DES PLAYES DV COL ET DE LA GORGE
Les playes du Col et de la Gorge sont simples, c'est à dire, auecques solution de continuité seule és muscles : ou compliquées, à sçauoir auecques playe en la chair et aux os, comme és vertèbres. Souuent aussi les veines iugulaires, tant internes qu'externes , ensemble les Carotides sont offensées. Quelquesfois la Trachée artère et Oesophague sont naurés, voire du tout coupés, et pour les susdites playes, souuent s'ensuit la mort.
Parquoy le Chirurgien deuant que de toucher à la playe , doit faire son pronostic, selon ce qu'il verra les acçidens grands ou petits, d'autant que la solution de continuité est souuent cause deperdre quelque mouueraent, ou de la mort , comme nous auons dit. Car à celles du Col, souuentesfois il y a quelque grand nerf, ou tendon atteint , qui est cause de la priuation du mouuement : et si elles pénètrent iusques à la spinale medulle , auecques lésion d'icelle , le mal est incurable.
Les playes de l'Oesophague et Trachée artère sont tres-difficiles à curer, pour leur perpétuel mouuement, et que ladite Trachée artère est cartilagineuse et exangue.
Celles de l'Oesophague se connoistront, si le patient crache du sang par
1 Les huit chapitres qui suivent, du 30= au ,38% n'ont été publiés au plus tôt qu'en lù72 dans la petite édition que je n'ai pu me procurer ; mais on peut conjecturer par un passage du 6« livre (voyez 1. 1, p. 384) qu'ils y étaient réunis en un livre intitulé Des playes de la gorge.
E LIVRE
la bouche, et que son manger et boire sortira par la playe : et .s'il est du tout coupé, nepourraiamais aualler, parce que chacune partie se relire, à sçauoir l'vne en haut , et l'autre en bas : et si la Trachée artère est blessée, le vent sortira par la playe : semblablement crachera le sang , et n'aura cesse de tousser.
Celles des veines iugulaires et artères carotides , estans grandes, sont mortelles, pou rce qu'elles ne peuuent eslre estreintes et comprimées par ligatures , à cause que le col ne peut estre fort serré , que l'on ne suffoquast le malade : au moyen de quoy s'ensuit vn flux de sang, qui est cause de mort. Et si le nerf recurrens est coupé du costé dextre ou senestre, la voix demeure rauque : si de tous les deux, le malade ne pourra iamais parler, pource que l'instrument qui est cause de la voix, est tranché.
Quant à la curation, si la playe n'offense aucun grand vaisseau, ny la Trachée artère ou Oesophague , et si elle est petite, sera facilement curée : s'il est nécessaire y faire points d'aiguille , seront faits comme auons dit cy dessus : puis sera instillé térébenthine de Venise auec vn peu de bol fin, ou bien de nostre baume, qui est tel :
Tf,. Terebent. Yenet. lî). fi.
Gummi elemi 5 . iiij.
Olei hyperico g . iij.
Bol. arm. et sanguinis drac. ana § . j. Aquae vita; § . ij.
Liquéfiant omnia simul lento igne , et fiât balsam. vi artis est, addend. : pul. ireos Floren. aloes mastic, myrrhe ana 3 . j.
Duquel baumei'ay faitchoses admirables, pour consolider et agglutiner les playes ausquelles n'y auoit choses I estrauges, ou complication de ma-
DKS PLATKS EN
ladies. Et par dessus sera appliqué l'emplastre diachalcileos, dissoute en huile rosat et vinaigre, laquelle a vertu de reprimer les humeurs et euiter rinflammation , ou bien sera appliqué l'emplastre de Gralia Bei, ou de ianua.
Et si la playe est auec incision des veines iugulaires et arleres carotides, l'effusion de sang sera arrestée, comme nous auons descrit au chapitre du flux de sang : et lors que la Trachée artère 6l Oesophague seront coupés, le Chirurgien y fera suture le plus promptement que luy sera possible, et le malade n'au aller a chose qui soit difûcile à transgloulir, mais vsera de boiiillpns, restaurans, gelée, orges mondés : et s'il est besoin de gargarisines, cestuy sera fort propre :
:2f. Hord. m.j.
Flor. rosar. p. j.
Passul. mund. iuiubar. ana § • fi • Liquirit. 5 . j.
Bulliant omnia simul adden. : mellis rosat.
etsyrup. rosat, ana Fiat gargarisma vt artis est.
Duquel tiède en lauera et gargarisera sa bouche : il lenist et addoucist la partie , sede la douleur, detergeet agglutine, et aide à la respiration.
Or icy reciteray-ie ceste histoire, digne d'estre laissée à la ieunesse des Chirurgiens >.
L'an mil cinq cens septante quatre, le premier iour de May, François Brege, pâtissier de monseigneur' de Guise, fust blessé à leinuille, d'vn coup d'espée à la gorge, coupant vne partie de la Trachée artère , et l'vne
1 Bien que celle histoire soit de 1574, elle manque, ainsi que la suivante, dans les deux éditions de 1575 et 1579, de même que dans la traduction latine.
PAKTICVLIER. gi
des veines iugulaires, dont s'ensuiuit grand flux de sang , et vn chiflement par ladite Trachée artère. La playe fust cousue , et appliqué remèdes astringens : et tost après le vent qui sortoit de la playe s'introduit entre le pannicule charneux et l'espace des muscles , non seulement de la gorge, mais aussi de tout le corps (comme vn mouton qu'on a soufflé pour l'escorcher) ne pouuant aucunement parler. La face es toit tellement enflée, qu'on ne voyait apparence de nez, ny des yeux. Voyant tels accidens, tous les assistans iugerent que ledit Brege auoit plus besoin d'vn Prestre que de Chirurgien : et partant l'extrême Onction luy fust administrée.
Le lendemain, Monseigneur de Guise commanda à maistre lean le leune, son Chirurgien ordinaire , aller voir ledit Brege, accompagné de Monsieur Bugo, Médecin célèbre de Madame la douairierede Guise, ensemble lacques Girardin, maistre Barbier, Chirurgien au lieu de leinuille , lesquels l'ayans veu, led:t Médecin fust d'aduis le laisser, n'espérant aucune guarison, et ne trouuoit le pouls des artères aucunement batli-e pour la grande enfleure du cuir. Ledit le leune ne voulant laisser le malade sans luy faire quelque chose, et comme hardy operateur, pour la bonne expérience qu'il a eu d'vn vif esprit, fust d'aduis d'vser d'vn extrême remède , qui fust luy faire plusieurs scariD cations assez profondes , par lesquelles le sang et ventosités furent vacuées. Enfin ledit pâtissier recouura la parole etla veuë, et fust quelque temps après du tout guari par la grâce de Dieu, et est encoresviuant, faisant seruice à Monseigneur de Guise de son estât de pâtissier.
9^ LE IIVITIK]
Autre histoi7r.
Noble homme François Pi euost , Enseigne de la Coronalle de monsieur de l'Archan, aagé de vingt-cinq ans, futbiessé d'vn coup d'espce au f rauers de la gorge , passant près la Trachée artère , qui coupa les rameaux de la veine et arlere iugulaire : dont il suruint vn bien grand flux de sang , qui à bien grande difficulté fut estanché. D'auantage vn des nerfs vocables fut coupé : semblablementles nerfs qui naissent des vertèbres du col, qui se dispersent aux bras: dont tout subit le bras demeura impotent et paralytique. D'auanlagela parole grandement deprauée : ioint que le col demeura vn peu tors , ne le pouuant tourner comme auparauant. Neantmoins est reschappé la vie sauue. Il fut mené en la maison de maistre Pierre Pelotot, maislre Barbier Chirurgien , demeurant à la place Haubert, dont subit fus envoyé quérir par le malade , pour le penser auec ledit Pelotot. Où estant arriué , et l'ayant pensé , i'eus vne grande desflance de sa guerison , pour les accidens qui luy suruindrent. A ceste cause ie fis appeler messieurs Cointeret et Piètre , hommes bien entendus en la Chirurgie, et fismes rapport eu lustice , qu'à grande difficulté en pourroit-il reschapper , et que sa playe estoit mortelle. le l'ay pensé iusques à la fin, et Dieu l'a guari.
ïoutesiois est demeuré impotent du bras, et sa parole deprauée.