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CHAPITRE XXXIII

DE LA MANIERE DE TIRER LES ENFANS HORS LE VENTRE DE LA MERE, TANT MORTS QVE VI VANS.

Le Chirurgien ayant ainsi situé la femme, mettra sa main doucement sans aucune violence dans la matrice :

ce faisant connoistra en quelle situation et figure sera l'enfant , et s'il est seul ou accompagné. Et posé le fait qu'il fust tourné selon pâture, ayant la teste,au couronnement : pour deuëment l'extraire par art , faut doucement le repousser contremont, et chercher les pieds, et les tirer près le couronnement : ce faisant, tourneras fa^y-lement l'enfant: et alors qu'auras attiré ai»s,i les pieds , en faut tirer vn hors, et le lier an <lessu5 du talon en m*H)iere de laqs gourant, auec vn ruban semblable à ceux dont les femmes lient leurs cheueux, oy autre semblable : puis xemettr,as ledit pied ainsi lié dansla njatrice : ce fait, chercheras l'auvtrepîed, et l'ayant trouué, le tireras hors, et alors tireras le lien où rautrçjMç.a e^toit attaché ».

' C'est ici l'un des endroits les plus ori-

Et se doit-on bien donner garde, s'il y auoit deux enfans, de tirer vne iambe de chacun en vne fois : car par ce moyen on besogneroit en vain , , et scroit-on cause de la mort de la mere, et des enfans s'ils estoient viuans. Or pour ne s'abuser, et les bien discerner l'vn de l'autre, c'est qu'après auoir tiré l'vn des pieds hors de la matrice, sera lié au dessus du talon, et alors le faut remettre en la matrice, comme auons dit : car il occuperoit la voye, et engarderoit que le Chirurgien ne pourroit mettre sa main pour chercher l'autre : puis suiura la ligature, laquelle le conduira au pied lié : et l'ayant trouué , coulera sa main iusqu'aux aines, et de là cherchera l'autre cuisse , et aussi la iambe , laquelle quelquesfoi? est trouuée derrière le dos , voire sur son col : et l'ayant trouuée, .amènera hors ledit pied non lié , puis tirera le lien , à fin d'amener les deux pieds ensemble

ginaux de ce livre , attendu qu'on ne trouve ni dans Roesslin, ni dans Rueff^ ni dans aucun auteur avant Paré, le précepte de la version par les pieds. On le 4it -bien dans la deuxième édition de Franco ; mais Franco l'avait copié presque littéralement dans un apuscule, publié par Paré onze années auparavant. Voyez ci-devant pages 623 et 62S. Et cependant la manière dont Paré s'exprime en tête de cet opuscule paraît bien indiquer qu'il n'en est pas l'auteur, et qu'il l'a trouvé en vigueur parmi les barbiers chirurgiens de Paris. Ce serait donc là encore une de ces découvertes du moyen âge dont l'auteur est demeuré inconnu, et dont nous connaissons seulement le premier vulgarisateur. Nous avons vu ailleurs que la taille du grand appareil elle Irailcmenldcs rétrécissements de l'urètre par les bougies étalent dans le même cas ; seulement la version par les pieds paraît bien être d'origine française , et même avoir pris naissance parmi les barbiers de Paris.

DE LA Gl

pour extraire l'enfant : dont après qu'il les aura ainsi attirés hors la ma-trice , les tirera ioints également ensemble: et pou-à-peu, sans violence, tirera l'enfant iusques à ce qu'il soit «lehors. Et pendant ce , faut comprimer le ventre de la mere , comme auons dit cy dessus, et qu'elle tienne son baleine par interualle, en fermant le nez et la bouche, et qu'elle s'espreigne tant que possible luy sera, et face autres choses qu'auons prédit.

Et l'enfant estant sorti, faut subit pareillement tirer l'arriere-faix.

Au reste, quand le Chirurgien aura tiré l'enfant de çeste façon par les pieds, et l'aura amené dehors iusqu'aux faux du corps : se faut bien donner garde de poursuiure le reste de l'extracdon du corps, les deux bras estans couchés de leur long, sur les deux coslés : ains faut que Tvn desdits bras seulement estant ainsi situé, l'autre soit repoussé en haut le long du col par dessus la teste : car autrement Nature estant deliurée de ceste grosseur de l'enfant , fait que les os et orifice de l'amarry prompte Doent se reioignent, et estans reioints, la teste puis après ne peut passer : et par ainsi est estranglé , et demeure dedans si on ne le tire par force, mettant les crochets sous le menton, ou dans la bouche, ou orbite des yeux K

' Le sens est à peu prés le même, mais le texte est un peu dilTércnt dans les éditions de 1573 et 1676. 'Voici comment s'y lit ce pacagcaçhc :

a Et faut bien que le chirurgioa se donne de garde qu'en tirant ainsi l'enfant hors le yentre de sa mere (si par les pieds y auoit dilTicuilé), que les parties supérieures ne sortent, à lors faudpait tirer \n des bras et noB. les deux, car JNalure esXaat dcliuiee de

NERATION. q3

• Mais s'il aduenoit ( ce qui se fait plusieurs fois ) que l'enfant eust les mains au couronnement, ou ja hors les parties génitales , iamais on ne doit tendre ny essayer à l'extraction par icelles, veu qu'il viendroit la teste ployée auec les espaules : ce faisant on seroit cause de faire grande lésion- à la mere-, et à Penfent s'il auoit vie. Fay esté appellé quelquesfois à extraire hors le corps de la mere l'enfant mort, que les matrones (soy disans sages femmes) s' estans efforcées le tirer par vn des bras, auoient esté cause d'auoir fait gangrener et mortifier ledit bras , et par conséquent de faire mourir l'enfant , en sorte qu'on ne le pouuoit remettre dans la matrice, pour la grande tumeur tant des parties génitales de la femme que du bras de l'enfant, tellement que de nécessité le falloit amputer. Or le moyen de ce faire, est couper tous les muscles auec le rasoir, le plus près de l'espaule qu'il est possible, toutesfois en obseruant que parauant l'incision l'on tire la partie charneuse en haut : puis faut couper l'os auec tenailles incisi-

ceste, grosseur de l'enfant faict que les os promptement se reioignent, et estant reioincts etc. »

La différence essentielle est que dans le principe, Paré semblait n'accuser que le rapprochement des os, et que plus tard il y a joint le resserrement de l'orifice de la matrice. L'édition latine, plus raisonnable, n'admet que cette dernière cause : Uieri orificium conslringet sese. Du reste le précepte donné par A. Paré, et sur lequel il iosisle dans une note marginale ainsi conçue : Bon aduerlisscment pour le chirurgien ut sagesf fummes; ce précepte, dis-je, a. été rejeté par les modernes, qui prennent soin de faire descendre les deux bras avant la tête de l'eAfaot.

ues à fin que la chair couuraut l'extremilé de l'os, ne lace lésion aux parties génitales : puis cela fait, faut chercher les pieds du petit enfant, et l'extraire hors comme auons par cy deuant déclaré, s'il est possible.

El là où ledit enfant mort seroit si gros naturellement , ou par accident tuméfié par la putréfaction , en sorte qu'il ne peust nuliemen t estre extrait, premièrement que laisser mourir la mere , faudroit par tous moyens di-

LE DIX-IIVITIEME LIVRE

minuer la grosseur dudit enfant. El s'il aduenoil qu'il eusl la leste au couronnement, la faudroit repousser en haut s'il esloit possible , et le tirer par les pieds comme auons dit : et où il ne seroit possible le repousser, et que l'enfant fustmort, il sera tiré par les crochets semblables à ceux-cy, (e donnant bien garde de blesser la femme par iceux : lesquels mettras dedans les yeux , ou en la bouche , ou sous le menton

Et où la teste de l'enfant viendroit la premiei'e droit au couronnement, neantmoins que la femme ne peust accoucher , à raison qu'iceile est

' L'édition de 1573 ajoutait : Lesquelles te sont icij figurées , et donnait en conséquence la figure suivante, que l'on a déjà vue au Livre Des opérations, ci-devant page 467.

' De ces trois instruments, les deux pre-

enorme en grosseur (que les Grecs appellent iJ/acrop/(î/.«oce/?/ia/e, à cause qu'elle est remplie de venlosités , ou aquosités que lesGrecs appellent Fumiers se voyaient déjà dans les Dix Lhtres de chirurgie de VoM, fol. 224, avec le titre: Crochelz propres pour tirer vn enfant mon hors du ventre de sn mere ; el ils ont été reproduits depuis lors dans l'édition de 1573, et par suite dans toutes les autres. Quant au troisième, représentant une double érigne, on le trouve également dans les Dix Hures de 1564, fol. 224, verso, avec ce titre •■ yJiitre crochet pour extraire vne mole de la matrice; mais il avait été oublié dans les éditions de 1573 et 1576, et il n'a reparu qu'en 1579.

Je noterai qu'entre ces trois figures de l'édition do 1664, il s'en trouvait deux au-

DE LA GENERATION

drocephale) : alors si on voit la femme estre en vn extrême trauail, et qu'on connoisse l'enfant estre mort, faut faire incision aux sutures du crâne, our euacuer ce qui est contre Na-

lure : aussi la tirer par pièces s'il est besoin

Aussi si le Thorax est pareillement trop gros, le faut vuider, puis le tirer pièce à pièce.

Cousteau courbé, propre pour coupef le ventre de l'enfant mon, estant dans le corps de

la mere

Et si le ventre estoit aussi trop enflé, qui se fait par bydropisie, ou ventosités, y sera fait incision auec vn petit Cousteau courbé, semblable à ceste figureque lu as cy dessus, lequel tiendras entre les doigts en le posant dedans la matrice, puis vuideras les

1res intitulées : Tenailles propres à tel effet que l'instrument précèdent , c'est-à-dire que le crochet simple. Ce n'est autre chose que les tenailles reportées en 1579 au Livre des Playes en particulier (Voyez ci-devant,

entrailles : et ce faisant, les aquosilés s'escouleront, et ainsi sera l'enfant plus facilement tiré.

Or si la teste de l'enfant demeure seule ( ce que i'ay veu à mon grand regret ) , alors faut poser la main senestre dans la matrice, l'ayant pre-

page 16): j'en reproduirai cependant la figure pour mettre à la fois sous les yeux du lecteur tout l'appareil obstétrical de Paré. Les deux figures de 1564 ne représentaient qu'un seul et même instrument.

' Je suis le texte de 1673; les éditions suivantes disent : et tirer par pièces, etc. Celte édition de 1673 contenait en outre Ici un passage qui a été supprimé seulement en

« Pareillement si on cognoist l'enfant estre vif, faut repousser la leste en hault, et chercher les pieds, et le tourner en la ma-

trice, puis tirer l'enfant hors, comme nous auons dit. »

' Cette figure se voit déjà dans les Dix liures de chirurqie de 1564, fol. 223, verso, avec ce titre : Petit cous tenu courbé, à fendre le ventre et la teste d'vn énfant mort dedans la matrice , à fin que les excréments se puissent euacuer.

LE DIX-HV]

mierement ointe d'huile de lis ou de beurre frais, et chercheras la bouche de l'enfant, en laquelle mettras les doigts : et de la main dextre couleras vn crochet au long de la senestre, et le mettras dedans la bouche, ou l'œil, ou sous le menton, puis la tireras hors, s'il t'est possible. Et au lieu desdits crochets, tu te pourras aider de ces deux instrumens, que i'ay pris au liure de la Chirurgie Françoise dé monsieur Dalechamps, qui sont propres à tel effet, à raison qu'ils peuuent empoigner vn corps rond comme la , teste de l'enfant.

Iiislrumenii dits Pieds de griffons, propres pour extraire la leste d'vn enfant demeurée dans le ventre de sa mere.

' Le premier de ces instruments se voit en effet dans la chirurgie de Dalechamps, édit. de 1570, pages 590 et 692, fermé et ouvert, mais non point avec la destination

ÉME LIVRE,

I'ay dit qu'on la tirera s'il est possible, parce qu'estant demeurée seule, pour sa rotondité tourne en la matrice , en sorte qu'à bien grande peine elle peut estre tirée , si on ne presse le ventre de la mere par le haut et aux deux costés, à fin que la teste de l'enfant ne tourne çà

où là;

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