DE LA GENERATION DV NOMBRIL
Or en oliacun de ces oriflces de veines et artères, dits cotylédons, la femme ayant conçeu , il s'engendre vn autre vaisseau nouueau , qui est vne veine , au droit de la veine , et vne artère au droit de l'artère : ces vaisseauxnouueaux sontattachés par vne membrane subtile et déliée , qui par dehors est estendue à l'enuiron de tous lesdits vaisseaux , et cohere ou adhère à iceux. Geste membrane sert ausdits vaisseaux de
répéter ce qu'il avait dit dans son Anaiomie; je renverrai donc le lecteur au cliapitre 33 du premier livre, tome I"', page 169; et j'ajouterai que ce chapitre, qu'on ne lit guère, est un des plus intéressants et des plus originaux que Paré ait écrits. On verra qu'il s'y élève contre la doctrine de Galien, qui admettait trois membranes, le chorion, l'amnios et l'allantoïde, et qu'il rejette cette dernière. Il était moins hardi dans la Briefue collection, en 1550, bien que déjà il n'admît qu'un seul réceptacle d'aquosiiés. Voici le passage le plus saillant de son texte, fol. 27 et 28 :
« Les deux autres membranes alantoide et amnios despendent et naissent dudict chorion, et sont bien fort subtiles et déliées. Et sont enuoyes (disent aucuns anatomistes) à la couuerlure de l'enfant, cest assçauoir la alantoide pour enuclouper les parties les plus cminentes d'iceluy enfant : qui sont la teste, les fesses et les piedz. Et disent dauantage qu'en icclles (faute d'impression : il faut icclle) est contenue vne aquosite rousse qui est de l'vrine; et la tierce appelée amnios couure et enuelouppc du tout ledict enfant. Et contient vne grande quantité de aquosites, proueuantcs de la sueur dudi( t enfant.
«Toutefois pour certain me suis trouué
lîMF, LIVRE,
rempart, de ligature et couuerture, qui les attache ensemble , et se redouble auec les deux autres pour couurir le boyau ou ombilic fait delà veine et artères ombilicales, iusques au pertuis de l'ombilic de l'enfant.
Or chacun de ces vaisseaux nouueaux commence vis à vis des emboucheures de ceux de la matrice, appelles cy-dessus Cotylédons , et sont bien petits et déliés, comme sont les dernières racines d'vn arbre planté en terre : mais estans auancés vn peu , ils s'accouplent deux à deux, tellement qu'il s'en fait de deux vn , puis de rechef ils s'assemblent, à sçauoir , veine auec veine , artère auec artère : et cela va tousiours en conti-
plusieurs fois à ouurir fémes grosses décodées, pour sauluer leur fruict, et vous puis asseurer que i'ay tousiours trouué l'enfant naigeant en bien grande quantité de aquosites visqueuses et rousses. Et n'estoyenl lesdictes membranes sépares l'vne d'auecq' l'autre, mais contigues et adhérantes l'vne contre l'autre , par certains petiz fiUamens nerueux, et ne les ai iamais Irouuées comme disent ceulx qui de ce ont escrips, mais aux chiennes pleines oui. Et aux femmes non. Et de ce chascun en face l'expérience, lorsqu'on se trouuera à l'endroict. Et pour faire ladicte espreuue, on peult veoir encore lesdictes membranes vnies ensemble, à l'arriére fais des femmes recenlement accouchées, ce que i'ay plusieurs fois obserué. »
Franco a copié toutes ces idées dans son ITiî chapitre, mais en retranchant absolument tout ce qui montre l'auteur parlant en son nom et exposant ses expériences, de manière celte fois à rendre le plagiat un peu moins effronté.
' Comparez ce chapitre et le suivant avec le chapitre Du nombril au premier liiire De l'anaiomic , tome I"', page 172. D'ailleurs Paré avait déjà exposé les mêmes idées, qui ne lui appartenaient pas, dans la Bvinfue collection aitatomique, fol. 27.
DE LA GENERATION
nuant et auarinentatit ensemble, iusquesà ce que linablemenl tous les petits vaisseaux se rapportent et finissent en deux grands vaisseaux ombilicaux, qui entrent au corps de. i'onf'ant par le perluisdu nombril. Etlcy Galien admire la grandeur de.Bieu et de Nature ' , qu'en si grand nombre de vaisseaux , conduits, et menés par si grande espace : des chemia,- iamaisl'artère ne s'adiouste à la vein<3 , ny^ la veine à Kartere, mais cbacune d'icelles connoist le vaisseau de; sa propre espèce, et à celuy-làs'addiresse et se ioint. Subit que les veines sont passées outre le nombril, se ioignent ensemble, et d'icelles en est veu vno seule,; qui entre en la partie caue du forye de l'enfant. El l'artère subit, qu'elle y est entrée, se. fourche en deux, qui descendent aux costés de la vessie, et s'insèrent aux deux arleres iliaques, et sont couuerles, eslans dedans le corps de l'enfant, du péritoine, qui les lie aux parties où elles passent.
Les veines et artères nouuellement engendrées, faites des cotylédons, sont comme les racines d'vn arbre : et la. veine : et artère ombilicale sont comme le gros tronc , pour attirer le nourrissement, et vinifier la semence dont l'enfant est fait : car nous viuons comme les plantes,, et après comme les bestes brutes au . ventre de la mere. La seconde tunique est appelle Jmnios ou Agnelelte-^ qui enueloppe de toutes parts la semence.
' Diuîne contemplation. — A. P.
' Les éditions de 1573 à 1575 portent amnio.1 ou coeffe. Le latin traduit urnnîos seu aijnina. Le premier livre de i'analomic , chap. î}.*) (voyez tome I", p. 172), l'appelle également wjnina.
Or ces membranes sont fort déliées, resseniblansau commencement à petites toilettes d'araignées», et sont lesj ynes sus les autres, et en plusieurs lieux et endroits .sont vnies et attachées ensemble par certains fllels subtils ,, qui vont. espars les vns entre les autres i et ainsi se fortifient :
comme vue corde ou tissu de poil ou de laine , ou ,de fil , qui acquiert gçandfl force par complication des cliQses assemblées, combien que chacune .d'icelles séparément soit fort foib^e -. Et telle chose est à respon-. dre à qeux qui voudroient dire : Veu que la femffie grosse dance et saulte, et aussi . que l'enfant se remue quelquefois violentement au ventre de, sa mere, comm§ esl-U .possible; que les^^ dites membranes ne se rompent?.
C'est qu'estans liées et entrelacées se fortifient eslaris ensemble , comme par l'exemple d'yn tissu,.commenous auons dit, et ne sont séparées les vues des autres, et ne trouue-on rien entre elles , à sçauoir, sueur ne vrine. Nature toutesfois ne les a voulu faire si fortes qu'elles ne se rompent facilement à l'heure que l'enfant veut sortir .et naistre, .Or île contraire de cela çst tant .enraçiné en l'opinion de plusieurs , qu'il est impossible, leur pouuoir .oster r.mais pour .ce faire , ie les renuoyeray. au liure dc Natiu'e: c'est qu'ils ouurent vue femme morte , grosse d'enfant, et alors ils pourront voir et connoistre la vérité, s'ils veulent ouurir les yeux : ce que i'ay voulu faire sans croire au crédit d'autruy.,
' llippocratcs appelle toutes les trois tayes sccondines. — A. 1\ ■' G.ilien , liu. (h vsa xianium. — A. P.
LE Dix-nVl