‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 423 sur 482 · DE LA STÉRILITÉ OV FECONDITE DES FEMMES · texte numérisé non relu

DE LA STÉRILITÉ OV FECONDITE DES FEMMES

Les femmes sont dites stériles, lorsqu'elles ne peuuent monstrer le talent de mariage, et demeurent sans lignée (qui est contre leur désir) pour

' Voîci l'un des exemples où Paré semble avoir oublié son excellent jugement. On dirait cependant qu'il y a eu en lui une sorte de lutte, lorsqu'il écrivait en 1579 cesmots : Jl ne fauidouier; car dans la même édition, et pour ainsi dire de la même plume, il ajoutait en marge : Cecij surpasse l'esprit de l'auteur.Jildils le texte alTirmatif n'en a pas moins subsisté, avec la note contradictoire, dans toutes les éditions postérieures.

ÏERATIOrf. '733

rendre leur nom immortel : ou bien cela se fait quand la voye de la semence est bouchée ou le col de la matrice est trop estroit de nature, par le défaut de la vertu formatrice : ou quelquesfois est clos d'vne membrane appellée Hymen, dont nous parlerons cy après : ou par accident, comme par quelque tumeur scirrheuse, ou par vne vlcere qui a fait cicatrice, qui ne permet l'intromission de la verge: aussi par quelques verrues ou scissures, etrhagadies : ou que sa matrice est trop lubrique et dilatée : ou que ses mois sont retenus, ou qu'ils fluent dérèglement elimmoderément, qui font couler la semence auec le sang : ou par vn flux muliebre, qui vient du vice de la matrice, ou de tout le corps 2. Tels accidens viennent

' Dans l'édition de 1573, le chapitre commençaitainsi : La femme est inféconde quand la voie de la semence est bouchée, etc. Le texte est resté le même en 1675 et 1579; et la nouvelle rédaction date seulement de 1585.

Du reste, dans toutes les éditions on lit en marge une note ainsi conçue :

Les femmes qui ne portent point d'enfans sont appelées stériles ou braliengnes.

Ce dernier mot a été conservé pour certaines familles d'animaux que l'on appelle brehaignes.

' A partir de cet endroit jusqu'à la fin du quatrième paragraphe, le texte a été remanié en 1585; la rédaction de 1573, conservée encore en 157'J, était beaucoup plus concise:

« Il y a encore d'autres dispositions de la matrice, comme intemperatures chaudes , froides, sèches, humides : les froides et humides suffoquent la semence qui ne peut demeurer, mais decouile incontinent, et les chaudes et sèches la corrompent par faute de nourriture. Exemple si on seme en vne terre palustre ou sablonneuse , rien n'y sera produict, aussi les femmes trop ardentes au icu des dames rabatues ne souuent conçoiuent, parce que leur semence est trop chaude, et parlant elle s'estainct : aussi

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à cause que la matrice est trop chaude, à raison de quoy résout, dissipe la semence, et la brusle. Telle chaleur se connoist aux femmes hommasses et viragincs , barbues, hautaines et félonnes, qui ont la voix grosse, lesquelles sentent des chatoiiillemens et titillations vénériennes en leurs parties honteuses, auec ardeur et grand prurit, et ont leurs mois auec peine, et en petite quantité, et quelquesfois point : d'autant que leur grande chaleur dissipe le sang.

La stérilité vient aussi par trop grande frigidité, qui congelé et astreint la semence qu'elle aura receuë.

Telle intemperature se connoist en ce que la femme n'a aucun désir du déduit de Venus , au contraire le fuit et abhorre du tout: elle n'a ses fleurs que bien peu, encor toutes aqueuses et blafardes : aussi elle sent vne stupeur aux lombes et cuisses , et en toutes les parties génitales.

La matrice trop humide corrompt et suffoque la semence, et ne la peut tenir à cause de sa grandelubricité, et la laisse incontinent escouler. Les signes sont pesanteur aux lombes et parties génitales : et a ses fleurs en abondance, et toutes aqueuses et blanchastres.

La matrice trop seiche consomme et deuore la semence , et ne se peut agglutiner à raison de sa trop grande seicheresse et densité. Pareillement la femme trop maigre ne peut conceuoirsielle n'est engressée.

Aussi le trop boire d'eau froide, et manger fruits cruds et non meurs, parce qu'ils rendent le corps froid, et plein de superfluités indigestes , qui

vne mole, vne procidance de la matrice, sont cause de sleriliié. La femme trop maigre ne peut conceuoir, etct »

ÉME LrVRE,

font obstruction. Pareillement pour

vser de choses narcotiques, parce qu'elles empeschent que la semence ne peut estre ietlée, mais demeure concrette et glacée : et encores qu'elle soit ieltée,ne pourra estre generatiue, parce que l'esprit et la chaleur sont aucunement esteints, c'est à dire sans vie : et aussi que les oriflces des veines et artères de la matrice appelés cotylédons, sont bouchés, tellement que les mois ne peuuent aucunement couler.

D'auantage quand l'homme est trop gras et fessu , ou la femme , ou tous les deux ensemble, cela est cause de stérilité : parce que les parties génitales ne peuuent ioindre et conuenir ensemble , pour la trop grande multitude de la grosse qui enfle le ventre, voire quelquesfois de demypied ou plus, et aussi que le sang est employé en la gresse , et partant ils engendrent moins de semence et de sang menstruel. Car la génération et formation de l'enfant prend son origine de deux choses : la première est, de la semence de l'homme et de la femme : la seconde est du sang menstruel et esprits , qui donnent forme , matière et nourriture à l'enfant estant au ventre de sa mere : et partant ceux qui sont ainsi gras appetent moins Venus, et bien à lard en vsent.

Semblablement le grand trauail excessif , et le trop ieusner , longues veilles, et grandes euacuations, parce qu'elles consument le sang et les esprits.

Les femmes pâlies et maigres , et qui sont brunetles, sont plus chaudes et plus auides de la compagnie de leurs maris que les grasses et rouges de visage : parce qu'elles ont leurs parties génitales imbues d' vn humeur

DE LA. G

saisugineiix , acre, et mordicanl», qui les lilillc et aiiruillonne, cl pource deiiiaïuient (i'estre arrousôcs et humectées (lu suc venerique : mais celles qui sont grasses et rouges de visage , pour autant qu'elles sont plus humides , et par conséquent leur semence plus aqueuse et plus froide , aussi sont-elles moins ardentes à l'acte venerique 2,

La multitude des poils qui sont autour des parties honteuses, tant de l'homme que de la femme, monstrent souuent la fécondité ou infécondité ^.

Et pour le dire en vn mot , Hippocrates, liure 1. De morbis mulierum, remarque quatre causes générales, pour lesquelles les femmes sont stériles et inhabiles à engendrer : ou pource qu'elles ne peuuent receuoir, comme les non perforées, la semence virile : ou pource que l'ayant receuë, elles ne la peuuent conceuoir : ou pource que l'ayant conceuë , ne la peuuent porter et retenir : ou pource que l'ayant retenue, ne la peuuent nourrir.

Quelques femmes portentplusieurs enfans, ce qui se vérifie par ces histoires. Monsieur loubert , homme d'honneur et de grande érudition ( voire que les chirurgiens luy sont grandement redeuables pour plusieurs liures qu'il a mis en lumière de la chirurgie) recite deux histoires, lesquelles sont tirées de son liure de mot à n)ot

■ Galien fait mention de cest humeur salsugineui IL 14. cha. 9. de vsu partium. Arist. en ses Probl. scct. de la sieriliié, probl. 3. et 4.— A. p.

' Ce paragraphe a été ajouté en 1575.

Le chapitre finissait ici en 1573 ; le reste est de 1579.

* Au liure de.i erreurs ■populaires. — A. P. — La première partie de ce livre de Jou-

NlîRATION. ^35

Mademoiselle de Beauuille a voit vne garce belle et gaillarde, de laquelle son mary sembloiteslre amoureux. Elle pour s'en défaire plus honneslement, la marie. Geste garce rte la première grossesse fait trois enfans, dequoy la damoyselle print fantasie que son mary y auoit participé : ne se pouuant persuader qu'vne femme d vn seul homme peust conceuoir tel nombre d'enfans, dont elle redouble sa ialousie : et qiioy qu'on lui sceust remonstrer au contraire, print à diffamer et haïr d'auantage la pauure garce. Aduint que la demoiselle fut grosse de là à quelque temps : estant grosse elle enfanta neuf filles. Ce qu'on interpresta estred'vne punition de Dieu, à fin qu'elle eust honte de sa calomnie, puis qu'on luy pouuoit obiecter vne plus grande faute, comme d'auoir paillarde auec plusieurs : car elle soustenoit tousiours opiniastrement que d'vn homme on ne pouuoit conceuoir au plus haut que deux enfans, comme l'homme n'a que deux genitoires et la femme deux mammelles. Ainsi fort honteuse, craignant le diffame et condamnalion par sa propre sentence, fut tellement tentée du mauuais esprit, qui la conduit à ce desespoir de faire noyer les huit de ses filles, et n'en retint qu'vne : ayant la chose secrel te entre la sage-femme et vne chambrière , à laquelle fut donnée cesle maudite commission. Mais Dieu, qui prescrua le petit Moyse de semblable meschef, voulut que le mary reuenant de la chasse, rencontra la chambrière , et descouurant le fait, preserua ses filles innocentes de mort : les fit nourrir au desceu de lamere, et au baptesme

bert avait paru en 1570 j la seconde en

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furent toutes nommées d'vn nom, à sçauoir, Bourgue : comme aussi la neuûéme que la mere s'estoit lescruée. Puis quand elles furent grandeletles, les fit venir en sa maison toutes habillées d'vne esloffe et semblable façon, ayant aussi fait habiller de mesme celle de la maison. Eslans mises ensemble dedans vne chambre, il y fait venir sa femme, accompagnée de parens communs et familiers amis :

et luy dit qu'elle appelast Bourgue.

A ceste appellation chacune des neuf respondit. Dequoy la mere bien estonnée, et plus encore de les voir semblables l'vne à l'autre , tant de face, contenance et voix que d'habits, fut confuse en elie-mesme : et soudain le cœur luy dit que c'estoient ses neuf filles, et que Dieu auoitpreserué les huit qu'elle auoit exposées et cuidoit estre mortes. Dequoy le maryl'eclaircit mieux, luy reprochant deuant toute la compagnie son inhumanité : et remonslrant que cepouuoit estre aduenu pour la confondre delà mauuaise opinion quelle auoit tousiours eu de luy à l'endroit de ceste garce. Voila à peu près comme on le recite.

Autre histoire presque semblable est le fait des Pourcelets de la ville d'Arles en Prouence, d'où est sortie la noble maison des Pourcelelis, lesquels furent ainsi nommés , parce que la chambrière qui portoit noyer les huit, estant rencontrée du mary, disoii que c'estoient pourcelets qu'elle alloit noyer : d'autant que la Iruye n'en pouuoit tant nourrir. Et en mémoire de cela ils furent nommés Pourcelets, et ont vne truye pour armoiries. On dit que ce fut par l'imprécation d'vne panure femme qui demandoit l'aumosue à la dame de la maison, ladite femme estant enui-

ÉME LIVRE ,

Tonnée de plusieurs siens petits enfans. Ce que la femme luy reprocha, comme procédant de lasciueté , et d'estre trop addonnée aux hommes.

Lors la panure femme qui esloit femme de bien, fit ceste imprécation (comme l'on dil) qu'icelle dame peust engrosser d'autant d'enfans qu'vne truye fait de petits : et qu'il aduint ainsi par le vouloir de Dieu, pour montrer à la noble dame qu'il ne faut imputer à vice ce qui est d'vne grande bénédiction.

Ainsi plusieurs histoires tesmoignent que la femme irrégulièrement porte grand nombre d'enfans. A Paris, au cimetière Sainct-Innocent, au IX. pillier de la grande gallerie, prés le Sainct-Espril , est attaché vn epitaphe en pierre, tel qui s'ensuit.

Cy gist honorable femme Yollande Bailli, iadis femme de hunnoralle homme Denys Ca^iel, procureur en Chatelet deParis,qui trépassa le xvij. Auril, l'an mil vc. et xiiij. le 88. an de son aage, le xlij. de son veufuage, laquelle a veu, ou a peu voir deuant son trespas, 295 enfans yssus d'elle^.

Bodin, liure 5. de la Republique, recite que lustin escrit, que Herothimus, Roy de Parthe, auoit six cens enfans pour la pluralité des femmes qu il auoit et aimoit. Car pour faire des enfans , il faut auoir l obiect, la volonté et la puissance, et que les semences se rencontrent, et soient retenues iusques au temps prefix en la matrice.

' Celle épltaphe se lisait déjà dans l'édilion de 1573, au livre Z>ei- moniitres, p. 403; elle a été Iransporléc ici des 1579. J'ai cru devoir rélabiir le Icxle priniilirqui a élé altéré dans les éditions complètes; ainsi ccl- Ics-ci ne donnent pas la date de J5I4 , et ne font mention que de deux cens quatre vingts enfans.

DE LA GENIiKATION.

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