‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 422 sur 482 · CHAPITRE XLllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLllI

DE LA STEIIIUTÉ , QVI EST DEFAVT

d'engendp.er avx hommes, de LEVR

IMPVISSANCE , DE FROIDVRE ET MA- LEriCE.

Les causes delà stérilité aux hommes sont plusieurs, à sçauoir quand leur semence est trop chaude, ou trop froide, trop seiche, ou trop humide et fluide, qui fait qu'elle s'escoule subit de la matrice, comme celle des vieilles gens, et des ieunes qui sont en trop bas aage : ou à cause du trop fréquent coït, qui rend la semence debile et indigeste et corrompue : et partant pour engendrer, il faut par quelque temps s'abstenir du coït.

Partant il ne faut assaillir son espouse trop souuent : car ce faisant la semence n'a loisir d'estre bien cuite, et elabourée et parfaite, dont elle n'est féconde à génération. Car toute semence n'est pas conuenable à faire enfans : il y faut deux conditions nécessaires, l'vne qu'il yen ait en bonne quantité, l'autre qu'elle soit bien cuite, et digeste, espaisse et gluante, pleine d'(îsprifs fretillans : ces deux choses manquent à ceux qui retournent trop souuent. Et ceux qui vont médiocrement, font amas de semence qui se rend parfaite en bonté. Pareillement la femme de son costé amasse beaucoup de semence, qui la chatoiiille et la fait désirer la compagnie deson maryplus beaucoup quequand il la connoist souuent : ce qu'on voit par expérience, quand le mary a esté en vn long voyage, que la femme deuiendra soudain grosse, pourueu qu'il ait gardé loyauté à sa compagne, laquelle l'ayant attendu aussi longue-

DE LA GENERATION

ment, en est friande et aEfamée : et qu'au reuoir après long temps, il semble se laireramour comme le iour des nopces, où il se fait vn combat auec grande effusion de sang blanchi, qui est la matière de faire petites créatures de Dieui.

Et lorsque la semence de l'homme est trop chaude ou froide, la femme en pourra bien iuger, la sentant fort chaude et acre, ou trop froide et aqueuse, laquelle est ieltée tardiuement, au contraire de la chaude qui est ietttîe promptement. Que si telle semence n'est du tout inféconde, engendrera plustost vne femelle qu'vn masle.

Semblablement après l'incision de la pierre, quelques-vns demeurent stériles.

Pareillementpour auoir receu quelque playe derrière les oreilles, qui aura coupé certains rameaux des veines et artères iugulaires : laquelle section après estre cicatrisée, fait ceste voye solide par la cicatrice, de façon que la matière de la semence ne peut descendre , et priue les testicules de

la communication du • cerueau, de sorte qu'ils ne peuuent receu oird'iceluy, ny l'esprit animal, ny la matière, dont le reste de la semence est débile et en trop petite quantité, et par conséquent inféconde.

Le^ hommes chastrés ne iettent pointde semence, à cause que les testicules leur manquent : ny aussi ceux

' Voici un paragraphe qui peut assez bien soutenir la comparaison avec le fameux chapitre 4. Or je remarquerai que ce paragraphe manque en 1573 , et n'a été ajouté qu'en 1579; en sorte qu'il serait permis de présumer qu'il aurait été inspiré à notre auteur par son voyage à la Cour de Lorraine, qui lui fit quitter sa nouvelle femme entre 1576 et 1579.

à qui on les a tors et comprimés par violence, parce que la voye de la semence est bouchée par vn callus, qui fait qu'elle ne peut eslre ictlée hors : toutesfois iettent l'humeur visqueux conlenu aux glandes prostates, et le ieUant sentent plaisir.

Pareillement par plusieurs indispositions de la verge, adulent stérilité à l'homme, comme si elle est Irop courte, ou par trop énorme, soit en grosseur ou longueur, qui blesse la femme et luy prouoque quelquesfois flux de sang, principalement auxieunes, de sorte qu'elles ne peuuent ietter leur semence : car en lieu d'auoir plaisir et délectation, souffrent douleur. Or si le vice vient de la tfop grande longueur de la verge, il leur faut bailler vn bourrelet, à fin qu'elle n'entre si profondément, et sera de telle grosseur qu'il sera besoin, à ce que la femme ne sente douleur

D'auantage, stérilité vient parce que la verge est tortue, pour la briefueté du ligament fqu'on appelle le filet) qui la tient, de sorte qu'en l'érection d'icelle ne se tient droite, mais courbée, de façon qu'il ne se peut faire intromission.

Semblablement il se trouue quelques-vns qui n'ont point le trou au bout de la verge, mais ils l'ont dessous, à cause de quoy ils ne peuuent engendrer, parce que ceste imperfec-

' Ce sont là des détails d'hygiène sur lesquels nos auteurs modernes n'oseraient insister. 11 faut remarquer que Paré les avait d'abord donnés comme une chose toute simple, et où il n'avait besoin de s'appuyer d'aucune autorité; mais en 1579 il trouva à propos de citer en marga Sijluius lin. de la génération; cl dans la première édition posthume il cita Gourdon il la suite de Sylvius.

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tion les empesche de ietter la semence droit en la nialrice.

Aussi par vne paralysie particulière de la verge peut venir stérilité qui se connoistra faisant tremper les parties génitales en de l'eau froide, et si elles ne se retirent, c'est signe qu'il y a paralysie à la partie : car en telles maladies les parties ne se retirent point, mais demeurent lousiours laxes et molles.et y a quelquesfois peu de sentiment : ioint quelasemence sortsans que la verge se dresse, et sans nul plaisir, et les testicules sont froids au tact >.

Bref les causes de l'impuissance d'engendrer viennent ou du défaut de suffisante et bonne nourriture, comme on voit és hectiques, emaciés et cachectiques, ou d'intempérie, comme en ceux qui sont trop chauds ou trop froids, ou de vice de conformation.

On peut aider à ceux qui sont de natui'e trop froide , en leur ordonnant elecluaires chauds de diasatyrion et dialrium piperum : aussi viandes telles qui s'ensuit, à sçauoir, pigeonneaux, passereaux, perdreaux, leureaux , haitoudeaux , œufs frais et mollets, testicules et cresles de coq : aussi le membre génital d'un taureau et testicules de sanglier ont très grande vertu : ris cuit auec laict de vache, adioustant saffran, canelle, clou de girofle, muguetle, poiure, asperges cuites auec vu bon boiiillon, mangérs auec beurre frais, et poudre de duc. Aussi nauels et raues cuits en boiiillon gras auec vn peu de poiure, marrons, truffes, porreaux, oignons, cibouUes, muguettes, menthe, rocquette, pignons, pistaches, satyrion, erynge et persil. Et pour le dire

1 L'édition de 1573 porte ici en marge celte note curieuse : lYotez bien.

ÉME LIVRE,

en vn mot, toutes viandes qui engendrent esprit venteux: et boiront d'vn vin généreux, ou hippocras, ou maluoisie, et tout en quantité médiocre

Pour les remèdes extérieurs : Prenez huile de suzeau2,en laquelle ferez infuser des fourrais, et en frotterez les reins et parties génitales.

Autre. Prenez œufs de fourmis, et les faites boiiillir en huile de camomille, et y mettez poudre de semence de ciboulles, de rocquette, d'euphorbe, et casloreum, cire tant qu'il suf tira, et soit fait onguent, duquel eu frotterez comme dessus.

Si la femme est froide au déduit, elle se frottera le col de sa matrice d'ambre, ciuette et musc. L'homme pareillement se frottera la verge de poudre de pyrethre, de poiure, mixtionnés auec miel : et cecy eschauffera la matrice trop refroidie ^.

Retournons sur nos brisées. Geste dernière cause esi bien difficile à curer, principalement si elle gist en défectuosité*.

Il y a d'autres défauts et maléfices és parties génitales aux hommes, qui se font par incantation qui les rend inféconds, comme leur auoir noiié l'aiguillette, et fait d'autres charmes que ie ne puis dire ny escrire ^, par la vertu desquels est restrainte si fort

■ Ce paragraphe a été ajouté en 157.. mais largement amplifié en 1585.

^ Probablement huile de sureau.

' Toutes ces prescriptions de remèdes citernes depuis ces mois : Pour les remèdes extérieurs, ont été ajoutées en 15S5.

* Ce paragraphe est de 1675; il paraît cependant se rapporter au texte de 1573, c'est à savoir à l'impuissance provenant de paralysie de la verge.

■■' Le chapitre se terminait ici en 1573; le reste du paragraphe est de 1575 ; et le paragraphe final de 1579.

DE LA. G

la vertu naturelle d'engendrer, qu'il leur est du tout impossible pouuoir seruir de maris aux femmes pour certain temps, qui a esté autrestois cause que les mariages ont esté séparés.

Qu'il soit vray, les Canonistes ont cstabli loy sur ce fait, ayant dressé vn titre particulier, Des froids, maleficies, impolens et ensorcelés.

Il ne faut douter qu'il n'y ait des sorciers qui nouent l'aiguillette à l'heure des espousailles ' , pour empescher l'habitation des mariés , desquels ils se veulent venger meschantement pour semer discorde , qui est le vray raestier et office du diable. Or pour vray sainct Augustin, entre les moyens de nuire qu'il a remarqué eslre aux sorciers, il spécifie les ligatures au septième traité sur l'Euangile sainct lean : dont noiier l'aiguillette est vne espèce de ligature. Il sera cy après plus amplement déduit de ces sorciers, parlant de l'art Magique.

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