CHAPITRE XXXL
AVrilES HISTOIRES MEMORABLES.
Or en cest endroit ie veux bien reciter ces trois histoires , à fin qu'elles
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seruent d'instruction signalée pour le ieune Chirurgien , si telles playes luy tombent entre ses mains.
La première fut l'an mil cinq cens cinquante' :Vn seruiteur de monsieur de Champagne, Gentilhomme du pays d'Anjou , fut nauré d'vn coup d'espée à la gorge, en sorte qu'il auoit l'vne des veines iugulaires coupée auec la Trachée artère , au moyen dequoy auoit vn bien grand flux de sang :
ioint qu'il ne pouuoit aucunement parler , iusques à ce que sa playe fust cousue et medicamentée. Or pendant que les medicamens estoient liquides , il les attiroit entre les points d'aiguille , et les rendoit par la bouche. Dont considérant la magnitude de la playe , et la nature des parties blessées, principalement de la Trachée artère et veine iugulaire , lesquelles sont spermatiques, froides et seiches, par ainsi difficiles à reunir : auec ce
> Celte date est fausse , car je trouve déjà cette histoire dans le Traité des playes d'Imcqiicbtaes de 1M5, où elle commence par ces mots : Et encorcs de n'agneres i'atj pensé vit seruiteur de monsieur de Champaigne , etc. fol. CO. Elle est reproduite dans l'édition de 1552, fol. 78, commençant en ces termes :
« Encores pour exemjAe des cures mtrueilleuses que Nature fait: puis nagueres auons pensé, maistre Simon Tiiupoille et moy , vn seruiteur de monsieur de Cliampagne, etc.
Enûn le même fait est répété; dans l'édition de 1504, mais sans la mention de Simon Tliupoille, et aussi sans date; la date de 1550 n'y a été mise que dans l'édition de
Comment Paré a-t-il pu cependant commettre une erreur aussi grave ? Probablement parce qu'il n'avait sous les yeux que son édition de 1552, avec l'inévitable mention : puis n'ugHercs,Ql qu'il aura mis la date par approximation. Heureux si a tant d'observations rapportées de mémoire on n'avaii jamais à reprocher que des erreurs de date!
DES PLAYES EN
aussi que la frachée artère est suietle au niouuement qui se fait en la déglutition, à raison de la tunique interne, laquelle est continue à celle do rOesophague, obéissant l'vne à l'autre par vn mouuement réciproque, comme corde à double chef dedans vne poulie : considérant aussi l'usage desdites parties , c'est que la Trachée artère sert à la respiration , laquelle est nécessaire à la syrametrie et chaleur vitale du cœur , et que la veine iugulaire est fort requise à la nutrition des parties supérieures : d'auantage ayant esgard à la très- grande quantité de sang qu'il auoit perdu, et perdoil par sa playe ( qui est le thresor de Nature, conseruant la chaleur naturelle et esprits vitaux) et autres accidens , faisois mon prognostic de mort prochaine : toutesfois ie le puis asseurer qu'ii est reschappé. Ce que ie croy estre plustost aduenu par la grâce de Dieu, que par le moyen et aide de l'homme , ny des medicamens,
' La seconde histoire est, que depuis peu de temps estoient deux Anglois logés ensemble , près de la porte saint Marcel, en cesle ville de Paris , dont l'vn auoit quelque somme d'escus, et vne assez grosse chaisne d'or , auec quelques autres riches bagues qu'il poiioit ordinairement sur soy.
Son compagnon voulant s'emparer de tels joyaux , ût tant qu'il le mena iouer vers le bois de Vincenne : et estant dedans les vignes, luy coupa la Trachée artère et l'Oesophague , et luy donna certains coups de dague , et pensoit bien l'auoir tué , le laissant
* Les deux histoires qm suivent avaient déjà élé publiées à la suile du H'iaiié des playes de lu lesie, en 1561. Voyez ci-devant la note de la page 89.
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presque en sa chemise. Ayant fait ceste trahison et meschanceté, incontinent retourna en ceste ville. Puis le nauré qui auoit feint estre mort , se leua, et fit tant qu'il se traina à la maison d'vn païsan , lequel par pitié le fit penser et medicamenter. 11 fut apporté en ceste ville, où tost après vn de ses compagnons m'enuoya quérir pour le penser : et trouuay qu'il auoit la Trachée artère auec l'Oesophague, ou Mery (qui est la voye du boire et du manger) entièrement coupée : et subit ie recousus sa playe, prenant la Trachée artère, et r'approchant plus près qu'il me fut possible ses deux extrémités l'vne contre l'autre : mais de l'Oesophague non, parce qu'il s'estoit retiré vers l'estomach :
puis à sa playe appliquay remèdes auec compresse et ligature propre : et incontinent qu'il fut ainsi habillé, commença à parler , et nommer celuy qui luy auoit fait cesl excès. Le meurtrier tost après fut pris aux fauxbourgs saint Marcel : et le trouuaon saisi des bardes dudit patient, dont il fut con>titué prisonnier, et le fait vérifié après la mort du patient , laquelle fut le quatrième ionr de sa blessure. Tost après le meurdrier fut rompu sur la roué, près sainte Catherine du val des Escholiers : et fut le meurtre vérifié, pour avoir recousu la playe dudit patient, l'ayant fait parler.
La troisième histoire presque semblable d'vn Allemand , pensionnaire d'vn banquier nommé Perot, demeurant rue des Noyers en ceste ville de Paris, lequel par vne phrenaisie et folle opinion , la nuit se coupa la gorge d'vn cousteau, et se donna plusieurs autres coups , tant au Thorax qu'au ventre , dont aucuns penetr oient au dedans , et les autres
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estoient siiperflciels. Le lendemain matin , aucuns de ses compagnons le voulans visiler, le trouuerent fort mal , auec grande quanlilé de sang respandu autour de luy. Et voyant tel spectacle, croyoienl et pensoient que c'eust esté son scruiteurqui luy avoit fait tel excès, par-ce qu'il couchoit en sa chambre : lequel futprins et mené prisonnier au Cbaslelet , en luy mettant sus auoir ainsi meurdri son maistre. Or ie fus enuoyé quérir pour visiter et penser le malade : et voyant la Trachée artère et l'Oesophague coupé, auec plusieurs autres playes, n'eus aucune espérance de sa vie :
parquoy fus d'aduis qu'on appellast Eslienne delà Riuière, Chirurgien ordinaire du Roy , et Germain Cheual , Chirurgien luré à Paris, et fut conclu entre nous, qu'il falloit recoudre la playe de la gorge, comme il a esté recité cy deuant. Promplement la playe cousue et bandée , ledit patient Allemand commença à parler : et confessa que luy mesme s'estoit fait tel excès, et deschargea du loutson pauure serviteur en nos présences, et de plusieurs autres, et principalement de deux Notaires, et d'un Commissaire du Chastelet : par ce moyen fut mis ledit seruiteur hors de prison, et absous entièrement par la confession que fit son maistre. Et vous puis asseurer qu'il vescut quatre iours , jaçoit que iamais depuis sa blesseure ne sceut aualler aucune chose, mais fut aucunement alimenté par clysleres nutritifs , et choses odoriferentes nutritiues, comme mie de pain chaud, trempée en vin, et autres choses semblables que ie te laisse à dire , à cause de briefueté. Seulement ie t'asseureray , que par le bénéfice de la Chirurgie, fut donné moyen audit Allemand , de pailer par l'espace de
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trois iours : qui fut cause que son seruiteur et son hoste furent du tout deschargés , et la venté du fait entièrement connue.