‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 44 sur 482 · DES PLAYES DES CVISSES ET DES ÏAMBES · texte numérisé non relu

DES PLAYES DES CVISSES ET DES ÏAMBES

Les playes faites au dedans des Cuisses sont souuent canse de mort subite, quand elles pénètrent en la grosse veine Saphene , ou grosse artère , et aux nerfs qui les accompagnent : ce que i'ay veu souuent aduenir.

Or lors qu'elles sont simples , il n'y a rien qui peruertisse la cure, fors qu'il faut que le malade garde le lit , suiuant le prouerbe commun des Italiens, à sçauoir, La mano al peilo , la gamba alletto. Mais quand elles pénètrent profondément, souuent adulent grands accidens, comme inflammation , aposteme , et pourriture aux membranes qui couurent les muscles, qui causent que l'vlcere iette vne tres-grande quantité de matière, de façon que le malade meurt en atro phie , et tout desseiché.

Et partant faut que le Chirurgien soit aduisé à bien traiter telles playes, Ylceres et fistules, faisant des inci- •Ëions, à fin de pouuoir extirper et anondifier les membranes pourries et les callosités. Car vne petite portion peut faire grands accidens, et tenir l'vlcere long temps ouuerte.

Et quand les tendons du iarret et autres sont coupés , aucuns Chirur-

Jî LIVRE,

giens ont bien osé les coudre bout-àbout, ù fin de les reiinîr ensemble : ce que iamais n'ay osé faire, de peur qu'il n'y suruint extrême douleur, conuulsion, et autres accidens. I'ay bien veu le gros tendon fait de trois muscles du mollet de la iambe , lequel s'insère au talon ' . estant coupé d'vn coup d'espée, la playe estre long temps sans se pouuoir consolider : et après estre cicatrisée , quand le malade commençoit à cheminer, la playe s'ouuroit comme auparauant: et partant ie conseille, le fait aduenant.que l'on commande au malade de bien long lemps ne cheminer sur la iambe blessée , insques à ce que la cicatrice soit endurcie , et bien ferme : à ceste cause il doit cheminer long temps sur vne potence.

le ne puis et ne dois icy obmettre vn accident que i'ay veu aduenir au gros tendon du talon 2. C'est qu'iceluy pour bien legiere occasion , comme pouuquelque petit sault ,pou r vne malmarcheure, ou pour auoir failli ^ de pied en montant à cheual, ou pour y estre monté trop allègrement et brusquement , se rompt et dilacere, sans

1 Hector fut traîné par ce tendon au long des murs de Troye. — A. P.

2 Tout ce qui suit et qui a rapport à la rupture du lendoQ d'Achille est une addition faite à la deuxième édition , et a donc pour date 1579. A. Paré avait misée passage à la suite du chap. 40, qui a pour titre Histoire du dejiini Roy Charles IX, où certes on ne serait pas tenté fl'allcr le chercher. J'ai cru devoir le rapporter ici, à la suite des plaies des tendons , comme à sa place bien plus naturelle.

3 La deuxième édition porte sailly , la cinquième /«itiy ; on sait que la grande fde celte époque ressemble beaucoup à une f. L'édition latine a traduit suivant ce dernier sens : ascensu in equum vel flrustato vel rapidiore.

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DES PLAYES ÏÏN

qu'il y ait aucune apparence de solution de continuité à la veuë, ou autre lésion du cuir. Les signes de tel accident sont, que lors que tel excès se lait, on oit vn bruit en cesle partie, comme d'vn coup de foiiet, et ce lors que la solution se fait : puis au tact, on sent vue cauité au dessus du talon, à l'endroit que ledit tendon est rompu. La douleur est grande en la partie , auec impuissance de marcher droit à son aise.

La cure se fera en gardant le lit par vn long temps , appliquant du commencement des remèdes repercussifs sur la partie , pour euiter la fluxion , et autres mauuais accidens :

puis on vsera de Vemplastrum nigrum ou dialchalciteos et autres, selon qu'on iugera le cas le requérir.

Et toutesfois pour cela ne faut espérer receuoir entière guerison du mal, ains au contraire, dés le commencement faut prognostiquer et prédire qu'il restera tousiours quelque depression en la partie , auec deprauation de l'action de la iambe : c'est à dire, que le malade clopinera tousiours quelque peu , à raison que les extrémités du tendon rompu ou relâché ne se peuuent iamais parfaitement reioindre.

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