‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 55 sur 482 · DES PLATES PAU · texte numérisé non relu

DES PLATES PAU

leraent la vie aux hommes : et que les oyaris seulement nommer , nous les eussions en liorréur et detestation.

le laisse plusieurs autres pièces moindres en corps , mais de force et crunulé plus pernicieuses , de tant qu'elles allaquent nostre vie de plus près , et qu'elles nous peuiient surprendre à l'improviste et trahison , sans qu'il y ail moyen de s'en donner garde , comme sont les pistolet, pislotels, petits bidels. et autres semblables, petits lézards et scorpions , que Ton peut aisément cacher dt^dans les chausses. Entre ces deux espèces tiennent le moyen les harquduses à croc, que l'on ne peut bien tirer si elles ne sont liées et accrochées sur du bois , les mousquets poitrinals^ que l'on ne couche en loue , à cause de leur calibre gros et court , mais qui se tirent de la poitrine, et les luirqueiuses communes : le tout inuenté pour la commodité des gens de pied, et pour desserrer balles et dragées. Le mot gênerai imposé par les Latins, est Sclopus, à l'imitation du son , et des Italiens qui disent Sclopetere: par les François harquebusF , mot pareillement tiré des Italiens, à cause du trou , par lequel le feu du bassinet entre auant dans lé canon , car les Italiens nomment vn trou Buzio: et se nomme arc, à cause qu'on en vse rhaintenant , comme iadis on faisoit des arcs à la guerre, veu que les archers auoient le temps passé la première pointe, coinme à présent ont les harquebusiers aux combats et batailles.

De ceste misérable boutique et màgazin de cruauté, sont sortis les mines, contre-mines, les sapes, les pots à feu, les traits, les lances et arbalesles à feu , les tonneaux meurtriers, les sachets, les traînées, les fuzées , les fagots bruslans , les cercles,

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les oranges, les grenades, les pelotes, les pois et carreaux à feu : très misérable iniiention , par laquelle nous voyons souuent vne milliasse de panures hommes fricassés sous vnë miné, on cazematle: les autres en l'ardeur du combat atteints,voire legierement de qnelqu'vn dé ces engins , bruslër cruellement dans leur harnois, saris mesme que les eaux puissent refréner et esleindre la furie d'vn tel feu.

Ce n'estoit doncques assez d'auoir armé le fer et le feu contre nous , si mesme pour haster le coup on ri'eust quasi comme empenné telles armies , les faisant voler aux despens de riostre vie", appropriant des ailes à la mort, pour accabler l'homme plus soudainement : pour la conseruation duquel toutesfois telles choses auoiênt esté premièrement créées. Vrayenienf quand en moy-mesme i'oy parler des machines desquelles les anciens vsoient, fustpour assaillir les hommes en combat et rencontre , comme sont les arcs,dards,arbalesles, frondes : fust pour forcer les villes, comme sont 5eliers, chenaux, vignes, tortues^ balistés^ et autres semblables, me semble que i'oy parler de petits ioiiets d'enfans,au regard de celles-cy ,qui pour en parler proprement et à la vérité, surpassent en figure etcruautéles choses que l'on sçauroit penser les plus cruelles. Que sçauroit-on imaginer en cé monde de plus espouuentable et furieux que la foudre et tonnerre? Et toutesfois le tonnerre ordinaire et naturel n'est par manière de dire rien , au regard de ces machines infernales : ce qui se pourra aisément comprendre par la comparaison des effets de l'vn et de l'an trie.

Nature a bien voulu honorer et priuilegiér l'homme , inférieur en forcë corpdi'elle aux bestes , de cecy : c'est

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que le seul bomnie ne meurt lousiours estant frappé de foudre, et au contraire pour peu que les autres animaux qui sont suiets à la foudre en sont touchés , en meurent soudain.

Car comme ainsi soit que tous animaux frappés du foudre tombent de l'autre costé , le seul liomme ne meurt point, s'il ne tombe sur la partie frappée du foudre, ou s'il n'est tourné par force du costé d'où la foudre vient. Mais l'artillerie n'espargne non plus les hommes que les bestes : et sans discrétion, de quelque costé qu'elle vienne, en quelque costé qu'elle frappe , en quelque façon qu'elle les renuerse , leur emporte la vie. Il y a plusieurs remèdes pour se garder contre le tonnerre. Car outre les charmes , par lesquels les anciens Romains croyoient la foudre pouuoir estre conjurée et diuertie ou excitée , on ne veit iamais la foudre descendre plus auant que cinq pieds en terre. De là vient que ceux qui la craignent font caves profondes en terre, pour s'y retirer comme en sauueté. On dit que le Laurier n'est iamais frappé de la foudre : c'est pourquoy le temps passé , et encoi-e auiourd'huy , U est pris pour un signal de victoire. Parquoy l'Empereur Tibère, craignant sur toutes choses le tonnerre, se faisoit promptement couronner de laurier, au moindre bruit qu'il eust ouy en l'air. On lit de quelques-vns auoir fait faire des tentes de peaux de veaux marins, pour ce que cest animal a cela de particulier, que iamais il n'est atteint du foudre. L'Aigle aussi est dit auoir ce priuilege entre les oiseaux , de n'est re frappée de la foudre : c'est pourquoy on l'appelle cousleiiere de lupitcr, dit Pline , liure 2, chap. 54 et 55. Mais contre l'artillerie, rien ne seruent les paroles

et incantations, rien le laurier victorieux, rien le veau marin, rien chose quelconque, non pas mesme vne muraille opposée, espaisse de dix pieds.

Bref cecy monstre la fureur inexpugnable de l'artillerie, au regard du tonnerre : c'est que le tonnerre se peut dissiper par son de cloches, bassins d'airain, et mesme par le bruit d® l'artillerie : les nuées , du heurt et o^mbat desquelles se fait le tonnerre, estans par telle agitation de l'air, ou dissipées ou chassées en autre pays bien loin: mais la fureur et orgueil de l'artillerie ne s'appaise pour chose quelconque.

Il y a quelques temps et quelques régions exemptes de foudre : car on ne voit gueres tomber la foudre au cœur de l'Hyuer, non plus qu'au gros de l'Esté. Ce qui adulent de deux raisons contraires : car en Hyuer l'air est fort espais, aussi sont les nuées, de sorte qu'aisément estreignent tout le feu que pourroient avoir chargé les exhalations de la terre, qui neantmoins sont lors froides et glaciales :

de là vient que la Scythie et les régions froides qui sont à l'environ , c'est à dire, laTartarie, Liuonie, Moscouie, Russie, et autres pays voisins, sont exempts de foudre. Comme au contraire les grandes chaleurs en préservent l'Égypte : car les exhalations et vapeurs de la terre, qui sont chaudes et seiches , se conuertissent par la chaleur véhémente en petites nuées qui n'ont point de force , comme dit Pline'. Mais comme l'inuenlion, aussi la tempeste et dommage de l'artillerie , s'est espandue comme vne pesté par toutes les provinces de la Terre et en tout temps le Ciel retentit sous la plaintive voix de ceux qui en sen-

• Liu. 2. chap. 50.— A. P.

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