CHAPITRE XXXVI
des cavses de la difficvlté d'enfanter.
La difficulté d'enfanter prouient quelquesfois de la mere, et quelquesfois de l'enfant.
De la mere, à cause qu'elle est trop grasse , ou trop maigre , trop ieune, ou trop vieille, ou trop debile et foible , comme pour auoir eu vn grand tlux de sang qui luy sera sorti par la matrice ou d'autre lieu, ou autres maladies qui auront esté cause de prosterner et débiliter Nature, en sorte qu'elle n'a force suffisante pour enfanter : aussi celle qui accouche deuant le terme enfante difficilement, ainsiqu'vn fruit (comme vne pomme ou poire, ou autre) n'estant en sa maturité, tient ferme et fort par sa queuë, et lorsqu'il est en sa parfaite maturité, tombe plustost de l'arbre : ou que la femme est ieune , qui ne sçait encor se situer, et endurer les douleurs : ou aussi parce que l'enfant est mort, au moyen dequoy pour sortir ne s'aide aucunement :
ou pour l'ignorance de la matrone , qui n'est experte à son olïice : ou que la femme aura quelque vice en la
7*2 LE DIX-HVI
matrice ou au col d'icelle, comme s'il est trop clos, qui vient quelquesfois par le vice de la première conformation, que Nature n'y a fait ample ouuerture, y laissant vne défectuosité qui ne permet les parties s'estendre et aggrandir, pour donner passage à l'enfant. Aussi il y a aucunes femmes qui ont le col de leur matrice dur et calleux : et tel vice peut venir pourquelque playe, vlcere, aposteme, ou par vne combustion, douleur, inflation, rbagadies, varices, et autres indispositions : ou par vn accouchement difficile, qui aura dilaceré les parties génitales : ou par ignorance , qui vient le plus souuent des matrones, qui de leurs mains sans raison auront fait tel excès : ce que i'ay plusieurs fois veu , qu'après l'vnion faite il se faisoit vne cicatrice et callosité, et lors qu'elle reïteroit à faire enfant , et l'heure venue d'enfanter, la partie ne se pouuoit estendre suffisamment : et en tel cas , si on ne donne ordre à couper ladite cicatrice et callosité, la mere et l'enfant périront.
Pareillement la difficulté d'enfanter prouient par l'air froid, qui comprime les parties , ou par vne excessiue chaleur, qui prosterne les forces : aussi vne grande crainte garde la femme d'enfanter, comme voir des hommes en sa présence , ou quelque femme qu'elle abhorre de voir : ou quand l'arriere-faix vient le premier, lequel accouchement est appellé Films antepalrem, qui est chose très dangereuse ». Semblablement quand l'arriere-faix se sépare et départ trop subitement de contre la matrice , il
' Ce membre de phrase : Ou quand l'arriere-fiiix lient le premier, clc, a été inlercalé en 158û.
'fEME LIVRE,
se fait vne grande effusion de sangf qui l'occupe, laquelle estant trop remplie , empesche que la vertu expulsiue ne peut ieter l'enfant dehors, ainsi qu'on voit quand la vessie est pleine d'vrine qu'on ne peut pisser, D'auantage, quand il y a quelque corps estrange auec l'arriere-faix , comme vne mole, ou autre mauuais germe, ou sable : ce que i'ay veu à deux femmes où ie fus appellé pour extraire leurs enfants morts : ie proteste auoir trouué en leur arrierefaix du sable, la pesanteur d'une liure et plus, semblable à celuy qu'on trouue à la riuiere.
Plus, la difficulté d'enfanter vient quelquesfois pour le trop bas aage , comme auoir conceu à douze ou à treize ans , ou moins : comme Sauonarola escrit, auoir esté veu vne fille de neuf ans grosse d'enfant , qui est chose rare , attendu qu'en cest aage les vaisseaux sont encores petits et augustes. Sainct Augustin escrit aussi qu'vn garçon de l'aage de dix ans engrossa sa nourrice, lequel continuait à coucher auec elle i.
Le vice vient quelquesfois à cause du défaut de l'enfant, parce qu'il est trop gros , ou qu'il vient de trauers , ou les fesses premières , ou les mains et pieds ensemble : ou qu'il est mort, et grandement enflé : qu'auec luy a esté engendré vne mole ( qui est vne masse de chair, de laquelle parlerons cy après), ou que Tenfant est monstrueux , comme ayant deux testes :
ou qu'il y en aye deux jumeaux ioints ensemble : ou quand ils sont plusieurs, comme trois, ou quatre, ou plus ( ainsi qu'escrit Albucrasis auoir
'Part. 2. et 15. 1. Episl. 63. — A. P.— Cette citation avec le texte qui s'y rapporte est de ibSb.
DE LA G
veu vne femme qui eh eut sept d'vne ventrée ): ou parce que l'enfant n'a suiui assez tost les eaux, pour ce qu'estans vacuées il demeure à sec , et que la matrice s'est resserrée, et toutes les autres parties : parquoy ledit enfant ne peut sortir hors qu'auec vne très grande difticullé.
L'enfantement se connoistra estre difficile , quand les eaux sont escoulées long temps deuanl que l'enfant sorte : si les douleurs viennent de loin à loin, bien languides, parce que les cotylédons se rompent à peine, de façon que l'arriere-faix ne se peut séparer qu'à la longue : si vn flux de sang par la matrice a précédé long temps auparauant ^
Et à toutes ces choses le Chirurgien bien expert remédiera autant qu'il luy sera possible, selon son art : et les matrones expertes pareillement (desquelles le nombre est tres-petit) parce qu'elles ne veulent apprendre des Médecins et Chirurgiens pour les conduire à mieux secourir les femmes à leur enfantement, qui est cause d'vn grand mal.
Or pour faire qu'vn enfantement soit bon. il faut que l'enfant vienne à terme , et suiue les eaux , et qu'il sorte la teste première : et en cela est requis grande force à la mere et à l'enfant : et conseille que celles qui trauaillent beaucoup à enfanter, lorsqu'elles seront sus leur terme, qu'elles se baignent en vn demy bain, auquel on aura fait boiiillir racines,
* Ce paragraphe est encore une addition de 1585; et c'était là sans doute une occasion de parler de l'accouchement forcé; mais il serait difficile d'en découvrir le précepte dans la recommandation vague qui suit, de remédier à (ouïes ce.i choses autant que possible , selon l'art. Voyez sur cette queslion la note de la page 69«.
AERATION. yi3
semences, et herbes remollitiues, et (|u'on leur oigne le ventre, et le col de la matrice, et toutes les parties voisines, de choses relaxantes : comme huile d'amandes douces, gresse degeline, oye, et leurs semblables Pareillemen t on leur donnera vn clystere aigu pour vacucr les excreniensabondans,et à fin qu'elle s'efforce par les espreintes qu'elle aura du clystere , et auec celles de l'enfant : ce faisant, accouchera tost et plus facilement, ce que i'ay veu plusieurs fois. D'auantage, doit estre plustost en vne grande chaire percée propre à ce faire, que dedans le lit , à raison que les os qui se doiuent ouurir à l'heure de l'enfantement se dilateront plus facilement, parce que la femme ne sera couchée dessus.