‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 413 sur 482 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

CE QV'lL FAVT BAILLER A LA FEMME SVBIT QV'eLLE est ACCOVCHÉE , ET CE QV'iL LVY CONVIENT FAIRE.

Il faut garder que la femme recentement accouchée ne reçoiue aiicun air froid par sa matrice : car estant vuide et vague après l'enfantement , facilement est remplie de ventosités, lesquelles la refroidissent, distendent et tuméfient, et bouchent les orifices des cotylédons : qui empesche ses vuidanges , dont s'ensuit après suffoque Paré lui donne ici ; c'était seulement un instrument à extraire les flèches, Je ne sais d'où provient le deuxième, que j'ai en vain cherché dans Dalechamps.

Du reste, la plupart de ces instruments et des préceptes qui s'y rapportent étaient en usage bien avant Paré; on en retrouve l'indication dansRoessIin etRuelT; mais celui-ci contient un curieux passage qu'il importe de reproduire, attendu qu'on a cru y voir l'origine du forceps.

Il figure d'abord une énorme pince en bec fie cane, rosirum anatis, avec laquelle on peut saisir l'enfant mort. Puis il ajoute :

In hoc casu, si posiulaveril nécessitas, huic înslrnmcnlo forcipem quâ dentés eruuniur adhiheas, vcl depiclam lue forcipem longam et torsam, quâ, ità tUatur commodè tU si possibile

DE h\ GrENEBATION.

cation de matrice, et de très-grandes tranchées et donleurs, fleures,, et autres griefs accidens , et souuent la mort. Et pour obuier à cela, il faut qu'elle aye les cuisses croisées les vnes sus les autres , et pareillement à fin aussi que les parties distantes se puissent mieux reioindre. D'auantage on luy comprimera le ventre d'vne bande assez large, pour prohi-' ber que l'air froîd n'entre en sa matrice :ioint aussi qù'icelle ligature aidera beaucoup à exprimer 1p> sang imbu en icelle.

Cela fait, on donnera à l'accouchée vn pressis de chapon , ou vn chaudeau où il y aura du saffran, et vn peu de poudre de duc , ou vne roslie auec de bon hippocras , ou moyeux d'œufs aûec sucre candi, à fin de restaurer les vertus , et eugarder les tranchées K Aucuns donnent des bouillons , moyeux d'œufs , auec sucre et canelle : autres des coulis et pressis, et autres choses fort nourris-

sit, id quod protrahendiim est educat facililer.

Mais il ne faut pas donner trop d'importance au mot de forceps qui se trouve dans ce texte, et qui signiDe simplement des pinces ou des tenailles. Laflgure en question représente de longues tenettès .droites , à jointure inséparable, un peu renflées en cuillère à leur extrémité, dont la concavité est rugueuse et denticulée, en un mot presque absolument semblables au bec de cane figuré par A. Paré pour l'extraction des calculs vésicaux, ci-devant page 484. Il y a loin de là au forceps.

■ Là se bornait dans l'édition de 1673 tout ce qui concerne le régime de la femme accouchée; et les deux éditions françaises de 1576 et 1679, et par suite toutes les éditions latines, n'en contiennent pas davantage. La fin de ce paragraphe et l'autre paragraphe tout entier qui vient après sont des additions faites en 1585.

santés : et en cela on peut grandement faire faute.. Car peut estre que la femme aura bien disné ou soupé vnpeu auparauant qu'elle accouche :

celle-là n'aura besoin de telle nourriture, puis qu'elle a assez de viandes en l'estomach encores crues et non cuites. Car ce n'est bien fait de mettre crud sur crud, et de charger l'es- .tomach, lequel s'en affoibliroit plus- •tost que d'en estre fortifié, et par conséquent tout le corps. Mais on luy pourra bien donner à boire, et non à manger , lusques à ce que la digestion soit faite, pour euiler la fiéure et autres accidens , et la faut nourrir comme vne personne qui aura la fleure : laquelle elle a communément, iusques à tant que la douleur et autres accidens soient passés, et qu'elle soit bien purgée. Ce qui se peut faire en huit ou dix iours , plus ou moins , selon qu'elle sera bien gouuernée :

après elle doit estre bien nourrie. Or si la femme estoit famélique, subit après son enfantement on luy donnera choses nourrissantes cy-dessus mentionnées.

On ne peut faillir de donner promptement de l'huile d'amandes douces tirée sans feu , auec sucre candi , à fin d'humecter et adoucir la gorge, qui aura esté eschauffée et altérée pource que l'accouchée aura grandement crié , pour les extrêmes douleurs qu'elle aura eues en l'enfantement : non pas que cette huile aille iusqu'à la matrice, où est la cause de telles douleurs de tranchées : mais parce qu'elle est receuë dedans les boyaux , elle sert comme de fomentation liniliue à la matrice , qui est voisine des boyaux, et fait vuider plus facilement les superfluités contenues en iceux. Car plusieurs femmes trauaillent longuement en ac-

couchant, et crient à gorge déployée, lequel cry aide grandement à enfanter , à raison que par le cry les muscles du ventre , ensemble ceux de la poitrine et le diaphragme sont pressés, au moyen de quoy la matrice est contrainte par la compression, et par ce moyen elle se descharge plus aisé- ■ ment. Autant en font celles qui ont fait leurs enfans sans mary , lors qu'elles accouchent aux lieux où elles n'osent crier : c'est parce qu'elles retiennent leur baleine , et s'espreignent comme lors que nous voulons aller vuider nostre ventre.

On doit mettre, subit que la femme est accouchée ( principalement en temps d'hyuer ) l'arriere-faix sur son ventre : et en esté, on prendrala peau d'vn mouton noir, lequel sera escorché tout vif, ou tout subit luy ayant coupé la gorge , et sera appliquée toute chaude sus le ventre et sus les reins. Les fenestres et portes de sa chambre , et custodes de son lit seront closes et fermées, et la laisseraon reposer sans bruit : et cinq ou six beures après que la peau du mouton y aura esté mise, sera ostée, puis luy faudra oindre le ventre de l'onguent qui s'ensuit.

3^, Sperma. ceti § . ij.

Olei amygd. dulci. hyperic. ana § . j. fi .

Seui hirc. § . j.

Olei myrt. § . ij.

Cerœ nouœ quantum suff.

Fiat vnguentum ad vsum.

Duquel en sera vsé deux fois le iour. Et sus le nombril sera appliqué vn petit emplaslre de galbanum , au milieu duquel y aura vn peu de ciuette et musc, et fera-on en sorte que la senteur d'icelle ne vienne au nez de l'accouchée : puis sur tout le ventre sera appliquée ceste toile Gautier.

LE DIX'HVITIEME HlVRE;

Oif. Cera noua; g . iiij.

Spermal. cet. g . j. fi.

Terebenthina; Venelaj in aqua rosar.

Iota; 5 . ij.

Olei amygd. dulc. et Iiyperic. ana § . j. Olei mast. et myrt. ana 3 . C.

Axung. cerui g . j. fi.

Liquéfiant simul auferendo ab igne, imponc telam ex cannab. ad magnitudinem ventris.

Ladite toile sera appliquée dessus le ventre.

Autre remède bien excellent K Prenez limaçons rouges vne liure , fleurs de romarins trois quarterons:

le tout tranchez et hachez menu ensemble, puis les mettrez en vn pot de terre plombé et bien luté, et soit enseueli en du fiens de chenal par quarante iours : et après faut exprimer et mettre la liqueur en vne flole de verre bien bouchée , et posée par trois ou quatre iours au soleil : et d'icelle liqueur on en frottera le ventre de la nouuelle accouchée. Ces remèdes gardent le ventre d'estre ridé et martelé.

Or si la femme est grandement oppressée de tranchées, on luy donnera de ceste poudre.

:!f. Anis. cond. 3. ij.

Nucis mosc. cornu cerui vst. ana 5. j - fi ■

Nucleor. dacty. 3. iij.

Lig. aloës. cinnamo. ana g . ij.

Fiat pul. subtilis. cap. 5, j, Cum vino alb. calid.

yliUre.

2C. Rad. consolida; maior. 5.j. fi.

Nucleor. pers. nucis moscala; ana 3 . ij.

Carabe 3. fi.

Ambr. gris, g . iiij- Fiat puluis : cap. 3 j. cum vino albo.

' Cet attire remède bien excellent ne se trouve pas dans l'édition de 1573; Paré en a enrichi son livre en 1575.

Si la femme estoit fcbricitantc , on luy donnera auec vn bouillon de chapon.

Aussi seront appliqués petits sachets de toile , où il y aura du mil , ou de l'auoine fricassée en vin blanc : et tous chauds on les appliquera sus le ventre, et sus les parties génitales de la femme , et mesmement aux reins.

Les causes des tranchées^.

Les causes des tranchées aux nouuelles accouchées se font, quand le sang gros et féculent comme lye de vin, s'amasse de tous costés, et court aux veines et artères de la matrice , qui le refroidit et enfle , lequel sang pénètre difficilement , et par grande violence est reietlé comme inutile.

Et aussi lesdites tranchées se peuuent pareillement faire par le vent qui aura entré promptement dans le corps de la femme après l'enfantement.

DE LA. GENRRATIOIY. rjQg

De ce en seront frottées les mam-

Page 1