‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 383 sur 482 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

COMMENT LA MATRICE SE BESSEUKE SI TOST QVE LA SEMENCE Y EST lETTEE ET RETENVE.

Lors que les deux semences seront ainsi receuës en la matrice , l'oriQce intérieur d'icelle se resserre fermement et estroitement, à fin qu'elles ne retombent : et quand la matrice a pris et retenu les deux semences meslées ensemble ( dont celle du masle est nourrie de celle de la femelic, qui luy est plus familière que le sang , par-ce que chaque chose plusfacile-

' L'édilion de 1573 disait: poio- la suppression du sany de leurs fleurs, cl ne peunent cheminer qu'à bien grand peine, principalement quand elles sont proches de leur terme d'accoucher. La nouvelle rédaction date de 1675, et la citation d'Hippocrale qui termine le chapitre a été ajoutée en

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ment est nourrie et augmentée de ce qui luy est semblable' ) se coagulent et adhèrent contre les parois de la matrice, et par sa chaleur naturelle sont eschauffées subit et si fort, qu'alentour se concrée vne petite peau subtile, semblable à celle qui se fait sus du lait non escreuié, ou d'vne toile d'araignée, de façon que le tout est fait comme un œuf abortif , c'est à dire, qui n'a encore sa coquille ferme et dure. Or à l'en tour sont veus des filamens entrelacés ensemble, auec vne substance glutineuse et glaireuse , de couleur rouge , et aucunement meslée de gros sang noir , et au milieu se manifeste vn peu le nombril , duquel est produite ladite taye^. Et à la vérité l'on peut auoir connoissance de beaucoup de choses des enfans au ventre de la mere en faisant couuer vingt œufs à vne ou plusieurs poules, les cassant tous les ioursl'vn après l'autre en vingt iours : car en ce temps-là le poulet est parfait, et a VH nombril.

Ladite pellicule est nommée secondine ou chorion, et des vulgaires arriere-faix, ou le Hct de l'enfant : et icelle est faite dés les six premiers iours, selon Hippocrates 3, et ne sert point seulement à contenir les deux semences ensemble enfermées , mais

' Cette parenthèse a été ajoutée en 1575.

• L'édition de 1573 ajoutait ici : Cesi ce que Hippocrates afferme auoir veii à sa chambrière, aussi dict que l'on peut auoir cognoissance de beaucoup de choses, etc. Ces citations d'Hippocrate sont tirées de son livre De naturâ pueri, et je ne sais pourquoi Paré les a effacées dans toutes ses grandes éditions.

3 Liure De la nature de Venfanl. — A. P. — Dans l'édition de 1573, cette note marginale s'appliquoit aui expériences sur les ^ œufs cités ci-dessus.

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aussi à attirer leur aliment par les orifices des veines et arleres , qui se terminent en la matrice par où est expurgé le sang- menstruel , pour la piirgalion vniuersclle (le la femme en temps opportun : et iceux orifices ont esté aijpellés des Grecs Cotylédons, iii les Latins Âcelables, et ressemblent aux petites eminences ou appendices qui sont aux extrémités des Sèches : aux femmes sont peu apparents 1 : par lesquels est ladite secondine attachée et liée de toutes parts à la matrice , pour la conseruation et augmentation desdiles semences 2.

Les anciens ont laissé par escrit, que la bouche de la matrice des femmes enceintes est tant serrée, que depuis la conception iusques à l'accouchement , la pointe d'vn poinçon n'y sçauroil entrer : toutesfois on peut monstrer que le coniraire est veri table : tesmoin la superfetation , à sçauoirengendrer de rechefsur vn engendrement, laquelle chose ne se feroit , si la matrice ne s'ouuroit. D'auanlage on voit ieller souuent aux femmes grosses grande quantité d'a-

' Ces mots, aux femmes soni peu appareils, semblent isolés et ne se rallier à rien dans le texte. Ils s'expliquent par une note marginale de l'édition de 1573 qui a disparu dans les suivantes, et qui est ainsi conçue :

.Les cotylédons sont fort apparuns aux besles, comme vaches, clieures et uullres, et aux femmes peu.

' Le chapitre finissait \c\ dans les premières éditions, le reste ne date que de 1.585, et il est à remarquer que cette addition est une argumentation énergique contre une opinion soutenue par Paré lui-même, et qu'il a conservée dans toutes ses éditions; on la trouvera nettement exprimée au chapitre 15. Toutefois je n'ai voulu rien re- Iranclierni modifier dans le texte, cl il suffit d'en avertir le lecteur.

([uosilés et autres excremens liors la matrice , qu'on ne peut dire qu'ils vinssent seulement du col, qui n'a telle capacité pour contenir tant de matière. Plus, la femme grosse ayant affaire à son mary , ietle sa geniture hors : et si elle ne s'ouuroit, elle ne pourroit en découler. Item aux femmes qui ont leurs fleurs estant enceintes, vient du dedans delà matrice par l'ouuerture de certaines veines acetabulaires ou cotylédons , ausquelles l'enfant n'est pas attaché par sa secondine ou arriere-faix. Car s'il venoit par icelles mesmes, il s'ensuiuroit auortemcnt. Ce qui ne se fait :

n'empesche et n'offense ce sang passager, non plus que l'enfant cnueloppé en ses membranes , qui font les fleurs blanches et autres matières putrides. Toutesfois peut-estre (et non nécessairement) que lors que nature se descharge immédiatement par quelques veines du col de la matrice , comme elle fait aussi par les hemorrhoïdes , et par le nez, lieux plus mal à propos que le col de la matrice , voire mesme qu'on a veu par vomissemens de sang, et parles telins , au temps prcflx que les fleurs doiuent couler: choses admirables en telles diuersions et vacuations, qui se fait par nature, et non imitable par artifice de Médecin 1. D'auantage , la femme estant grosse de deux enfans, la matrice s'ouure quelquesfois pour ietler vn mort, comme à elle es- Irange , sans que le vif sorte qu'à son termeprefix^.

' Rousset au liu. De l'enfantement cnisaricn. — A. P. — Le livre de Rousset avait paru en français en 1581; l'édition latine, fort augmentée, est de 1590.

' 11 manque ici quelques détails sur les enveloppes du fœtus. A. Paré n'a pas voulu

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