‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 38 sur 482 · DES PLAYÈS DV THORAX OV POITRINE · texte numérisé non relu

DES PLAYÈS DV THORAX OV POITRINE

Des playes du Thorax ou Poitrine, les unes sont faites -par deuant , les autres par derrière : aucunes pénètrent au dedans et profondément, les autres non : aussi aucunes sont avec lésion des parties contenues, comme mediaslin , poulmons , cœur , diaphragme , veine caue et grande artère ascendante : et quelquesfois pénètrent de part en part tout au trauers du corps, auec fracture d'os poussés au dedans par l'entrée de la playe , et à la sortie chassés au dehors : parquoy aucunes sont mortelles, les autres non.

Les signes qu'elles pénètrent au dedans , sont connus, quand l'air sort de la playe auec vn sifflement. Et pour

1 Presque toute la partie dogmatique de ce chapi ire paraît avoir été puisée dans Vigo, qui lui-même n'avait guère fait que copier Guy de Chauliac. Mais les observations que Paré y a ajoutées olTent un puissant intérêt et ont trait pour la plupart à des questions neuves. Ainsi on y trouve le premier exemple connu d'une plaie de cœur qui n'ait pas été instantanément mortelle; de même je ne sache pas que personne avant Paré ait fait mention des hernies diaphragmatiques, dont il rapporte deux observations. Je n'ai pas trouvé non plus avant lui les signes de l'épanchemcnt du sang dans la poitrine ; Guy et ceux qui l'ont suivi ne parlant que de l'épanchemenl ancien où le sang est déjà p«- Iréfié.

DES PLAYES EN PAiniCVLIEK.

bien connoislre cela, on fera boucher le nez el bouche du malade, à fin que son vent soit retenu. Ce faisant, si la playe pénètre, on verra sortir le vent, approchant vne petite chandelle allumée près la playe , el lors on voit la flambe se mouuoir, et quelquesfois esteindre la chandelle : ioint aussi que le malade a peine de respirer et expirer , et principalement quand 11 y aura du sang tombé sur le Diaphragme.

Les signes par lesquels on connoist le cœur eslre blessé , c'est qu'il sort grande quantitédesang,auecvntrenlblement vniuersel de tout le corps : le pouls est fort languide et pelit, la couleur fort palle , et sueur froide , auec syncope , les extrémités demeurans refroidies : et promptement la mort s'ensuit.

Toutesfois le proteste auoir veu à Thurin vn Gentilhomme, lequel se combattoit auec un autre , qui lui donna vn coup d'espée sous la mamelle senestre, pénétrant iusques en la substance du cœur , et ne laissa de tirer encores quelques coups d'espée contre son ennemy qui s'enfuyoit , le poursuiuant la longueur de deux cents pas , puis tomba en terre mort : et en feis ouuerture, où ie trouuay vne playe en la substance du cœur, de grandeur à mettre le doigt, et grande quantité de sang tombé sur le Diaphragme.

Les signes qui aduiénnent quand les poulmons sont vulnerés , c'est qu'il sort de la playe vn sang spumeux avec vne toux : le malade se couche volontiers sur la playe, et en telle situation quelquesfois parle aisément, et se tournant de l'autre costé perd la parole, et a grande difficulté de respirer, et douleur aux costés, qui n'estoit au parauant.

Les signes qui demonstrent le Diaphragme estre blessé, sont pesanteur au lieu blessé, délire, c'est à dire, perturbation de raison, qui se fait par la communication des nerfs de la sixième coniugaison qui s'insèrent au Diaphragme : grande difficulté d'halener, toux, et douleurs aiguës : les flancs se retirent et resserrent contremont: et par ceste grande et véhémente inspiration , est quelquesfois attiré l'estomach et les intestins par la playe en la capacité du Thorax, ce que i'ay remarqué à deux personnes.

L'vn estoit aide à maçon, lequel fut blessé au milieu du Diaphragme, en sa partie nerueuse, dont il mourut le troisième iour : et luy ayant ouuert le ventre inférieur, ne peus trouuer son eslomach : ce qui me fit grandement esmerueiller, pensant que ce fust vne chose monstrueuse d'estre sans estomach. Mais ayant diligemment considéré, connus en fin qu'il estoit monté dans le Thorax, iaçoit que la playe du Diaphragme ne fut plus grande qu'à mettre le poulce : et ayant ouuert le Thorax, trouuay ledit estomach enflé et plein de vent, auecques peu d'aquosité.

D'abondant ie ne veux omettre ceste histoire aduenue depuis peu de temps, d'vn Capitaine nommé François d'Alon, natif de Xaintonge, lequel estant à la suite de Monsieur de Biron, Grand maistre de l'artillerie de France, receut deuant la Rochelle vn coup d'harquebuse , dont l'entrée estoit à la fin du Sternum près le cartilage scutiforme, passant au trauers du Diaphragme en sa partie charneuse, dont la sortie estoit entre la cinq et sixième des costes vrayes du costé gauche, duquel coup sa playe fut bien consolidée par dehors, toUtesfois il luy restoit lousiours depuis vne

LE HVITIEJUE LIVRE

débilité d'eslomacb , comme YneTîspece de colique, ù raison deqiioy il n'osoil souper que bien légèrement. Huit mois après luy suruint vne grande douleur au petit ventre , commie A ne colique, et fut secouru bien soigneusement par Monsieur de Malmcdy, Docteur Regent en la facultéde Médecine et Lecteur du Roy, et Monsieur du Val, pareillement Docteur en la l'acuité de Médecine, hommessçauansen la Médecine et Chirurgie: neantmoins quelques remèdes qu'on y peut administrer, mourut. Et fus d'aduis l'anatomiser, pour sçauoir la cause de sa mort, et des grandes douleurs qu'il sentoit pendant sa maladie : ce qui fut fait par lacques Guillemeau, Chirurgien du Roy, et iuré à Paris, grandement versé enl'anatomie, et és autres parties de la Chirurgie. Et fut trouué en la capacité du Thorax vne grande partie de l'intestin Colon rempli de vents , qui estoit entré par le trou du Diaphragme fait par la blesseure :

toutesfois n'estoit ledit trou sufDsant qu'à mettre le bout du petit doigt.

Maintenant nous retournerons à nostre propos.

On peut connoistre le sang estre tombé dedans le Thorax par la difficulté de respirer, pourueu que le patient soit assis ou debout : car estant sus l'espine du dos , le sang contenu en la capacité s-espanche du long de Tespine, ne comprimant ny les Poulmons, ny le Diaphragme, qui fait que quelquesfois il y a grande quantité de sang contenu audit Thorax, au moyen dequoy le Chirurgien ne situant bien son palient , peut estre trompé en son pronostic. Pareillement aussi se connoist par là, et par l'accroissement de la iiéure , ayant l'haleine puante et crachement de sang, et autres accidens qui prouiennent , lors que le

sang est hors de ses vaisseaux, se conuertissant en vne .sanie fétide , altérant les parties esquelles elle louche de sa substance ou de sa vapeur.

Aussi que le malade ne peut demeurer couché que dessus le dos, et a volonté de vomir : désire estre souuent leué , qui est cause qu'il tombe en syncope, à cause de la faculté vitale qui souslient le corps estant grandement debiliiée, tant à raison de la playe, qu'à raison des gremeaux de sang, qui en quelque partie qu'ils tombent, acquerans qualité vénéneuse par corruption du sang sailli de ses vaisseaux, affoiblissent et dissipent grandement les forces du cœur.

Les signes que la moiielle de l'espine est blessée , c'est qu'il se fait paralysie, et souuent conuulsion ou spasme : le sentiment et mouvement des parties inférieures subit se perd, et les excremens, comme matière fécale etl'vrine,sontiettées inuolonlairement, et souuent du tout retenues.

Les signes que la veine caue et grande artère sont vulnerées , c'est que le malade meurt promptement, à cause de la subite et grande vacuation qui se fait du sang et esprits qui remplissent le Thorax, faisant cesser l'action des poulmons et du cœur, dont le pauure malade est promptement suffoqué.

De Vigo, au Traité des Playes de la poitrine , chap. 10. dit qu'il y discord entre les Chirurgiens, parce que les vns sont d'aduis de clore la playe pénétrante au dedans le plus subit que faire se pourra, sans s'amuser à la tenir ouuerteauec tentes, de peur que l'air froid n'entre au cœur, et que les esprits vitaux sortent et se dissipent : les autres tiennent le contraire, et commandent de tenir la playe ouuerte : voire si elle n'est

DES PLA.YJiS ETS PAHTIOVLIER.

grande, qu'il la faut ouurir, à fin que le sang- contenu au dedans puisse estre vacué, craignant qu'il ne se pourrisse et pulretie , dont fleure , fistule et autres pernicieux accidens aduiendroient. Or véritablement ceux qui tiennent que promptement faut clore laplaye sans y mettre aucune tente, ont grande raison , pourueu qu'il n'y ait point de sang, ou bien petite quantité tombé au dedans, de peur des accidens susdits. Aussi ceux qui tiennent qu'il faut tenir la playe ouuerte , ont semblablement raison, pour les accidens qui peuuent venir, estant le sang tombé en grande quantité au dedans, et retenu. Et en cest endroit ie veux reciter ceste histoire i.

Estant à Thurin au seruice de défunt Monseigneur de Montejan, ie fus appellé pour penser vn soldat nommé l'Euesque, natif de Paris, qui estoit lors sous la charge du Capitaine Renouart, qui fut blessé de trois grands

I Cette histoire est rapportée déjà dans la premièreédition du Traité des Playes d'hacquebutes, 1545, fol. 57; avecla mention de l'année 1538, et avec une rédaction un peu différente du texte actuel. Ainsi on y lit que Paré fut appelé à Monicuiller pour panser ce soldat; le capitaine y est nommé Regnoard, et le chirurgien qui avait pansé d'abord le blessé y est moins ménagé.

« La playe eslnii grande de cinq doigiz ou enuiron, dit l'auteur, pénétrant dans la caiiiié du thorax ■■ ce que n'auoit cogneu le,chirurgicn qui premièrement le pensa. Car il n'eust si indiscrelemenl {comme ie croy) cousu la playe, comme ilfeit, en sorte que rien n'en sortait...

II raconte ensuite comment il fut appelé: « Et estant arriué , ie doubtay , voyant telz

signes, s'il estoit pleuretique : pour ceste cause i'inierrogay celuy qui l'auoil pensé, sçauoir si la playe penetroit dedans la capacité du thorax, lequel respondit que non: toutesfois t'osay descoudre laplaye, à l'orifice de laquelle 'c irouuay gros thrombes de sang coagulé. »

coups d'espée , desquels en auoit vn au costé dextre sous la mammelle , ou la playe estoit assez grande , pénétrant en la capacité du Thorax : et estoit découlé grande quantité de sang sur le Diaphragme, qui empeschoit la respiration : et ne pouuoit qu'à bien grande peine parler, ayant vne fiéure fort veiiemente, et auecla touxiettoit le sang par la bouche, et disoit sentir vne douleur extrême au costé blessé.

Or le Chirurgien qui premièrement l'auoit pensé , auoit cousu du tout sa playe, de sorte que rien n'en pouuoit sortir : et le lendemain ie fus appellé pour visiter le malade , où estant arriué , voyant les accidens et la mort proche , fus d'aduis de descoudre la playe, à l'orifice de laquelle trouuay du sang coagulé. Dont subit feis esleuer le malade par les iambes, la teste en bas , laissant vne partie du corps dessus le lit, s'appuyant vne main sus vne escabelle plus basse que le lit : et

Il évalue le sang qu'il retira à enuiron trois palettes; et enfin après avoir raconté l'effet des injections amères, et donné son explicacation à cet égard :

« Parquoy, ajoute-t-il , te fus contraincl les oster, et suiure la cure selon les docteurs de nostre art, par laquelle fut ledict patient guary, »

On retrouve cette observation avec la même rédaction dans la 2» édition des Platjes d'hacquebutes, 1552, fol. 76, sauf la date toutefois, et dans les dix Hures de chirurgie, 15G4, fol. 127.

Je noterai ici que cette suture de la plaie, regardée par Paré comme si indiscrète, et qui n'avait été employée que parce que le chirurgien n'avait pas jugé la plaie pénétrante, futérigée par Wurlz, en 1676, en méthode générale pour les plaies pénétrantes de poitrine; chose d'autant plus remarquable que Wurlz lui-même dénonce l'abus de la suture dans les plaies ordinaires. Voyez mon Instruction.

9^ LE IIVITIÉ;

estant ainsi situé , luy feis fermer la bouche et le nez , à lin que les poulinons se tuméfiassent, et le Di.'ipbrag:me s'esleuast, et les muscles intercostaux se comprimassent, ensemble ceux de l'Epigastre , à fln que le sang cleçoulé au Thorax fust ietté hors par la playe : et encores pour mieux faire, mettois le doigt assez profondément en la playe pour desboucher ladite playe du sang coagulé , et en sortit près de sept à huit onces ja fétide et porrompu : puis le feis situer au lit , iuy faisant des iniections en sa playe d'eau d'orge , en laquelle auois fait bouillir miel rosat et sucre candi :

puis le faisois tourner de costé et d'autre : et de rechef le feis esleuer par les iambes comme auparauant. tors on voyoit sortir auec ladile iniection de petits trombus et gremeaux de sang. Cela fait , les accidens diminuèrent, et petit à petit cessèrent. Le lendemain luy feis encores iuiection , en laquelle adioustay centaure , absynthe , aloés , pour encores mieux mondifier : mais le malade tost après ine dit qu'il sentoit vue tres-grande amertume en la bouche, et volonté de vomir. Alors me vint en mémoire auoir veu aduenir vne pareille chose à l'hostel-Dieu de Paris, à vn quidam qui auoit vne fistule au Thorax : et considérant que telles choses ameres s'ittibiboient en la substance des poulmons, et que par leur rarité et spongiôsité facilement se communiquoient à la Trachée artère et Oesophague, et par conséquent à la bouche , cela fut cause que n'y appliquay plus (et ne feray) telles choses ameres en telles playes, à cause qu'elles donnent plus de fascherie au malade que de bien. Or pour conclure , ladite playe fut si bien traitée, qu'outre mon espérance le malade guarit.

K UVHJî,

le recileray sur ce propos vne autre hisloire. Quelque temps y a que fus appelle pour traiter vn Gentil-homme Allemand, au logis de saint Michel, rue saint Denys, lequel fut blessé d' vn coup d'espée pénétrant au Thorax :

et pour le premier appareil le pensa vn barbier son voisin, et meit vne assez grosse tente dedans la playe. Le lendemain visilay ledit Allemand, et ayant veu sa playe et examiné s'il y auoil du sang coulé au dedans, connoissan t qu'il n'y en auoit point, pource qu'il n'auoit fiéure ny pesanteur, et qu'il n'auoit craché du sang : lors luy ostay sa tente, et luyinsiillay de mon baume , et par dessus vne emplastre de Diachalciteos , et tost après fut guari : ce que ie proteste auoir fait en cas pareil par plusieurs fois. Et puis icy attester, que par tenir trop longuement des tentes és playes du Thorax, icelles dégénèrent en fistules , et sont rendues incurables le plus souuent'.

Andréas à Cruce , Médecin tres-fameux à Venise , en son quatrième liure , section première de sa Chirurgie, parlant des playes du Thorax, et comment il faut tirer le sang ou autre humeur de la capacité d'iceluy, recommande entre tous remèdes l'emplastre qui s'ensuit : duquel voicy les paroles expresses :

« Nous trouuons tres-seur et expe- » dient vser de i'emplastre qui s'en- » suit, aux playes du Thorax et sem- » blables, appliqué extérieurement, » sans mettre aucunement tentes ny » canules , que ie puis asseurer, et » prens Dieu à tesmoin, qu'il est d'vn

i Ces derniers mots : Et sont rendues incurables te plus souueni, manquent encore dans la seconde édition, de même que la ciUlion qui suit d'André de la Croix.

DES PLAIES EN

" effet meiucilleux : pour raison de- )> quoy il est appelle Saint, digérant » les playes profondes , angnsles et M canerneuses , roboraiit les parties «voisines, attirant par vne nier- >' ueillense prouidence les matières )' estranges du profond et centre du )' corps, et si il absterge, desseiche et » consolide toute playe faite d'es- )' toc , sans nullement trauailler le » malade. C'estoit des secrets de de- » funt mon pere, qui a long temps re- » régné en ces quartiers auec vne « honneste réputation ^ Il est préparé » comme s'ensuit :

"21. Resinœ pini recentis clane et odoratae 5 • V'j-

Ole! laurini puri , terebenthinae oplim.

ana 5 . ij. * Gummi elerani transparentis , garuis ac boni odoris 5 . iiij.

iMisce.

» Il faut tout premièrement mettre » la résine et la gomme en vn poillon » ou petit bassin d'estain sur le feu , )) le remuant iusques à ce qu'ils soient )' meslés ensemble l'vn auec l'autre :

>' puis faut adiouster l'huile laurin et «la térébenthine, et de rechef les » faire rebouillir, remuant tousiours :

» et lors que vous verrez que ledit » médicament viendra espais , le faut » passer au trauers d'vn gros linge , » et le mettre dans vn pot de terre « plombé et bien bouché , et en es- » tendre sur du cuir, et faire vn em- » piastre qui couurira non seulement » la playe, mais quatre ou cinq doigts » és enuirons , luy donnant iour au

1 A. Paré fait ici un contre-sens ; A. de

La Croix, dit : Hoc eral de secreiis lionesiUsimi patris mei , qui in hac mediciniE parte diu magnus vixil experimenlalor . Il ne parle pas des quariiers où son père a régné, mais de la partie de la médecine qu'il a exercée.

PAUJ'ICVMIÎR.

)' milieu , pour donner passage aux » matières estranges. »

11 faut seulement penser lesdits malades vne fois le iour en hyuer, et deux en esté. 11 1 ouë aussi grandement, comme escrit Galien au 5. liure de Locis affhctis, et au chapitre 2. du 5. liure de la Méthode , et Dioscoride , liure 5. chapitre 9. l'vsage du melicratum , qui est fait de deux parties d'eau de riuiere et vne de miel. Il incise et atténue le sang caillé, qui autrement ne pourroit passer pour raison de l'angustie de la playe , pris en potion , ou bien en y faisant iniection dans icelle playe.

Galien au liu. 7. des Administrations Analomiques , recite ceste histoire , que le seruiteur de Marillus Mimographereceut vncoup surlebrichet, duquel au commencement il ne fist compte : et en après ne fut bien conduit ni gouuerné. Estre passé quatre mois, il monstra de la fange en la partie qui au oit esté frappée : celuy qui la pensoit, la voulant euacuer, fist incision : et comme il cuidoit deuoir estre fait , incontinent flst venir l'vlcere à cicatrice. « Par après ladite « partie s'enflamma de rechef et s'a- » postema, et de rechef fut incisée, et " ne fut de là en auant possible la ci- » catriser. A celte raison, son maistre » assembla plusieurs Médecins, du » nombre desquels le fus , et les pria » consulter de sa guarison Or comme « tous cuiderent la maladie estre vn w sphacele et corruption du brichet , » se voyant et apparoissant le mou- » uement du cœur en la partie senes- » Ire, aucun n'osa entreprendre de » couper l'os gasté et corrompu : lors » ie promis de le couper, au reste ie » n'asseurois point le guarir parfaite- » ment. Auoir donc coupé l'os cor- » rompu, à l'endroit où luy est adhe-

^00 LE HVJTi:

» rente la pointe de l'cstuy du cœur, » et se monstrant le cœur tout nud , ') par-ce que son estuy ou Péricarde » estoit pourri : en cest instant nous » conceusmes mauuaise opinion et es- » perance dudit seriiiteur : ce neant- » moins ilfut totalement guari en peu « de temps : ce que ne fust aduenu , » si on n'eustprisla hardiesse de couî) per l'os gasté. »

Cecy sont les paroles de Galien, dignes de grande admiration , comme vn homme a peu viure, luy ayant veu le cœnr à nud et hors de son enueloppe ou tunique, nommée Péricarde.

Et si c'estoit un autre que ce grand personnage Galien , difficilement on le pourroit croire

Page 1