssusdiles , i'en presenteray deux exemples, à l'imitation desquels il pourra dresser toutes ses autres potions vulnéraires ^

Prenez bugle, pelum ou nicotiane, tussi- Jago, vlmaria, dicte royne des prez, senicle, aigremnine , de trois sortes de plantain, des consolcles, piunella, veruelne,armoise, dent de Lyon.caryopliyllala, racines ou sommités de ronces, de chacun demy poignée :

Herbe Robert, aluine blanche ou Romaine, fenoil verd, choux rouge, de chacun vue poignée.

Le tout sera mondé et laué , puis mis en vn pot neuf et plombé , en huit liures de vin blanc, et demie liure de miel crud, puis le tout bouillira m balneo Mariœ:el ne doiuent lesdites herbes y estre plus d'vne heure et demie, de peur que leur vertu ne se dissipe , et soit rendue de mauuaisgoust. Puis sera passée, coulée , et mise en petite bouteille bien bouschée : de laquelle

» Dans l'édition de t579, l'auteur dit seulement : l'en presenleyay vn exempte ; et cette première formule manque. Elle a été ajoutée en 1085.

E LIVRE

potion le malade prendra trois onces pour chaque prise au matin , trois heures auant le repas. Les susdites décoctions peuuent estre aromatisées de canelle, pour donner meilleur goust au malade.

Autre.

"if. Saniculai, buglaî, scabiosœ, betonicae, scordij et nepila; ana m. C .

Vuarum mundalar. sera, hyperici, et cardai benedicti ana §.j.

Trium florum cordialium ana p. ij.

Coquantur complété in Ib. viij. aquœ communis, postea in fine adde :

Vini albi 11). ij.

Mellis Narbonensis Ib. j.

Fiat decoclio lento igne, vel in balneo Maria; : passetur per manicam Hippocratis, addendo cinnamorai §. fi.

Detur manè tribus horis ante prandium ad 3. iij.

Mesme de telle liqueur on peut vser és iniections és fistules , et en lauer les vlceres , et mettre desdites herbes dans les potages des malades, de tant que le suc dïcelles peut estre dit médicament alimenteux K Et puis asseurer auoir fait choses merueilleuses par long vsage desdites potions , és fistules de la poitrine et ventre inférieur, et autres parties, où les autres remèdes ordinaires n'auoient sceu obtenir la parfaite guarison : ayant tousiours eu esgard , suiuant le bon vieillard Guidon, de n'en vser au commencement és playes récentes , à cause que telles herbes sont chaudes et aperitiues, et partant eschauffent et sublilient le sang , le faisant fluer en la partie blessée, Parquoy après que la suppuration sera faite ,

1 Ce membre de phrase : Et puis asseurer, etc., jusqu'aux mots : ayant tousiours eu esgard, se lit pour la première fois dans l'édition de 1,S85.

DE LA GRO

et qu'il ne reste plus qu'à detergei- et incarner, et l'inflammation passée, il sera tres-vtile et expédient d'en vser '.

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