‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 420 sur 482 · LE DTX-HVr · texte numérisé non relu

LE DTX-HVr

que Nature en vain y enuoyeroit du laict , veu qu'il n'y a point d'enfant pour l'allaicter et nourrir'. Deuantle troisième mois on y trouue mouuement, toutesfois fort obscur, petit, et comme tremblotant : ce qui n'est trouué à vn enfant ^.

Or combien que la mole se meuue, et qu'il semble y auoir quelque vie , neantmoins elle ne tient point ceste vie de l'ame raisonnable, mais seulement de la faculté de la matrice , et de l'esprit generatif qui gist aux semences et au sang menstruel , lesquelles choses nourrissent et entretiennent, et donnent forme à l'enfant pour quelque temps : mais puis après sa formation , Dieu luy transmet l'ame, qui est vne inspiration de l'esprit diuin, laquelle distingue l'homme des bestes et le rend immortel : ce qui défaut à la mole, car elle a seulement vie vegetatiue comme les plantes 3. Aussi l'enfant en son temps a son mouuement différent , parce qu'il se meut de costé dextre et senestre, ce qui n'aduient en vne mole sans compression , et la comprimant à dextre, est poussée à seneslre, et du seneslrc au dextre, et retourne en mesme lieu d'où elle auoit esté poussée : au contraire de l'enfant , qui pour l'heure

' Dans l'édition de 1585 et les suivantes, on lit ici cette courte plirase . D'auantage le nombril ne sort hors comme lorsqu'il y a enfant. Je l'ai retranchée sans hésiter, attendu que dans toutes les éditions, même celle de 1573, on la retrouve un peu plus bas, et presque dans les mêmes termes.

=■ La mole a vn mouuement petit et obscur comme les esponges attachées contre les rochers, et comme les vrtics de mer. — A. P.

3 Ces mots, ce qui défaut à la mole, etc., manquent en 1573 et en 1575. Les autres éditions portent uniformément : car elle n'a seulement, etc. ; j'ai retranché la négation , qui faisait un véritable contre-sens.

riÉME LIVRE,

qu'on le pousse ne sort de sa place.

Pareillement quand la femme se tourne en son lit, la sent tourner de coslé et d'autre , auec vne pesanteur comme si c'estoit vne boule. D'auantage tout le corps de la femmedeuient moUasseet emacié, c'est à-dire, amaigri et sec , principalement les cuisses el iambes , lesquelles s'enflent vers le soir, de sorte que la femme ne se peut bien soustenir dessus, à cause de la débilité de la chaleur naturelle , qui commence à défaillir aux parties plus esloignées du cœur : aussi le ventre est fort enflé , et semble que ce soit hydropisie , excepté qu'il est plus dur, et ne rend point de son de tabourin lorsqu'on frappe dessus. Telle enfleure de ventre prouient de ce que le sang menstruel qui tombe dans l'vterus , n'est point employé en nourri • ture , mais s'accumule ainsi peu à peu. Aussi le nombril ne sort dehors, comme quand il y a enfant. Pareillement en la mole iamais les fleurs ne coulent, comme il se fait quelquesfois àlafemme grosse d'enfant, si ce n'est à d'aucunes , à qui adulent grandes vuidanges, qui les allègent fort de la pesanteur de leur ventre.

Aucunesfois la mole est tant adhérente et attachée contre les parois de la matrice , et aux orifices des vaisseaux ( qu'auons par cy deuant nommés cotylédons ) que iamais n'en peut eslre séparée : partant la pauure femme la porte quelquesfois six ou sept ans, et mesme toute sa vie.

La femme de Guillaume Roger, maislre potier d'estain, demeurant rue sainct Victor, aagée de cinquante ans et plus, a porté vne mole dix sept ans ou enuiron, laquelle deceda le 27. iour de iuillet 1574. Son mari m'appella pour ouurir le corps , où trouuay sa matrice n'estant aucune-

DE LA Gl

ment attachée et liée, sinon que par le col (l'icelle matrice, et bien peu par l'omentum : n'ayant qu'vnseul testicule (lu costé droit, assez large, mol et fleslri. Et quant aux cornes de ladite matrice, n'estoient aucunement apparentes, sinon que bien peu du susdit costé. Elle ne receuoit aucuns vaisseaux sinon que par ledit col, lesquels estoient fort apparens en la superficie. Telle matrice estoit de grosseur de la teste d'vn grand et puissant homme. L'ayant separéeloute entière, la fis porter à mon logis pour la découper, et sçauoir ce qui estoit contenu en icelle : ce que ne voulus faire sans auoir compagnie de doctes Médecins et Chirurgiens, les noms desquels s'ensuiuent : monsieur de Mazille, conseiller et premier médecin duroy, monsieur Alexis, premier médecin de la royne de France, monsieur Vigor, premier médecin de la royne régente, monsieur de S. Pont, premier médecin de la royne deNauarre, messieurs le Féure, Brouet, médecins ordinaires du roy , messieurs Violaines , Greaume, Marescot, Rauin , Milot, Hautin, Riolan, Lusson, docteurs regens en la faculté de Médecine : Cointeret, chirurgien du roy au Chastelet de Paris, et premier de la royne : le Brun, Guillemeau, chirurgiens iurés à Paris: en la présence desquels ie fis ouuerturede ladite matrice, laquelle Irouuasmes en sa substance et propre tunique (l'autrequi vientdu péritoine estant au reste saine et entière) toute scirrheuse et si extrêmement dure, qu'à bien grande peine le Cousteau, bien tranchant qu'il fust,y peust entrer : et estoit icelle matrice d'espaisseurde trois doigts et plus. Au milieu et capacité d'icelle, fut trouué vne chair semblable à vne tetine de vache, de grosseur de deux poings, n'estant

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adhérante aux parois d'icelle, sinon qu'en certains endroits, estant fort dense et grumeleuse : en la substance de laquelle estoient infiltrés des corps estranges, comme atheromes, cartilages et os : et fut conclu de tous, que le commencement dételle chair auoit esté vne mole, prenant nourrissement et accroissement comme les loupes qui aduiennent en quelque partie de noslre corps : laquelle auec le temps s'estoit tournée en scirrhe, et semblablement toute la substance de la matrice. D'auantage nous Irouuasmes vne tumeur au milieu du col de la matrice, de grosseur et rondeur d'vn bien gros œuf de poulie d'Inde, dure en toute sa substance, mesléede cartilages et os, occupant du tout le col d'icelle, et principalement la bouche intérieure de la matrice, dite vulgairement le couronnement, de sorte que rien n'y pouuoit entrer ny sortir.

Le tout estoit de pesanteur de neuf liures demy quarteron, le la garde en mon cabinet, comme chose monstrueuse.

Lors qu'icelle femme viuoit , elle sentoit grande douleur au ventre, l'ayant dur, et grand à merueilles, comme si elle eust esté grosse de plusieursenfans, sibien que quelques médecins voyant passé,' le temps légitime d'enfanter, l'auoient traitée comme hydropique: toutesfois ne sceurent rien gaigner sur l'enfleure de son ventre. Quelquesfois aussi elle auoit suppression d'vrine l'espace de deux ou trois iours, et lors n'vrinoit sinon qu'auec grande douleur : pareillement elle estoit quelquesfois sept ou huit iours sans aller à la selle, pour la

> J'ai restitué ici le mot passé , d'après l'édition de 157.3 ; il manque dans toutes les éditions complètes.

compression des intestins que faisoit ceste énorme masse. Et par interualle, comme de trois mois en trois mois, elle auoit de g^randes vu id anges, lesquelles ne pouuoient sortir de la capacité delà matrice, attendu (comme nous auons dit) qu'elle estoit remplie et exactement close, fermée et cstoupée: mais telles vuidanges sortoient par les vaisseaux dont les filles se purgent de leurs mois, et aucunes femmes grosses. Au reste, pour l'enormité remarquable de telle mole, ie t'en ay bien voulu icy représenter la figure : l'vne entière, et l'autre estant ouuerte 1.

LE DIX-HVITIÉME LIVRE

Figuré de la matrice ouuerte.

Figure de la matrice entière.

A Monstre le corps de la matrice.

B Le testicule.

C Le col de ladite matrice, auquel la petite tumeur estoit contenue.

D L'extrémité du col delà matrice séparé, ensemble les vaisseaux par lesquels ladite matrice estoit nourrie.

E Le lien."

FFF Les vaisseaux espandus dans la matrice.

' Cette histoire a été racontée avec tous les détails qu'on vient de lire dans l'édition de 1575. Mais en 1573 la malade vivait en-

AA Monstrent le dessus du corps de la matrice.

BBBB L'espaisseur du corps de la matrice. G La Mole.

DD La cauité en laquelle ladite mole estoit contenue.

Rerabert Dodonay médecin, en ses Observations médicinales , chapitre 49, dit s'estre trouué vne mole à vne vefue, laquelle estoit presque de la longueur d'vn pied, large de demy pied, et espaisse de quatre doigts

Aussi il adulent à quelques-vnes, qu'elles ne la portent qu'vn mois ou deux, ou plus, ou moins , et alors qu'elle est ieltée hors, les femmes la

core, et conséquemment l'observation était beaucoup plus courte. La voici:

« La femme de Guillaume Roger, maistre potier d'estain, demeurant rue Sainct-Victor, a vne molle depuis sept ans (cette date s'accorde mal avec celle du texte actuel ), en laquelle on trouue tous les signes cy-dessus escriptz, et a le ventre grand et dur à merueilles, comme si elle estoit grosse de plusieurs enfans, si bien que quelques médecins volant les mois passés de sa grosscr.se, l'ont Iraiclee comme bidropique, toutefois n'ont sceu rien gaigner surl'enfleure de son ventre, et demeure touiours en vn mesme estât. «

■ Cette citation aété intercalée ici en 1585.

DE LA. GENERATION

nomment mauuais germe. 11 s'en est trouiié autresfois deux ou trois séparées l'vne de l'autre.

Autresfois il s'en est veu de liées et attachées auec vn fœtus bien formé, comme raconte Valeriola de sa femme q\ii ietla une mole qu'elle auoit porté douze mois, à laquelle esloit lié vn fœtus de quatre mois, auquel ladite mole liiy fît tort, luy estant sa nourture, et ne pouuolt auoir assez de place pour aller au terme de sa maturité. Or c'est chose toute asseurée que ceste mole, comme une meschante et cruelle beste, tue tousiours le fœtus auec lequel elle est liée

11 me souuient auoir ouuert vue femme, laquelle mourut parce qu'elle auoit vne mole de la grosseur d'vn œuf d'oye, que Nature vouloit ietter

hors, et ne put, et demeura et se pourrit, dont la mort s'ensuiuit.

Auicenne dit que la femme a des douleurs comme si elle vouloit accoucher, et iette vne masse de chair sans forme. Autres ne iettent que seules ventosités sortans par le col de la matrice auecques bruit et son, qui a esté cause qu'on dit telles femmes auoir accouché d'vn pet 2.

Or pour conclusion, quand la femme pense estre grosse, et qu'on voit passer le temps d'enfanter, faut conclure que ce n'est enfant : et partant faut remédier à la faire ietter hors, s'il est possible, ce qui est contre nature 3.

' Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

" Ce paragraptie a été également ajouté en 1575. Au reste on voit que, pour Paré comme pour tous les auteurs de son temps, on comprenait sous le nom de môle toutes les tumeurs de la matrice qui n'aboutissaient pas à l'accouchement; ici même il y rattache la tympanite utérine.

5 Ces mots, ce qui est contre nature, man-

La mole adhère quelqucsfois si estroitement aux cotylédons do la matrice, qu'elle se rend sociable à icelle, en sorte qu'elle n'en peut estre séparée, qui est cause qu'elle y demeure toute la vie de la femme. Hippocrates appelle telle mole, molo viuante.

Le plus sonnent y est attachée légèrement, et parce elle tombeau trois, quatre, cinq, sixième mois ; Ilippocrates appelle telle mole, auortanle :

il aduient qu'elle est seule, et quelquesfois plusieurs sont moins dangereuses qu'vne toute seule. Souuent on trouue des moles auec des enfans, quelqnesfois y sont attachées, quelquesfois non*.

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