CHAPITRE XLII
CVRE DE LA MOLE LORS QV'eLLE n'eST PAS ENCORE TROP GROSSE.
L'on ordonnera à la femme choses qui prouoquent les fleurs, et qui font ietter l'arriere-faix et l'enfant mort : quelles choses sont les trochisques de myrrha, les hermodattes, et autres
quent dans l'édition de 1573, et ne se lisent qu'à partir de 1579. Ils rendent le sens fort obscur de prime abord ; pour le bien comprendre, il faut être averti que le pronom la se rapporte à la femme , comme s'il y avait : à luy faire ielter hors, etc.
' Tout ce paragraphe a été ajouté en 1585, avec ce titre en italique : Prognostic J'ai retranché ce titre, qui ne convient nullement au texte qu'il précédait.
On peut remarquer que Paré y revient sur une idée qu'il avait déjà émise plus haut, la coexistence d'un fœtus avec une môle. Pcul-élrc son nticnlion avail-clle été réveillée sur ce point par un l'ait dont il fut témoin un peu avant sa quatrième édition,
semblables : les parties estant tousiours premierementfomentées decho-
LE DIX-HVlTi:ÉME LIVRE,
<^t que toutefois il n'a pas même mentionné dans ses écrits. On le lit dans VJJeurenx accouch. de Guiliemeau, liu. ii, ch. 27; le chapitre est intitulé, De l' arrierefais retenu après que la mere est deliuree de son enfant; et Guiliemeau semble attribuer la tumeur dont il va donner l'histoire à une portion retenue de l'arrière-faix.
« Marie Beaurin, qui est encore viuante, femme de Guillaume du Prat, vitrier demeurant rué Saint André des Arts, m'enuoya quérir il y a vingt-six ans (conséquemment en 1583), pour me monstrer vne tumeur grosse comme le poing et plus, qui luy sortoit de sa matrice, laquelle estoit semblable à vne vessie dure et ferme comme vn fort parchemin, pleine d'eau assez claire, dans laquelle l'on sentoit au tact vne dureté assez longuette : icelle tumeur ou vessie se remettoit souuent en dedans lorsque la femme estoit située surle dos, sousieuant vn peu les cuisses et fesses en haut, et la pressant auec la main (en la façon que l'on remet ordinairement les grosses hargnes intestinales) ce qu'elle fit en ma présence : et l'ayant interrogée depuis quel temps tel accident luy estoit suruenu, me respondit qu'il y auoit plus de deux ans, ce qui estoit arriué à son second accouchement, et neantraoins qu'elle auoit eu depuis six mois vne petite fille, laquelle elle nourrissoit, mais que durant sa grossesse ceste vessie ne luy tomboit aucunement comme elle faisoit au précèdent sa dite grossesse dernière. le luy conseillay d'appeller M" Paré, premier chirurgien du Roy, Cointret, premier chirurgien de la Royne Louyse et du Roy en son Chastelet, et autres chirurgiens du Roy et de Paris,' pour iuger ce que pourroit estre ceste vessie : ils furent d'aduis, après l'auoir maniée, la Irouuant indolente, de la lier par en haut, apros l'auoir tirée dehors le plus qu'il estoit possible, puis la percer, ce que ie fis, laissant le fil duquel i'auois fait la ligature longuette, pour le tirer
ses relaschantes et remollientes » :
pareillement diète tenue, saignée, bains, et le tout ordonné par leMedecin docte et expérimenté. Et s'il aduenoit que la mole fusl desliée et delachée de contre la matrice, et que Nature ne peust la ietler Lors, le Chirurgien situera la femme en mesme situation qu'à l'extraction de l'enfant, et fera tant qu'il la mettra hors : et la prendra auec cesl instrument nommé Pied de griffon^ lequel s'ouure estant dans le corps de la matrice 2.
quand il en seroit besoin. L'ouuerture faite sortit quantité d'eau fort claire et nette, et soudain se présenta vn petit fœtus de la grandeur d vn doigt assez ferme et dur, sans auoir mauuaise odeur, attaché par son nombril, qui estoit gros et ferme comme vne petite corde : six iours après en esbranlant ledit fil le reste sortit, après l'auoir tous les iours esbranlé de costé et d'autre, doucement, et ayant fait plusieurs iniections remollientes dedans la matrice, afin de le séparer du lieu où il estoit attaché. »
Cette observation est assez singulière, et il faudrait, pour en juger, être certain d'abord que Guiliemeau n'était induit en erreur sur aucun détail par sa mémoire, après un intervalle de vingt-six ans; mais son authenticité admise, elle se rattache assez bien à l'h stoire des môles auxquelles se trouve attaché un fœtus, et dont Paré parle dans le dernier paragraphe de ce chapitre.
' Ce membre de phrase, quelles choses sont les trochisques de myrrha, etc., a été ajouté en 157., avec celte note marginale : Syluius Hure des mois loue tels trochisques.
' Je ne sais à qui appartient cet instrument, que Paré ne revendique point comme sien, bien que je ne l'aie trouvé dans aucun auteur antérieur. Mais le procédé d'extraction des môles, qui ne sont ici que des polypes ou des calculs utérins, revient certainement à Paré; et il est juste de le lui rendre.
DE LA
Pied de griffon pour extraire la mole.
Or il faut entendre que sans instrumensonnesçauroil tirerhors la mole, si elle est trop grosse, à cause de sa rondeur, parce qu'il n'y a aucune prise, et lors qu'on la veut prendre de la main, tourne en la matrice comme si c'esloit vne boule : parquoy faut comprimer le ventre d'vne part et d'autre, comme nous auons dit cydessus de la teste de l'enfant estant demeurée seule en la matrice.
Apres l'ex traction d'icelle.la femme sera traitée ainsi que si elle estoit accouchée dVn enfant
Or il se peut faire que la mole et les enfans morts dans le ventre de la mere, sortent d'eux-mesmes parpour-
' Le chapitre se terminait ici en 1573 , et même encore en 1579. Tout ce qui suit date de 1586.
NERATION. y<xg
riture : ce qui se peut prouuer par Albucrasis cbap. 70. liu. 2. qui dit auoir veu vne femme au ventre delaquelley auoit vn enfant mort,et neantmoinsayantconccu etdeuenue grosse, l'enfant mourut pour la seconde fois.
Or long temps après il luy aduint vne aposleme en l ombilic, et s'enfla iusques à ce qu'estant ouuert, commença à ieller de la boue : dont il fut appellé pouryremedier, etiong temps la traita, et ne pouuoit consolider ny raffermir l'ouuerture : pource il mit sur le lieu quelque emplastre fort at tractiue, dont à la lin sortit un os, dequoy il fust fort esbahi, veu qu'au ventre il n'y a nul os. Recherchant la cause, et pensant à par luy, il trouua que c'estoit des os de l'enfant mort.
La cause de la maladie estant ainsi conneuë au vray ,el sçachant le moyen qu'il y falloit remédier, il lira plusieurs os. La femme se portant mieux a vescu long ttmps après, mais par l'ouuerture sorloit tousiours quelque peu de bouë.
Semblablement François Roussel (homme docte et bien estimé entre les Médecins de Paris) en son liure de l'enfantement Cœsarien escrit , que Louyse Poupart, femme de maistre Nicolas Seuin (dit Champ-gasté),ielta son enfant mort , premièrement les parties plus molles par le col de sa malrice : les os se desmirent là dedans auec le temps, et percèrent la malrice sur le derrière vers le gros intestin, de sorte qu'elle commença peu-à-peu à les vuider par le siège allant à ses affaires, et entre autres, vn os de la iambe : ayant long temps langui, elle mourut. Elle fut ouuerlepar maislre Florent Philippes et Michel Picard , lesquels ne trouuerenl leans qu'ossemens pourris, et principalement ceux de la teste, auec grande admiration
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d'auoir peu tant subsister en ceste pourriture.
Pareillement ledit Rousset fait mention d'vne femme de Bruxelle, laquelle n'auoit sceu accoucher. Les chairs et parties molles de l'enfant estans vuidées en pourrilure parembas , les os se senloient croquelter (qu'on reraarquoit à la main) sous l'epigastre, sans guère empescber les actions de la femme, pour y estre desia la treizième année, qui ne pouuoit eslre sans auôir percé la matrice, laquelle neanimoins estoit guarie comme il falloit bien : parce qu'il n'en sortoit point de bouë par embas, et aussi qu'elle estoit réglée.
Aussi ledit Rousset recite d"vne femme nommée Catherine des Fiefz, dame d'Onsy près Milly, laquelle porta vn enfant mort en son ventre quinze mois : elle ietta les parties molles par le col de la matrice par pourrilure, les osy demeurans. En fin elle mourut, et fut ouuerte par Luc Champenois et laques Dazier, barbiers à Milly, es présences des sieurs de Verteau et la Gaigniere, auec plusieurs autres : et fut trouué en icelle forcebouë,etpoint de matrice, et tous les os d'vn enfant, quelques-vns tous pourris, les autres entiers. Et entre iceux l'vne de ses clauicules ayant ja percé et corrodé le péritoine et les muscles du ventre, n'y restoit plus que le cuir qu'il n'apparust dehors parle côté senestre desia tout liuide:
lequel auoit long temps esté pris pour vn scirrhe de ratte. Il recite plusieurs autres histoires , que l'on peut lire dans son liure de l'enfantement C césar ien.