‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 404 sur 482 · DE LA NATVRE DV LAICT DE LA NOVREICE · texte numérisé non relu

DE LA NATVRE DV LAICT DE LA NOVREICE

On fait iugement du bon laict, à la quantité^ , à la qualité, à la couleur, à l'odeur, au goust.

A la quantité : le peu de laict, outre qu'il ne suffit pas pour nourrir l'enfant , aussi ne peut-il pas estre guère bon , parce qu'il demonstre le tempérament trop chaud et trop sec :

aussi la trop grande quantité n'est pas bonne , tant pour la nourrice que pour l'enfant , de crainte qu'il ne se caillebotte et corrompe aux mammelles. Toutesfois il vaut trop mieux qu'il y enaye trop que trop peu : car elle en peut espancher quelque quantité deuant qu'en donner à l'enfant.

De la substance: le laict qui est ; entre subtil et gros et blanc , signifie que la vertu lactifiante a pleine domination en la digestion du laict, et par conséquent que le laict en est très bon. Or pour le connoistre il en faut tirer une goutte dessus l'ongle , de la mammelle , et s'il coule et s'espand sans branler l'ongle, c'est signe qu'il est aqueux , non suffisant pour nourrir : au contraire s'il ne coule point en baissant l'ongle , il est trop gros et gluant : mais s'il demeure ferme sans incliner l'ongle , et en le penchant il coule tout beUement, c'est signe qu'il est bon.

On peut iuger le laict pareillement

' On lit dans les éditions posthumes : A la quantilé ou substance, à la qualité, etc. Évidemment la substance se rapporte à la qualité, et c'est bien ainsi que l'auteur l'a entendu dans le reste du chapitre. J'ai donc supprimé ces deux mots , ou substance , qui n'existent dans aucune des éditions faites du vivant de l'auteur.

ÛME LIVRE,

estre bon par sa couleur, par-ce que leditlaict n'est autre chose qu'vn sang blanchi : et celuy qui est fait d'vn sang tempéré, est tout blanc, et celuy qui est d'autre couleur se doit reietter : car s'il tire sus le brun , c'est signe qu'il est procréé desang mélancolique : et s'il est verdoyant , signifie adustion : et s'il est aucunement citrin, c'est signe qu'il est cholérique : et s'il est rubicond, c'est signe que la vertu digesliue lactifiante est débile K Icy nous deuons bien admirer la prouidence de Nature, d'àuoir ainsi transmué le sang en couleur blanche par la vertu lactifiante des mammelles : car si elle se fust oubliée (ce que iamais n'a fait) de laisser couler le sang en sa substance et couleur rouge, la femme nourrice eust eu en horreur de voir ainsi espandre son sang et aussi cela eust esté odieux à l'enfant de le succer pur et rouge de la mammelle , iolnt que nous n'eussions point eu de beurre ny fromage. Pareillement les assistans eussent abhorré de voir la bouche de l'enfant et tetins de la mere sanglants : bref Dieu a fait toutes ses œuures par vue très grande sagesse. C'est ce que chante ce grand Prophète du Ciel ^ :

En tout se voit ta grand'vertu parfaicte, lusqu'à la bouche aux enfans qu'on allaicle •• Et rends par là confus et abbatu Tout ennemy, qui nie la vertu.

Et quant à l'odeur, elle doit estre douce et suaue et non autre : car s'il estoit de mauuaise odeur, comme

' L'édition de 16'73 arrêtait ici ce paragraphe, et passait immédiatement à l'odeur du lait; ce qui suit a été ajouté en 1575, à l'exception des quatre vers du psaume, qui n'ont pris place que dans l'édition de )58à.

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