‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 435 sur 482 · LA CVRE DE LA SVFFOCATION DE LA MATRICE · texte numérisé non relu

LA CVRE DE LA SVFFOCATION DE LA MATRICE

La suffocation procédante de la matrice , pour ce que c'est vn grief et pernicieux accident , se veut secourir promptement, voire en négligeant pour l'heure la cause d'icelle.

Donc que la femme subit soit située sus l'espine du dos , ayant vn peu le thorax esleué , à fin qu'elle expire

DE LA G

plus librement , et que promptement on luy détache les lacets de sa poitrine , et qu'on l'appelle à haute voix par son nom, criant à ses oreilles :

qu'on luy tire le poil des temples et de derrière le col , ou plustost celuy des parties honteuses , à fin que non seulement elle soit esueillée, mais d'auantage que par la douleur excitée en bas , la vapeur qui monte en haut et fait la suÊfocation soit retirée et rappellée en bas par reuulsion :

aussi luy faut lier les bras et iambes de liens douloureux, ensemble qu'on la frotte rudement auec gros linges aspres et rudes , auec douleur, trempés en vinaigre et sel. D'auantage, on luy appliquera vn pessaire à la matrice semblable à cestuy

"ij.. Succi mercur. et artemis. ana f . ij. In quibus dissol. pul. benedict. 3. iij. Pul. rad. enul. campa, galangaî minorîs, ana 3. j.

Fiat pessar.

Puis luy faut oindre la plante des pieds d'huile laurin , ou autre semblable : après on luy appliquera vne grande ventouse sur le petit ventre au dessous du nombril, auec grande flambe : aussi luy en seront appliquées au plat des cuisses, c'est à dire aux parties intérieures, près les aines, à fln de retirer la matrice en son lieu, et faire reuulsion des matières qui causent ce mal. S'il est besoin sera fait parfum en la matrice auec choses fort odorantes : mais premièrement faut tenir le col de la matrice ouuert, à tin que le parfum puisse mieux entrer dedans, qui se fera auec vn instrument fait en façon de pessaire,

1 On voit encore ici le mol pessaire pris dans le sens des anciens; toul-à-1'iieure il le sera dans un sens plus rapproché des modernes.

fKRATlOX. -757

perluisé en plusieurs lieux , à la bouche duquel y aura vn petit ressort qui le pourra tenir ouuert , tant et si peu que l'on voudra : et sera attaché par deux liens à vne bande, ceinte au milieu du corps de la femme : lequel sera fait d'or ou d'argent , ou de fer blanc : le portrait duquel est icy donné.

Pessaire pow tenir le col de la matrice ouuert, par le bénéfice d'vn ressort

Ayant mis le pessaire dans le col de la matrice, la femme sera assise en

* Ce pessaire est le même que celui qu'on a vu au chapitre 29 du livre V, tome 1", page 369. — La forme, la dimension , la courbure étant les mêmes, je n'ai pas jugé nécessaire de faire graver une autre figure; cependant je dois avertir que le pessaire ici représenté par Taré était percé de trous pareils à ceux de son extrémité jusqu'il deux lignes environ delà charnière.

7^^ l'E DrX-HVITFKiVfE LIVnE ,

vne chaise percée el bien couuerte tout autour, de peur que la vapeur des choses aromatiques qui ont vertu d'attirer la matrice en bas ne monte en haut, et que la femme ne ressente ceste odeur par le nez et par la bouche : car tout au contraire luy faut faire odorer choses fétides et fort puantes, à lin de renuoyer la matrice en bas, dont nous parlerons cy après.

Onpeut vser desdits parfums odoriferans liquides, les faisant bouillir auec maluoisie ou du bon vin, y adioustant vn peu d'eau de vie, posés en vn pot couuert d'vn entonnoir:

mettant m rechaud dessous , auquel y aura du feu. à fln que la vapeur qui s'esleuera puisse entrer dedans le col de la matrice au Irauers du susdit instrument fait en manière de pessaire K

Portrait d'vn pot pour receuoir tes parfums au col de la matrice.

■ J'ai rétabli ce paragraphe , quj est essentiel à riiitelligençQ du tci^le, d'après l'é-

Les matières des parfums odoriferanssonl, Cinamom. calam. aromat.

xylaloés , ladanum, benioin , thym, piper , mrpiiphyl. lauan. calamenl. arlemis. puleg. alipta mosc. gall. mosc.

mus. amb. iuncus odoratus » , et autres semblables, qui par leur grande vertu aromatique attirent la matrice en son lieu , et consument les vento^ sites putredineuses. Et faut garder que ladite fumée n'entre point aux narines : au contraire Iny faut faire vn parfum de choses puantes, qu'elle receura par le nei et par la bouche, comme, Galhanum, sagapenum, ammoniacum , assa fœtida, bitumm , oleum gagatœ ^ huile de souphre et dç. pelroUe : aussi des chandelles de suif recentement esteintes , plumes de perdrix , bécasses , et de tous autres oiseaux: poils d'homme , de bouc, de vache : draps , feutre , vieilles sauates de souliers , ongles et cornes de bestes , poudre à canon 2 et souphre vif bruslés , et autres choses semblables , à fin que ceste puante vapeur contraigne la matrice d'aller en bas 3; d'autant que la matrice , d'vn instrument naturel et peculiere faculté , fuit les choses puantes, et se plaist aux choses odoriférantes. Or quand

dition de 1573; car il avait été omis dans l'édition de 1676, et par suite dans toutea les autres, par une sorte d'uubli qti'il n'est pas facile d'expliquer.

' Toute cette longue énuroéralion se trouve dans l'article cité de Sylyius.

r ' L'édition de 1573 ajoute ici, punaises; ce mot a été retranché dès 1575.

' Le paragraphe se terminait ici en 1573; la fin de la phrase ne date que de 1679, mais la dernière phrase se lisait déjà en 1576, et elle se terminait même alors par ces mots , retranchés depuis : mais l'euaporation faite des choses susdites est commode, d'autant qu'elle tend à siccité.

on dit qu'il faut vser de parfums faits de choses puantes, cela ne se doit entendre des corps des animaux cadauereux.ot des eaux des esgouts do la voirie, et autres choses semblables, parce que de leur vapeur putredineuse pourroient infecter la malade et les assistans.

Semblablement on prouoquera le vomir, en mettant vue plume d'oye fort profondement en la gorge , ou les cheueux mesmes de la malade :

après on luy donnera quinze grains de poyure noir pilés auec hydromel OU |)on vin , qui est le secret d'Auiçenne : pareillement , on luy peut donner vne demie dragme de theriaque dissout en vne once d'eau d'absinthe, trois heures auant le past.

Autre remède bien approuué : Vne goutte d'huile de gets mise sus la langue.

Autre remède : Prenez demie dragme de castor dissout en vin blanc , ou bouillon de chapon, et luy en donnez à boire.

Pareillement luy sera ielté profondement dans le col de sa matrice, theriaque dissout auec eau dévie, et luy en sera 4onné vne ou deux cuillerées : et dans les oreilles et nez on luy mettra deux ou trois gouttes d'huile de sauge de quinte-essence

On la fera esternuer, en luy mettant dans les narines de la poudre d'hellébore , ou de poyure , ou autre semblable, à fin de resueiller l'esprit vital et animal , qui en tel cas est comme endormi et assoupi. D'auantage on fera des iniections carminatiueg dans le siège et matrice ^ faites

' Ce paragraphe a 6lé ajouté cp i575, où il se ter^iinait par ces mots, retranchés dès lâ70 ; à cmisu de la tenue suùsiance qui eM elle.

rERATiQîr. '7Cig.

de décoction de calamenlhe, armoise, lauande, pouliot, camomille, melilol, et autres semblables : outre plus on fera suppositoires et pessau'os (IftH?danum, gingembre, galla mosc. thçriaque , melhridat , ciuetle, mus.c :

aussi d'huile de girofle , anis , saqgp , rosmarin , et aut^-es semblable^, e:^traitesparquinte-essonce.D'auantage pourra vser de clysteres, comme cestuy-cy.

Tf. Rad. enulffi campa, ireos, ehul. aristoloch. ana f . j.

Fol. absinth. arlemis. matricar. puleg.

origan, ana m. j.

Bacchar. lauri et iunip. sarabuc. ana p. j. Sem. rutiB, cumini, amnios ana 3. ij.

Florum stœchad. rorisrn. saliiiiE, cen-

taur. minor. ana p. ij.

Fiat decoctio, cape de colat. H>. j. in qua

dissolue :

Mellis anlhos. sacch. rub. et bened. ana

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