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CHAPITRE IV

LA MANIEBE d'haBITER ET FAIRE GENERATION

L'homme estant couché auec sa compagne et espouse , la doit m ignarder , chatoiiiller , caresser et esmou-

' Ce chapitre est pris de Gourdon, liu, 7, chap. 14, lequel i'ay exprimé le plus bonnestement qu'il m'a esté possible. — A. P. — Cette indication manque dans l'édition de 1573, elle a été ajoutée en 1579. Comme ce chapitre est assurément le plus grassement écrit de tout le livre, pour me servir de l'expression de Bayle, on pourrait donc penser qu'en effet Paré avait reçu quelques admonestations à cet égard, et qu'ilcberchaitàse mettre à l'abri derrière un auteur déjà fort ancien et assez connu. J'ai dit dans mon Introduction 1. 1. p. cclxxxui) combien par l'anecdote rapportée par Guyon , Moréri et Bayle était vraisemblable; Ambroise Paré ne manquait pas d'autorités qui avaient écrit avec autant de liberté et de complaisance pour leur sujet; et à part Goi don qu'il cite, il aurait pu alléguer également l'exemple de Matthieu de Gradi dont j'ai rapporté (voir mon Introduction p. xcvi) un long passage toul-à-fait comparable au chapitre actuel. Mais une dernière preuve que notre auteur ne crut jamais nécessaire de modiûer son stjle dans le sens indiqué par Bayle, se lire de la comparaison que nous allons faire entre le texte primitif de 1673 et la rédaction définitive de 1679.

Le chapitre, à l'une et l'autre époque, ne se composait que des deux premiers paragraphes; le second a subi peu de modifications, mais il touche bien moins à la question en litige que le premier. Or voici en quoi celui-ci consistait dans la rédaction primitive:

L'homme estant couché auec sa compagne et espouse, lu doidt mtgnarder et esmouuoir'[si elle ne l' estait) la baisant, et parlant du ien des dames rabattues, en luij maniant les tetins, et ses parties genilalles, aitin qu'elle prenne

DE LA g;

uolr , s'il troiiiioU qu'elle fiist dure à l'esperon : et le cuUiueur n'enUera dans le champ de iN alure humaine à l'estourdy , sans que premièrement n'aye lait ses approches , qui se feront on la baisant, et luy parlant du ieu desDames rabattues : aussi en maniant ses parties génitales et petits mamelons, à fin qu'elle soit aiguillonnée et titillée, tant qu'elle soit esprise des désirs du masle (qui est lors que sa matrice luy frétille) à fin qu'elle prenne volonté et appétit d'habiter et faire vne petite créature de Dieu, et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble : car aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce ieu que les hommes.

Et pour encore auancer la besongne, la femme fera vne fomentation d'herbes chaudes , cuites en bon vin ou maluoisie, à ses parties génitales, et mettra pareillement dedans le col de sa matrice vn peu de musc et cinette : et lors qu'elle sentira eslre aiguillonnée et esmeuë , le dira à son mary : adonc se ioindront ensemble , et accompliront leur ieu doucement , attendant l'vn l'autre, faisant plaisir à son compagnon. Quand les deux semences seront iettées, l'homme ne doit promptement se desioindre ' , afin que l'air n'entre en la matrice et

volonté et opestit d'abiier, et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble, car aucunes femmes ne sont pas si promptes à ce ieu que les hommes. »

C'est déjà une première esquisse assez chaudement burinée, si l'on veut; mais ce n'est qu'une esquisse, que l'on retrouve retouchée, corrigée et conduite à pericction dans le texte actuel. Pour l'expiicalion du ieu di-s dames rabattues, expression que Paré a c'j.isenée avec soin, il faut renvoyer au glossaire de Rabelais.

' Edition de 1573 et de 1675 : de desioindre et descendre.

n'altère les semences , et qu'èlles se mixtioiHient mieux l'vne auec l'autre : et subit que l'homme sera descendu , la femme se doit tenir coy, et croiser et ioindre les cuisseset iambes, les tenant doucement rehaussées, de peur que par le mouueinent et situalion decliue de l'amarry, la semence ne s'escoule hors » : pour lesquelles mesmes raisons il ne fau t qu'elle ne parle , ne tousse , ny esternue : et qu'elle dorme promptement après s'il luy est possible 2.

Ainsi Dieu donna à l'homme la femme pour son aide et compagnie, et mit à l'vn et à l'autre vne vertu d'amour et vn désir d'engendrer lignée , ayant préparé en eux vn humeur et esprit inHalil, auec inslrumens conuenables à tel vsage.

Et à celle fin que l'vn ne desdaignat l'attouchement de l'autre, il adiousta en eux certains allcchemenset façons de faire attracliues, auec vn appétit et mutuel embrassemeut , afin que quand ils conuiendroient, il leur aduint de receuoir vn souef et délicieux plaisir. Car de vray , si cela n'estoit infus de nature en toutes espèces d'animaux , de pouruoir à la postérité , et attendre à génération : véritablement tout le genre humain periroitet viendroit à néant , et ne pourroit longuement subsister. Puis donc que telle affection est si forte et difficile à dompter, Dieu a permis à ceux qui ne peu uentmoderer leurs conuoitises, et qui sont despourueus du don de

' Ce membre de phrase, les tenant doucement rehaussées, etc., manque dans l'édition de 1673, où on lit seulement : Et croiser et ioindre les cuisses et iambes, et qu'elle ne parle, ne tousse, etc.

' Le ciiapilrc se terminait ici dans les trois éditions de 1573, 1676 et ibl'J; le paragraphe qui suit esl de 1686.

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continence, le lict de mariage : à fin qu'ils puissent se contenir dedans les bornes d'iccluy , et ne se point contaminer par vue paillardise çà et là vagabonde.

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