‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 407 sur 482 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

DV REGIME DE LA NOVRRICE , ET COMME ELLE DOIT COVCHER l'eNFANT ».

On doit auoir soin au régime de la nourrice, soit au manger et boire, dormir et veiller, exercice et repos, et les diuersifler selon la disposition et habitude de l'enfant : comme s'il est trop chaud , doit vser de régime réfrigérant, et ainsi des autres températures : et vsera de viande de bon nourrissement, en quantité mesurée, et doit euiter le mauuais air, et s'abstenir de coucher avec les hommes, pour les raisons susdites : elle euitera toutes viandes qui eschauffent le sang, comme espisseries, pâtisseries, saleures, moustarde, vins forts et sans eau, et sur tout aussi la ciaolere, et toutes choses qui brûlent le sang 2.

Toutes nourrices doiuent vser de médiocre exercice, et plus s'exercer les parties hautes que les basses, à fin que l'attraction y soit plus forte.

Quand la nourrice couche l'enfant en son petit berceau, sa teste doit estre mise plus haute que le reste du corps, à fin que par telle situation les superfluilés du cerueau descendent plus aisément vers les parties basses.

Et le faut lier et bander en son petit grabat de si bonne façon, que son col et son dos ne soyent aucunement courbés 3. Et pour luy faire venir le

' Dans l'édilion primilive de 1573, ce chapitre était fort court, et s'intitulait seulement: Du régime de la nourrice. Il a étendu son cadre et son titre à partir de 1575.

2 Ici finissait le chapitre dans l'édition de 1573.

Ml y a ici dans toutes les éditions posthumes une faute d'impression qui entraîne un complet contre-sens. On lit .- Que son col

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sommeil, on le bercera doucement d'vn mouuement égal, et non point fort : car le fort et inégal esraeut le laictqui est en l'eslomach, empesche la digestion, trouble et estonne le cerueau, et souuent le fait vomir*.

Et pour l'engarder d'être courbé , il est bon de le coucher droilement sur gon dos, et non sur les costés : principaleaient durant le temps qu'il tete, et n'vse point encore de viandes solides , et n'est pas encore fortifié ny ses os assez endurcis : parce que Vespine du dos est souslenement de tout le corps comme la carine de toute la nauire, et est plus seur que tous les autres os, sur lesquels l'enfant s' appuyé en dormant, comme sus vn fondement qui est fort. S'il estoit couché sur les costés , Fvq costé ne pourroit soustenir l'autre parce que les costes sont encore bien menues , laxes et molles : et partant il y auroit danger, couchant longuement Fenfant dessus l'vn des costés, d'encourir en contorsion de l'espiwe du dos, et deuenir bossus : parce que les costes sont pl^vyables , à cause de leur mollesse, et les ligamens qui les lient sont encore taxes et mois, comme nous avons <Kt. Pendant donc le temps que l'enfant tete, et iusques à ce que les dents commencent à sortir, et n'vse de nourrissement plus solide que le laîct, il doit estre couché sur son dos : mais

el son dos soijenl aucunement courbez. La négation que j'ai rétablie existe dans toutes les éditions du vivant de l'auteur, et donne le véritable sens ; tandis que sa suppression laisserait un précepte fort dangereux. Du reste. Paré va revenir dans un moment sur ce sujet.

' Cette phrase tout entière : El pour luy faire venir le sommeil etc., coupe assez mal à propos le texte qui a rapport à la position de l'enfant. Elle a été intercalée en 1585.

ÉMB LIVRE,

lors que ses membres deuiennent plus forts, et ses os plus durs, doit eslre couché tour à tour sur vn costé, puis sur l'autre, et quelquefois sur le dos : et tant plus il se fortifiera et croistra, tant plus sera couché sur les costés.

Il faut aussi que la nourrice aye esgard à la situation de l'enfant, qu'il aye la lumière de ligne droite, autrement il serait louche. La raison est que noslre oeil est vue substance de sa nature pellucide et lumineuse :

dont aduient que pour ce respect il cherche tousiours la lumière, abhorrant les ténèbres, comme chacune chose naturellement se délecte de son semblable, et fuit son contraire. Parquoy si d'ordinaire l'enfant est tellement situé dans son berceau , qu'il n'aye la lumière opposite directement à soy, il est contraint de la chercher à costé : dont aduient que se virant et contournant à costé, prend vn ply, lequel il ne peut aisément laisser par après : pour laquelle mesme raison les nourrices instruites par expériences des ip^conueniens qu'elles en ont veu suruenir, couurent la teste de leurs nourriçons couchés dans le berceau d'vn archet d'osier, et un linge par dessus, à fin que la veuë de l'enfant soit arrestée, laquelle autrement se contournant vers tous les obiets circonuoisins , lui rendroit la veuë fai'ouche, esgarée et louche.

La nourrice louche ne peut regarder son enfant sinon que de coslé : de là vient que l'enfant, comme en toute sa substance , ainsi en son œil estant fort humide, par accouslumance d'estre ainsi regardé prend aisément le ply de regarder de costé , lequel par après it ne peut boimement délaisser. La raison est qu'es yeux des louches, les muscles qui trauaillent le plus sont lésAeus, qui ameinent les

DE LA GEWJERATjON

yeux vers le petit ou grand angle.

Geux-cy donc ou ceux-là , par ce premier ply et continuité d'action s'estant fortiflés et comme endurcis (comme toute partie en nous par son action se rend plus robuste), les deux autres muscles autagonistes , c'est à dire qui leur sont contraires, sont aisément tirés, et tout l'œil tourné -vers l'angle grand ou petit , selon que la nourrice sera louche de ceste façon ou d'autre : aussi que par le mouuement continuel le muscle s'es chauffe. Et par conséquent le nerf inséré en iceluy se dilate (comme le propre de la chaleur est d'ouurir et ^later les conduits j , dont aduient que l'esprit, premier autheur du mouuement, lequel s'espand tant d'un costé que d'autre indifféremment, s'insère és parties lesquelles il trouue les plus ouuertes, faisant en icelles principalement le mouuement. Ainsi voyons-nous les enfans deuenir gauchers , lors que s'exercent tousiours de la main senestre , et la dextre demeure oysiue, laquelle par mesme moyen est moins nourrie, et par conséquent plus foible. Que si un homme ja fait, et ayant accompli ses trois dimensions, s'accointant d'vn boi teux, prend et retient ie ne sçay quoy du train du boiteux : pourquoy le semblable ne se fera-il aux enfans, desquels la chair molle et délicate est prompte à toutes mutations et inflexions?

Or iaçoit que la nourrice ne soit louche, toutesfois ce vice vient aux enfans héréditairement, ainsiqiie l'on voit aduenir és bossus et hoiteux, comme nous auons dit cy dessus.

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