CHAPITRE XXIX
COMME l'on doit ACCOVSTBER LA EOiilLLIE DV PETIT ENfANT.
La boiiillie est honne aux petits «nfans, à cause qu'ils ont besoin d'vne nourriture humide, de grosseur conforme au laict , non de trop difficile digestion. Lesquelles conditions sont trouuées en la bouillie, pourueu que la farine de froment ne soit crue : laquelle on doit mettre dedans vn pot de lerre neuf, et le mettre dans vn four, et qu'il y demeure tant que le pain met à cuire, à fin qu'elle ne soit tant visqueuse et grossière, et aussi que le laict ne cuise pas si longuement : parce qu'il faut que pour donner cuisson à la farine, le] laict cuise semblablement long temps 1 : en quoy il perd sa jbonté, parce que Je cuisant beaucoup, sa substance aqueuse se consomme par le feu, et engendre gros sang, comme il se fait par la bouillie lors que la farine n'est cuite auparauant : car il perd en ceste façon sa substance de maigue de beurre 2 : u en reste tant
' Au premier abord , le texte en cet endroit peut paraître assez obscur; n'y a-t-il pas quelque contradiction en effet entre ces termes : Que le laid ne cuise pas si longitemeiU; et il faut que le laict cuise semblablemou long temps? Mais en y réfléchissant, on voit ce que l'auteur veut exprimer. Le lait perd de ses qualités par une longue ébullilion : donc il ne faut pas le faire bouillir long-temps. Mais une longue ébullition serait nécessaire pour bien cuire la farine; donc il faut faire cuire celle-ci préalablement; et alors ie lait n'aura pas besoin do bouillir si long-temps.
Xes éditions do 1673 et 1675poileQl : De
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seulement la fromageuse, grosse, visqueuse, et de dimcile digestion, et par conséquent pesante , et faisant obstruction és premières veines et au foye, qui souuent cause qu'ils ont des tranchées, et qu'il s'engendre des vers à l'enfant, et des pierres, et autres mauuais accidens, pour n'estre ladite farine cuite, et le laict trop cuit : par quoy ceux qui ont des enfans y prendront garde, si bon leur semble. Et ne sert rien d'alléguer que par expérience quotidiane on voit plusieurs enfans qui mangent boiiillie sans que la farine soit cuite , et se portent bien : car ie dis que cela se fait plustost d'auenture, ou de bonne nature , que de la bonté de ceste nourriture.
Or on ne luy doit donner boiiillie de dix ou douze iours après estre né.
Mesme Galien , liure 1. De sanitale tuenda, veut que les enfans soyent seulement nourris de laict , tant que l'on connoistra la nourrice en auoir sufflsamment pour fournir de nourriture à l'enfant à mesure qu'il croistra K Et encore il y a des enfans qui
maigue et de beurre ; toutes les autres : De maigue de beurre. Nous avons vu ci-devant (Voy . la note 1 de la p. G62), que ce mot maigue ou merjue paraissait signiûer une espèce de sérosité; dans le passage actuel il équivaudrait à peu près à l'expression moderne de lait de beurre; et le sens resterait le même avec ou sans la conjonction et. Cependant l'cdilion latine l'a conservée, bien que, comme il vient d'être dit, elle manquât dans l'édition de 1579 qui a servi de texte au traducteur. Voici sa version : d lac ingérant {pueri) porlione suâpimjui seu bulyrosâ et serosâ castralum,
• Cette citation de Galien a été ajoutée en 1.575, et cette intercalalion rompt le sens. Ainsi on lit plus bas : El encore il y a des enfans qui ne la veulent prendre , etc. j il faut entendre ceci de la bouillie, et non de la nourrice ou d'autre chose.
ÉME LIVRE,
ne la veulent prendre de deux ou trois mois et «plus, et se contentent du laict, et où on leur en veut bailler, la reieltent : autres la prennent plustost, qui se fait jjour la diuersité de leur nature indicible à escrire.
Que s'il adulent que les enfans ayent le ventre constipé, il faut prendre vue dragme d'aloés, ellébore blanc et noir de chacun quinze grains, et le tout puluerisé et meslé auec suffisante quantité de fiel de bœuf, et mettre tel remède sus du coton comme vne boiiillie , et de la grandeur de la paume de la main, et l'appliquer vu peu tiède sur le nombril : tel remède a pareillement faculté de faire sortir les vers. Que si leur suruient des tranchées causées de crudités ( ce qui se connoist lors qu'ils crient et pleurent fort, el se tournent d'vn coslé et d'autre ) , il leur faut appliquer sus le ventre de la laine auec le suif, trempée en huile de camomille vn peu chaude ^.
Or quelquesfois adulent que l'enfant estant ja grandelet, ayant ses dents incisiues, mord sa nourrice, dont puis après est en grande peine , à cause de l'vlcere qui y demeure.
Et pour la curation d'icelle, doit la nourrice lauer son tetin auec de l'eau alumineuse : et parce que le bout de sa mammelle demeure douloureux , estant pressé de ses habillements, aura vn instrument de plomb, fait en la manière d'vn chapeau, lequel sera percé au bout de plusieurs petits trous , dans lequel mettra le bout de son telin , à fin que son laict puisse s'escouler, et la sanie de son vlcere : ioint que le plomb est propre pour la curation d'icelle.
' Tout ce paragraphe a été intercalé ici en 1679. La laine auec le «d/signifle ici avec le suint; le latin dit lana succida.
DE LA GENERATION
Figure d'vn instmment pour mettre le tetin vice ré d'vnc nourrice ',
Au surplus, les nourrices ont quatre moyens de faire taire et appaiser
' L'histoire des bouts de sein et des instruments destinés à allonger le mamelon a été traitée avec une érudition remarquable par M. Deneux ( Mémoire sur les bouts de sein et mamelons artificiels. Paris, 1833 ) ; et je ne saurais mieux faire que d'analyser la partie de cette histoire qui va jusqu'à l'époque de Paré.
C'est dans Lanfranc que l'on trouve la première mention d'un instrument destiné à allonger le mamelon. Il recommandait une cupule de gland ou un instrument de même forme, dont la face interne, enduite de térébenthine ou de poix, était appliquée sur le mamelon; dans le but très probablement de le faire adhérer à cette parlie afin de l'allonger en la tiraillant. Guy de Chauliac y appliquait une petite ventouse ou une cupule de gland préalablement chauffée, ou bien encore un tube proportionné au volume du mamelon pour l'allonger par la succion. 11 ne fut rien ajouté à ces données jusqu'au xvi'= siècle ; mais en 1665, Thaddœus Dunus, médecin de Locarno dans la Suisse italienne, revint sur ce sujet dans un livre publié à Strasbourg sous ce titre : Muliebrium morborum omnis ijeneris remedin ex Dioscoride , Galeno , Plinio , etc. L'article qu'il y a consacré est le dernier de son ouvrage. En voici l'extrait littéralement traduit par M. Deneux :
« M'entretenant un jour chez une honnête et pieuse matrone de Locarno, ma compatriote, des gerçures si douloureuses des ma-
leurs enfans : à sçauoir de leur présenter la telte, de les bercer, de les chanter : et de leur changer de linge et couches. Or il ne faut les bercer trop fort , mais bellement , à fin que le laict qui est en l'estomach par la grande agitation ne se trouble et corrompe, ny pourmesme raison, les faire sauter trop brusquement. Il est bon que les enfans crient quelquesfois : car par ce moyen lepoulmonet la poitrine s'eslargissent d'auantage :
et la chaleur naturelle s'en rend plus forte, et aussi que le cerueau se purge
melons, elle me parla de la violence du mal, et me dit qu'elle connaissait un excellent moyen de les prévenir. Voici quel est ce moyen. On fait avec de la cire pure deux calices, semblables à la cupule du gland ou à un dé, d'une grandeur telle qu'ils puissent recevoir les mamelons. On met dans ces calices de petites gouttes de résine de sapin, on les applique sur les mamelons. Pour empêcher les calices de tomber, on a recours à un bandage artistement disposé pour cet objet, et qui entoure le thorax. Lorsque par une cause quelconque la résine disparaît, on la remplace. Il faut porter jour et nuit, pendant les trois derniers mois de la grossesse, les calices ainsi préparés; à l'aide de ce moyen, les femmes qui ont eu des gerçures à la suite d'accouchements précédents, n'en ont plus dans les couches suivantes; il en est de même de celles qui n'en ont jamais souffert. La matrone a observé sur elle-même et sur beaucoup de femmes qu'on était ainsi constamment préservé des gerçures des seins. »
« Il suffirait peut-être, ajoute l'auteur, de porteries calices pendant le dernier mois de la grossesse : ce serait à l'expérience à prononcer là-dessus. Je dis cela parce que beaucoup de femmes, principalement les grandes dames, supporteraient peut-être avec peine, soit pour elles, soit pour leurs maris, que les mamelons fussent recouverts de résine pendant un temps aussi long. Cependant si elles avaient éprouvé un si grand
LE DlXrHVIT
par le nez, yeux, et par la bouche en pleurant , mouchant et crachant :
mais aussi ie ne louë pas les laisser fort crier, de peur qu'ils ne rompent le procès du péritoine , et que puis après il leur fallust couper les testicules pour curer leurs hargnes: qui puis après degenereroient en nature féminine ».
Les dents des enfants leur commencent à sortir au septième mois , ou vn peu plus tard : et quand elles
mal, elle supporteraient pour en être préservées l'application de la résine, et même de toute espèce de médicaments de l'odeur la plus forte, non seulement sur les mamelons, mais encore sur toute la surface des mamelles. »
Un peu avant Thaddœus Dunus , Amatus Lusitanus avait proposé pour allonger le mamelon de se servir d'une fiole remplie préalablement d'eau chaude: la fiole étant bien échauffée, il fallait la vider et l'appliquer sur le mamelon. M. Deneux ajoute que Paré n'a pas omis de parler de cette fiole ; il y a ici une légère inexactitude; Paré en fera mention plus loin au chapitre 35, et figurera même un instrument plus spécial nommé Tetine 3 mais non point dans le but d'aHonger le mamelon 3 il s'agira seulement de sucer le lait pour en débarrasser les mamelles. Ainsi Paré ne s'est point occupé des moyens d'allonger le mamelons mais c'est à lui qu'il faut rapporter l'emploi du bout de sein de plomb pour guérir les fissures. Chose étrange, il ne songeait à y remédier qu'après le sevrage de l'enfant ; et ce n'est que dans le siècle suivant que Scultet, tout en copiant la figure de Paré, lui assigna formellement ce nouvel usage : Ui ntitrix infaniem absque motescia lactare possit J'ignore du reste ou Paré avait pris l'idée de son bout do sein en plomb ; 11 ne semble pas lo revendiquer pour sien; et cependant je ne trouve rien dans Roesslin ni dans Rueff, ni dans aucun autre auteur contemporain, qui ait pu le mettre sur la voie.
' Co paragraphe a été ajouté seulement en 15793 celui qui lo suit en 1675.
:me LrVRE,
mencent à sortir , ont vn prurit
ou demang^eaison aux genciues , qui cause qu'ils mordent le mammelon de leur nourrice.