DES PLAYES FAITES PAR HARQVEBVSES
Devant qu'entrer à bon escient eu la description des Playes faites par Harquebuses et curalion d'icelies, il m'a semblé bon, pour mettre le Lecteur en goust, dcuant que le présenter à vne table diiiersifiée de tant de mets et fricassée de poudre à canon , toucher icy en bref qui fut l'inuenteur d'une si pernicieuse machine de guerre , en combien d'espèces elle a esté tournée et variée, ayant chacune son nom selon sonvsage, et combien elle est dommageable au genre humain.
Polydore Virgile , chapitre second du Hure deuxième des Jnuenleurs des choses^ dit l'artillerie auoir esté inuentée par un Allemand de basse con-
» Cette préface a paru pour la première fois dans la deuxième édition des œuvres complètes, c'est-à-dire en 1779; et il n'y a rien été changé dans les éditions suivantes.
Je dois ici rendre raison de l'orthographe que j'ai suivie pour le mot harquebuses. Dans son livre de 1545, Paré écrivait Imcquelmtesen ^bCA, hacquebutes oa huquebtUes ; et à partir de la première édition des œuvres complètes il écrit liacqiiebiile.1, hurquebuies cl harquebuses indifféremment. Nous sommes bien obligé d'abandonner le premier mot , puisque, dans (Tlli! préface même, Paré donne
dition, qui en fut induit en telle sorte. Cest homme, né pour le péril et deffaitte de l'humain lignage, gardoit vn ioiir pour certain affaire dans un mortier, de la poudre qui depuis pour son principal vsage a esté appellée poudre à canon, et l'auoit couverte d'vne pierre. Advint qu'en tirant du feu d'une pierre auecson fusil, vne petite estincelle tomba dans ce mortier, et soudain la poudre ayant pris feu , fit sauter cette pierre en haut : ce qui l'estonna , et ensemble luy apprit la force de ceste matière, de sorte que faisant un petit canon de fer , et composant la poudre , il essaya ceste machine : et voyant son fait réussir à son sou-
comme sources étymologiques le 'mot françois arc et le mot italien buzio;ce qui ne convient plus avec hacquebutes. D'après cette double élymologie, il eût fallu aussi retrancher \'h comme on l'a fait plus récemment; mais si le mot arquebuse se rencontre au xvi« siècle , c'est si rarement que l'on peut accuser une faute d'imprcfsion ; et j'ai dû maintenir l'orthographe de l'époque. Quant à l's substituée au z, je l'ai trouuée assez fréquemment pour en conclure que cette substitution était déjà admise; et je l'ai adoptée comme se rattachant d'avantage à l'orthographe acluelle.
PHEFACE
hait , fut le premier qui enseigna aux Vénitiens l'usage de ceste diablerie, en la guerre qu'ils eurent contre les Geneuois, l'an de notre salul mil trois cens octanle , en vn lieu jadis nommé l'osse Clodiane, à présent Chioggia.
Combien que selon le jugement de Pierre Messie, chapitre huitième, eu la première partie de ses dioerses Leçons , ceste inuention doit estre plus ancienne : à cause qu'en la Chronique d'Alphonse, onzième Roy de ( astille, qui conqiiist les Isles Argezires, il se trouve qu'estant au siège de la ville , en l'an mil trois cens quarante trois, les Mores assiégés tiroient certains tonnerres auec des mortiers de fer. Encores long lemps auparauant, qui lut y a quatre cens ans et plus, en la Cbi-onique du Roy Alphonse qui conquist Tolède , le seigneur Don Pe- Ire, EuesquedeLeon, escrit qu'en vue bataille de mer, qui fut entre le Roy de Tunes et le Roy More de Seuile, auquel le Roy Alfonse fauorisoit, les Tuningeois auoient certains tonileaux de fer ou bombardes, et qu'avéc ce ils tiroient force tonnerres de feu : ce qui deuoit estre artillerie , bien qu'elle ne fust à la perfection de itiaintenant.
-'L'inuenteur de ceste machine a eu
pour recompense que son nom et sa
profession ont testé inconnus de tout
le mobde, cdmtne indigne d'aucune
mémoire , pour le malheur qu'il nous
a introduit. Combien qu'André Theuet
en sa Cosmographie, pai laut des Suë-
uians , peuples d'Allemagne, auance
de l'autorité d'un certain vieil liure
escrit à la main, tel homme Allemand
auoir esté Moine et Philosophe, ou
Alchimiste de profession , du pays
de Fribourg , nommé Conslaûlin Anci/.en. ' ■
Quoy qu'il en soit , ceste machine a esté premièrement appellée H mbarde, à cause du bruit qu'elle fait, que les Latins conformément au naturel du son appellent liombus. Depuis à ceste première inuention de soy rude et imparfaite, le temps, l'art, et surtout la malice des hommes a beaucoup adiouslé. Car premièrement quant à la matière , au fer ont succédé le bronze et le cuiure , métaux plus trailables et fusiles , moins aussi suiels à la roiiille. Secondement ceste première simple et lourde masse de canon a este diuersifiée en cent façons, iusques à les monter sus des roiies, à fin que non seulement de plus haut , mais aussi de plus grande vistesse , elles peussent courir à la ruine des hommes, les premiers mortiers ne semblans assez maniables ny assez Cl uels par vn simple vomissement de fer et de feu. De là sont venus ces horribles monstres de ( «nons, doubles Canons, Baslardes, Mosquets.
Passè-volans , et pièces de campagnes, ces furieuses bestes de Coukuurines, Serpentines, Uasilisq-i , Sacres, Fatico,is,Fauciinneaiiœ, Verses, Fleules, Oigiifs^ et autres infinies espèces, toutes de diuers noms , non seulement tirés et pris de leu^ figure et qualité, mais bien d'auantage de leurs elïets et cruauté. En quoy certes se sont monstrés sages , et bien entendus en la chose, ceux qui premièrement leur ont imposé tels 'noms , qui sont pris non seulement dés animaux les plus rauissans, comme des sacres et faucons, mais aussi des plus pernicieux et ennemis du genre humain, comme des serpcns, couleuures , et basilisqs , pour monslrer que telles machines guerrières n'ont autre vsage, et n'ont esté inuenlées à autre fin et intention, que pour ravir promptement et cruel*