‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 4 sur 482 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES SIGNES SENSVELS.

Les signes sensuels sont ceux qui se voyeht à l'œil, principalement

1 La fin de ce paragraphe manque dans les éditions de 1561 et 1575.

^Bérenger de Carpi avait aussi noté le peu de valeur de ces signes. Il énumère, comme Paré, les procédés indiqués par les modernes : les uns conseillent de faire tenir au malade un fil ciré entre les dents et de frapper sur ce fil tendu avec un bâton ; si le malade ressent alors quelque douleur dans la tète , là est la fracture ; sinon il n'y en a pas. D'autres tirent par secousses sur le fil pris entre les dents; d'autres font casser au malade une noix ou une amande; d'autres font faire au malade un nœud de paille, et s'il ne peut ensuite le rompre ou du moins le serrer fortement, ils disent qu'il y a fracture... « J'ai essayé tout cela , dit Bérengcr, et j'y ajoute peu de confiance. J'ai vu des malades casser des noix, des noyaux de pêche et des amandes et sans douleur, qui avaient cependant une grande fracture du crâne , dont quelques uns sont .morts. » De fraciurâ caluœ , fol. X.

Du reste, avant Bérenger, déjà "Vigo avait parlé à peu prés de la même manière.

quand l'os est doscouuert, et au doigt pur le bout de l'espatule , ou du doigt mesme ' : aussi quand les cheueux sont coupés, et demeurent tous droils, cnlrans dedans la playe, alors on peut prédire vrayement que l'os est incisé, pource qu'il est bien difficile de couper le poil qui obeïsl , que l'os ne le soit aussi quant-el-quant. C'est vn prognoslic qu'on peut faire deuant que d'habiller le patient : ce que Hippocrates a confirmé.

Aussi peut estre conneuë la fracture quelquesfois au sens du tact, quand le cuir n'est descouuert, qui se fera en pressant des doigts sur la fracture : car alors on sent l'os estre esleué ou enfoncé outre le natureF.

Et lors que le cuir est diuisé , l'os estant descouuert , si elle n'est apparente à la veuë , faut chercher auec la queuë de l'esprouuette, qui ne soit trop aiguë ny poinlue, à fin que trouuant quelque naturelle cauité de l'os, elle ne donne imagination abusiue que l'os soit fracturé. Elle ne doit estre aussi trop grosse , à fin qu'elle ne passe sur les petites fentes sans les sentir : et lors que l'on touche l'os, si on le trouue lisse et glissant, nous estimons qu'il est entier et non rompu :

mais au contraire si on trouue aspreté, c'est signe qu'il est rompu, pourueu que ce ne soit à l'endroit des sutures : toutesfois le Chirurgien doit soigneusement considérer que iesfraclures se font souuent sur les sutures, lesquelles n'ont touiours vne certaine situation.

Or quelquesfois l'os estant conlus ,

' Les mots soulignés manquent dans les éditions de 1561 et 1576.

2 La fin de ce paragraphe manque dans l'édition de 1561, et A. Paré nous indique lui-môme en marge qu'il a emprunté ces nouveaux détails à Cornélius Celsus.

DES PLAYES EN

lendu, ou seissuré, ne peut estreconueu à l'œil ny par la sonde : mais quand on aura apperceu par li-s sig nés Coulecluratifs cy dessus escrils, faut p^r artifice chercher la fissure , par mixtion d'encre et huile , ainsi que sera cy après déclaré. Et ayant conneu l'os estre blessé, faut diligemment sçauoir combien le mal est grand, et y remédier promplement.

Et lors que le coup est sur les sutures, le mal est difficile à connoistr.e,si l'os n'est grandement rompu : poiirce que les sutures, ainsi qu'auonsdit, representen l les fissures, à cause qu'elles ont aspej-ités comme les sutures : auquel cas Hippocrates dit, les Médecins estre souuent trompés et deceus, ainsi qu'il tesmoigne de luy mesme au liure 5. des Epidémies, en l'histoire (Je Autonvmus in Omilo.

Apres auoir ainsi déclaré les espèces, différences, et signes en gênerai des fractures du Crâne : maiptenant faut traiter de chacune espèce à part , commençant à la Fissure ou Fente.

Page 1