CHAPITRE XXXVIL
DES CAVSES DE L'aVORTEMENT DES FEMMES 2.
II y a différence entre auortement et effluxion : auortement, c'est quand l'enfant est ja tout formé et a receu vie : effluxion, c'est quand les semences premièrement conglutinées ensemble par quelques iours, soudainement s'escoulent, et en sort quelques membranes et oaillebols de sang concret, et chair sans forme, que les matrones appellent faux germe, dont les
F'n clystere aigu; le latin traduit :
act'iore clystere.
' Rueff a le quatrième chapitre de son 5» Livre qui est intitulé : De abortûs cousis et signis , necnon de ahortientium omiiifinid curâ. Mais il suffît de dire que Paré a repris presque entièrement son article de la Manière de cxlyain'\les en feins, clc, pour écarter
femmes sont fort tourmentées et vexées do donleurs et tranchéos. Or l'aiiortement des femmes vient deuant le terme, par nature inslincte* et contrainte d'enfanter par quelque cause et violence contre nature , et tel enfantement est appelle auorlif,ou auorlement.
Les causes duquel sont plusieurs, comme grand 11 ux de ventre , strangurie ou ardeur d'vrine, auec grandes espreintes, grandes toux, vomissemens violens, ou trop grand trauail et agitation , comme courir, dancer, sauter, tomber de haut , ou leuer quelque pesant fardeau , ou cheuaucher vn chenal troltier, ou aller en coche , ou quelque coup orbe donné contre le ventre, par ce que tels mouuemens desreglés rompent et relaschent ledits ligamens de la matrice.
Aussi les choses qui compriment le ventre de la mere , comme font les bustes et choses semblables, qui empeschent que l' enfant ne peut prendre croissance naturelle : parquoy il est contraint sortir deuant le terme deu, dont par telles choses les mères auortent, au moyen de la lésion qu'on fait à l'enfant 2. Aussi toutes choses qui
toute idée d'imitation ou de plagiat. Franco a fait de ce même article son chapitre SI, intitulé : Des causes d'a«owemen<. Voyez cidevant, page 624. Roesslina traité la même question fort au long dans son 8"^ chapitre; mais comme il n'y a rien de neuf dans aucun de ces auteurs , on peut présumer qu'ils ont tous puisé aux mêmes sources, c'est-àdire dans les auteurs de l'antiquité et du moyen-âge, et il n'y aurait aucun intérêt à comparer des doctrines ainsi copiées.
' Insiincte, l'édition de 1573 portait distincte ; l'édition latine a sauté toute la phrase. Le sens de ce mot est fort difïïcile à deviner.
° Telles euuses d'mioricment sont cscriics en français par les Médecins. — A. P. — Cette note est de 157'J,
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font que les veines et artères, ligamens de rarriere-faix se relaschent et rompent par quelques efforts : pareillement par la trop grande fréquentation des hommes: aussi le bruit de foudre et tonnerre, et de l'artillerie, et le son des grosses cloches font auorter, et plus-tost les ieunes que les vieilles, par ce que le corps des ieunes est plus tendre et délicat et plus rare, et le corps des vieilles plus robuste et plus dense.
D'auantage il vient aussi de trop ieusner, ou à cause de trop grand flux de sang : mais si l'enfant est encore petit, comme d'vn mois ou deux, le danger n'est si grand, à cause qu'en tel temps n'a affaire de grande nourriture. D'auantage si la femme est longtemps malade, sera cause de la faire auorter, par ce que le sang se consomme : parquoy ledit enfant est contraint de sortir par fauted'aliment, qui ne luy est enuoyé en suffisante quantité ny qualité. Aussi peut venir par trop grande quantité de viandes : car par icelles est suffoquée, et son aliment corrompu, à cause que le trop boire et manger fait que la digestion est mal-faite, et par conséquent la masse du sang se corrompt, dont l'enfant doit estre nourri et alimenté. Aussi pour avoir mangé viandes corrompues , et de mauuais suc :
car souuent les femmes grosses sont degoustées, et ont vn appétit insatiable et depraué de manger viandes estranges et mauuaises choses , qui se fait le plus souuent enuiron le troisième mois qu'elles ont conceu : lequel appétit vient à raison de certaines humeurs visqueuses, aigres, et froides, et d'vne pituite qu'elles ont à l'estomach, ou entre les membranes d'iceluy, dont l'enfant eu est infecté.
Ainsi aucunes désirent manger des
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charbons, craye, terre, herbes, fruits non meurs, harancs et autres poissons cruds, et chair, papier, piastre, poyure et autres espiceries, boire du vinaigre, ayantenhainetoutesbonnes viandes : lequel appétit ainsi depraué augmente lors que les chcueux commencent à venir à l'enfant : et aucunes qui ont vu tel désir n'en mangeans, quelquesfois auortent, et sont en danger de leur vie. Les femmes doiuent en cela résister et dompter cette mauuaise affection : toutesfois si on connoist qu'elles ayent vn si grand vouloir et enuie d'en manger, leur faut permettre, encore que telles choses leur soient contraires, pourueu qu'elles ne leur apportent trop grand dommage et preiudice :
car souuent digèrent telles choses ordes, et les transmuent en aliment, sans qu'elles en ressentent aucun mal ny dommage en leurs corps.
D'auantage , l'auortement se peut faire par l'vsage des bains et estuues, parce qu'elles mollifient et lubrifient et relaschent les ligamens de la matrice : et aussi que par la chaleur des bâîns, la chaleur interne de tout le corps est bien fort augmentée, et l'enfantsentant icelle qui luy est estrange, ne la peut souffrir, dont fait ses efforts à sortir hors de la matrice'. Les femmes grosses , qui sans cause manifeste auortent au deuxième ou troisième mois, tombent en cest inconuenient, parce qu'elles ont les cotylédons, c'est à dire, les bouches et orifices des vaisseaux de leur matrice, pleins de phlegme cras et gluant , et partant l'enfant ne peut estre détenu à cause de sa pesanteur, et se rompent et deschirent , parce qu'ils sont
' Le paragraphe s'arrêtait Ici en 1573 j le reste est de lâ7â.
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oints etmoiiillés de phlegme glissant.
Aussi peut venir auorlcment par trop grand' ioye', ou par vn grand désir qu'elleauroit de manger quelque chose, ou par despit et fascherie qu'elle aura, ne se pouuant vanger et faire ce qu'elle désire, ou vne grande peur, par la mutation trop subite qui SB fait au corps. Or voila les causes qui font auorter les femmes.
D'auantage, si les mammelles de la femme grosse sont dures et pleines , puis subit diminuent , c'est signe d'auortement'-: car de là nous est signifié qu'il y a défaut d'aliment competant et suffisant pour l'enfant : car comme est enseigné en l'anatomie, il y a des veines communes aux mammelles et à l'amarry, lesquelles lors qu'elles ont peu de sang, les mammelles frustrées de leur enuitalllement ordinaire deuienUent plus gresles que de coustume : dont s'ensuit que par faute de nourriture suffisante, l'enfant meurt, ou cherchant dehors ce qu'il ne trouue dans le corps de sa mere, rompt violentement les membranes dont il est enueloppé , et sort douant le temps légitime en lumière.
Aussi si la femme porte deux enfans, et l'vne de ses mammelles flétrisse et diminue, c'est signe que l'enfant qui est de ce costé là est mort, ou en bien grand danger ^.
Les femmes endurent plus grande douleur en auorlant que lors qu'elles accouchent à terme , et sont en plus
' Aphor. 46. sect. 6. — A, P. — Citation de 1679.
' Procjnoslic d'auortemeni de l'Aphor. 53, àect.5.— A.P.— Note de 1579. DansTédilioli de 1573, l'auteur passait immédiatement à la dernière phrase de oc paragraphe : ^ussi si la femme porte deux oij'aiis , etc.
3 Par l'Aphor. 38. sect. ~ A. P. — 1579.
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grand péril, d'au tant que ce qui se fait contre nature est plus grief et mauuais que ce qui se fait naturellement.
Il aduient souuent aux femmes qui ne portent au commencement leurs enfans à terme, qu'elles font les enfans suiuans en ce mesme temps. Parquoy cela aduenant, on aura recours au Médecin à rechercher les causes, et euiter toutes les choses qui font auorter. Cest eraplastre est vtile appliqué sus les reifls :
"if. Labd. 3. ij.
Galang. 5. j.
Nucis mosca. nucis cupres. boli arm.
terrae sigill. sang.drac. balaust. ana 3. û . Acac. psidior. hypochist. ana3. j.
Maslic. myrrhœ ana 5. ij.
Gummi arabici 3. j.
Tereb. Venet. § . ij.
Picis naual. § . j.
Cerœ quant, suff.
Fiat emplastrum secundum artem, extendatur super alutam ad vsum.
S'il suruenoit chaleur et prurit aux lieux où il auroit esté appliqué, par le moyen dudit emplastre,il sera oslé, et appliquera-on l'onguent rosat,mfrigidat. Galeni, ou de celuy qui s'ensuit :
"if. Olei myrt. cydon. et mastic, ana §. j. Hypochist. acac. boli Arm. sang. drac.
ana3. j.
Sandal. citrini 3. iiij.
Gerce quantum sulBcit.
Fiat vnguentum secundum artem.
Quelques femmes portent leur enfant dix et onze mois, parce qu'il a esté engendré de grande quantité de semence : à ceste cause a esté fait grand , fort, et vigoureux , qui fait que pour sa nourriture il faut qu'il demeure plus long temps en la ma-
trice». Car vn gros fruit n'est si lost meur qu'vn petit : aussi vn enfant menu et gresle dés sa conception , ou première conformation , et qu'il soit chaud et sec de sa complexion, a assez de neuf mois , et quelquesfois de sept pour sa maturité, où à vn autre en faudra dix , onze et douze : aussi voit-on communément les filles venir iusquesau bout du neufiéme mois, et le ûls naistre au commencement et entrée du mois : car la complexion chaude sert beaucoup à la prompte maturité, et la froide et humide plus tardiue. Voila quant à l'enfant, que selon sa complexion et corpulence qui en procède, séjourne plus ou moins en la matrice attendant sa maturité. A cecy aide grandement la matrice : car elle est de température chaude ou froide : la chaude aide à cuire le fruit plus tost , et la froide plus tard.