‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 72 sur 482 · APOLOGIE TOVCHANT LES PLAYES FAITES PAR HAROVEBVSES · texte numérisé non relu

APOLOGIE TOVCHANT LES PLAYES FAITES PAR HAROVEBVSES

Il m'est tombé ces iours passés entre les mains vn certain liure fait par

■ Cette apologie a été publiée en 1572, comme je l'ai fait voir dans mon Introduction, en même temps que le livre Des dislocations et très probablement dans les Cinq liures de chirurgie. .le répéterai ici qu'elle s'adresse non pas à Gourmelen, comme on l'a dit généralement , mais à Lopaulmier de Caen, qui avait écrit un livre sur les harqucbusadcs. Voyez mon Introduction.

DES fLAi'ES U

vn Médecin : auquel assés ouuertoment il blasonne et dénigre ce que i'ay escrit par cy deuant des playes faites par coups de harquebuses , et de leurs cures. le proteste que quand il n'y auroit autre mal , et que ie ne verrois autre interest en cecy que le mespris de moy et de mon liure , ie laisserois couler les choses doucement, et les passerois sous silence:

sçachant bien que les responses et répliques , dont nous nous voulons aider à clorre la bouche des medisans , bien souuent seruent plustost à les faire parler d'auantage qu'autrement, et qu'il n'y a meilleur moyen d'assoupir telles noises, que de ne dire mot : comme nous voyons que le feu s'esteint, cessant sa matière combustible, et lui estant le bois. Mais quand i'ay bien considéré le danger euident auquel plusieurs se fourreront s'ils viennent à suiure les reigles et enseignemens que donne ledit Médecin pour la cure desdites playes, i'ay pensé que mon deuoir estoit d'aller au deuant de ce mal, et d'empescher autant que que ie pourrois, eu esgard à ma profession, laquelle outre l'affection commune que tous doiuent au bien public , m'oblige particulièrement à cecy, tellement que iene pourrois en bonne conscience faire le sourd et le muet , où le deuoir gênerai et particulier m'obligent et contraignent à parler. C'est cela qui me sollicite à faire cette Apologie, plustost qu'vn désir boiiillant et passionné d'auoir ma reuange de celuy qui à la vérité m'a assailli à tort.

Or en ce liure il prétend contemner et mépriser l'application des medicamcns suppuratifs, comme du basilicon , et d'autres semblables : pareillement de ceux qui sont acres, comme l'Egyptiac et autres : et dit , Tels re-

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medes ont été cause de la mort d'une inlinité de personnes ausquels on les a appliqués , voire encore que leurs playes fussent superficielles , et eu partie charneuses : et qu'en ce l'on ne doit suiure le couseil d'Hippocrates, qui dit que toutes playes contuses doiuent estre suppurées. Parce (dit-il) que c'est vne maladie nouuelle et inconnue aux anciens, qui desii'e aussi nouueaux remèdes. D'auantage il dit , que pour l'intemperature de l'air, n'est besoin changer de remèdes ausdites playes. Aussi qu'on ne doit comparer le tonnerre et la foudre aux coups d'artillerie. En quoi le voyant du tout contrarier à ce que l'en avois escrit en mon liure des playes faites par harquebuses, flèches, et dards, ie suis contraint pour ma défense repeter aucunement ce que i'en ay par cy devant et ailleurs exposé, pour reprouuer tous ces points, comme i'espere faire l'un après l'autre.

Premièrement, que les medicameus suppuratifs ne soient propres à telles playes, c'est combattre la raison, l'authorité , et expérience. Car chacun sçait que les balles cstarjs rondes et massiues, ne peuuent blesser sans faire grande coutusion et meuilris seure, laquelle ne peut estre curée sans estre suppurée, suiuant l'authorité non seulement d'Hippocrates , mais aussi de Galien, et d'autres auteurs tant anciens que modernes.

Et que luy sert de nommer telles playes nouuelles, pour déroger au dire d'Hippocrates , lequel nous tenons comme pere , auteur , et vray fondement des loix de la sacrée Médecine , sur toutes dignes de grande loïiange, parce qu'elles ne sont suieltes à changement , comme celles des Roys, Prùices, et grands Seigneurs, ny à la prescription de temps cl de

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régions? Donc si i'ay en cecy suiui la doctrine Hippocralique , qui lousiours S(i trouue vraye et stable, ie croy auoir bien fait , et n ay esté seul. Car monsieur Bofal, Médecin ordinaire du Roy , et monsieur loubert aussi Médecin du Roy, et son Lecteur ordinaire en l'Vniuersité de Montpellier, hommes bien expérimentés, tant en la Médecine qu'en la Chirurgie, qui ont escrit recentement de cette matière, louent et commandent appliquer au commencement en telles playes du basilicon, et autres medicamens suppuralifs. Ceux-cy (pour auoir suiui les guerres) ont plus ueu de blessés par basions à feu enyn iour, que nostre Médecin n'a fait en toute sa vie. Quant à l'expérience, il y a vne infinité d'autres bons Chii urgiens , et grandement expérimentés , qui ont vsé et vsent de ces remèdes au commencemeni, pourrendre telles playes à suppuration , s'il n'y a indication contraire.

le diray d'auantage , qu'vn chirurgien Emph-ique son voisin , nommé Doublet, a fait maintesfois des cures merueiUeuses , appliquant à telles playes vn médicament suppuratif, composé de lard fondu, iaune d'œuf, et térébenthine auec vn peu de safran : et tenoitce remède pour vn Iresgrand secret. Il y en avait vn autre à Thurin l'an 1538 (moy estant lors au seruice de défunt monsieur le Mareschal de Montejan, Lieutenant gênerai du Roy en Piedmont) lequel auoit le bruit par sus tous les Chirurgiens de ce pays là, de bien guarir telles playes auecques oleum Calellorum, la description duquel i'eus de luy par grandes prières. Cette huile a puissance de leuir et appaiser la douleur , et rendre les playes supputées : et Tappliquoil vn peu plus

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chaude que tiède, et non pas boiiillantc , comme aucuns veulent. Ce qu'vne infinité de Chirurgiens ont fait , après que ie leur ay descrit ladite huile en mon liure des playes faites par harquebuses, auec bonne et heureuse issue.

Quant au mespris qu'il fait de l'onguent Egyptiac, ie croy véritablement qu'il demeurera seul en son opinion et hérésie, veu qu'on n'a encores seeu trouuer de plus singulier remède pour preuenir et corriger la pourriture, qui suruient le plus souuent en vlceres virulents , corrosifs , ambulatifs , et malins , iettans vne sanie puante, dont la partie tombe en gangrené , si on n'y remédie par l'Egyptiac et autres medicamens acres, qui ont esté pour cette raison fort approuués desdits Botal et loubert', et de tous bons Chirurgiens. Et cependant nostre Médecin soustient qu'ils sont venimeux : Attendu (dit-il) qu'en les appliquant aux playes faites par basions à feu, ont esté cause de la mort de plusieurs personnes : qui est chose si absurde et coutre raison, que l'en quitte la response aux barbiers de village, qui auront trop dequoy luy satisfaire sur ce point, et luy prouuer plus manifestement qu'il ne sçaurait nier hardiment , par la considération d'vn chacun des ingredieus dudit Egyptiac, iceluy non seulement n'estre vénéneux, mais mesme résister et contrarier directement à toutes sortes sortes de venins et pourritures qui peuueul survenir aux parties charneuses , à raison de quelque playe et vlcere.

Il dit d'auantage, que la disposition de l'air ne peut estre cause d'infecter et rendre les playes dangereuses en vn temps plus qu'en autre. En cela il demeurera encore tout seul de ceste

opinion. Mais s'il eust bien leu et entendu Hippocrates, il n'cust si log-ereraent conlemné la constitution des saisons, et l'infection piouenan te de l'air, non pas simple et élémentaire , (car estant simple , iamais n'acquiert de pourriture) mais par addition et meslange de vapeurs corrompues esparses en luy , comme i'ay escrit en mon Traité De la Peste ». Car d'autant que l'air qui nous cnuironne et est contigu, estperpetuellementnecessaire à notre vie, il faut que, selon sa disposition, nostre corps soit aussi altéré en plusieurs et diu erses manières , à cause que nous l'attirons continuellement par le moyen des poulmons , et autres parties dédiées à la respiration , et mesmes par les pores et petits pertuis inuisibles de tout le corps, et par les artères espandues au cuir : ce qui se fait tant pour la génération de l'esprit de vie, que pour rafreschir et fermenter nostre chaleur naturelle. A ceste cause s'il est immodérément chaud, froid, humide, ou sec, ou autrement vicié, il altère et change la température du corps en semblable constitution que la sienne.

Cela se voit clairement, lors qu'il est infecté par des vapeurs putredineusesetcharogneuses produites par vne grande multitude de corps morts , non assez tost eiiseuelis en la terre , comme d'hommes, de chenaux et bestes : comme il adulent après quelque bataille, ou quand plusieurs hommes péris par naufrage ont esté iettés au riuage par les flots de la mer.

Pour exemple , on a connu recentement la corruption de l'air provenante des corps morts au chasteau de Pene, sur la rivière de Lot : auquel lieu l'an 1562, au mois de Septembre,

' Le Traité De laPeste avaitparuen 15G8.

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pendant les troubles premiers aduenus à cause de la religion, fut iellé grand nombre de corps morts dedans vn puits profond de cent brassées ou enuiron, duquel deux mois après s'esleva vne vapeur puante et venimeuse, qui s'espandit par tout le pays d'A génois et lieux circonuoisins, iusques à dix lieiies à la ronde, dont plusieurs furent infectés de peste.

Lequoy ne se faut esmerueiller :

car les vents soufflans et poussans les exhalations et vapeurs pourries d'vn pays en autre , font pulluler la peste. Par ainsi la maligne constitution de l'air , soit que la cause en soit manifeste ou occulte, peut rendre les playes putrides, altérer les esprits et les humeurs , et causer la mort. Ce que l'on ne doit point attribuer aux playesl, attendu que ceux qui sont blessés , et ceux qui ne le sont aucunement, en sont également infectés , et tombent en mesmes inconueniens.

Monsieur D'Alechamps en sa Chirurgie française , parlant des choses qui empeschent la curalion des vlceres , n'a point oublié, que quand en aucune prouince règne quelque pestilence , ou maladie epidemiale , par le vice de l'air cela fait les vlceres incurables , ou tres-difû elles à guarir. Le bon vieillard Guidon a pareillement escrit , que les playes de la teste estoient plus difficiles à guarir à Paris qu'en Auignon : et les vlceres des iambes plus fascheuses en Auignon qu'à Paris 1 : d'autant qu'à Paris l'air est plus froid et humide, qui est chose contraire, principalement aux playes de la teste : au contraire en Auignon, la chaleur de l'air ambiens est Cause de liqueOer et siibtilier les humeurs : ainsi plus facilement , et en plus

' Au Traicté Z>e5 vlceres. — A. P.

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grande abondance découlent anxiambes, d'où vient que la guarison des vlceres d'icelles est plus dificile en Auignon qu'à Paris. Que si quelqu'un alléguant l'expérience , dit au contraire que les playes de teste sont le plus souuent mortelles és régions chaudes , ie lui respondray cela ne prouenir à raison de l'air, qui est plus chaud et sec : mais plustost à cause de quelque humidité superflue et mauuaise vapeur communiquée à l'air , comme il se fait és lieux de Prouence et d'Italie , prochain de la mer Méditerranée. De fait, qu'il n'y a si petit Chirurgien qui ne sçache qu'estant l'air chaud et humide, facilement les playes dégénèrent en gangrené et pourriture Et quant à l'expérience, ie luy bailleray bien familière : c'est qu'en temps chaud et humide, et lors que le vent Austral souffle , les viandes pourrissent en moins de deux heures, tant soient-elles fraisches, de façon que les bouchers en ce temps là ne tuent leurs bestes qu'à mesure qu'ils les vendent. Aussi n'y a-il doute aucune que les corps humains ne tombent en affection contre nature, quand les saisons pervertissent leurs quali-

• Cette dernière phrase est remplacée dans l'édition de 1575 parcelle-ci:

SemblablernerU monsieur Jouberl en son Traiclé des playes faicles par hacquebules escrii qu'estant l'air chaud et humide , elc.

Cette apologie ayant été publiée en 1572, il serait assez difficile de comprendre comment A. Paré y cite L. Joubert, si l'on s'en rapportait à Portai et Haller qui renvoient l'ouvrage de ce dernier à l'an 1581. A la vérité, ils citent tous deux sa troisième édition ; mais la date de la première restait un problème bibliographique. J'ai lait voir qu'elle avait dù paraître en 1570, puisque Jouberl, dans sa dédicace à Henri III , dit qu'il lui avait fait présent de son livre le premier lourde l'an 1570, après la victoire de Montcontour.

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tés par la mauuaise disposition d6 l'air, dont on a veu par certaines années, que les naurés estoient tresdifeciles à guarir , et souuent mouroient de fort petites playes, quelque diligence que les Médecins et Chirurgiens ypeussent faire.

Ce que bien remarquay, eslant le siège douant Roiien. Car le vice de l'air alteroit et corrompoit tellement le sang et les humeurs, par l'inspiration et transpiration, que les playes en estoient rendues si pourries et puantes qu'il en sortoit vne feteur cadauereuse. Et si d'auenture on passoit vn iour sans les penser, on y Irouuoit le lendemain grande quantité de vers , auec vne puanteur merucilleuse, dont se leuoient vapeurs putrides , qui par leur communication auec le cœur causoient fléure continue : auec le foye empeschoient la bonne génération du sang, et auec le cerueau produisoient aliénation d'esprit , resuerie , conuulsion , vomissemens , et par conséquent la mort. Et lors qu'on les ouuroit , on trouuoit plusieurs apostemes en diuerses part es de leurs corps, pleines d'vn pus verdoyant et fétide. De sorte que ceux qui estoient dedans la ville , voyans telles choses , et que leurs blessés ne se pouuoient guarir , disoient que ■ceux de dehors auoient empoisonné leurs balles, et ceux de dehors eu disoient autant de ceux de dedans.

Et de fait, apperceuant que les playes se tournoient plustost à pourriture qu'à quelque bonne suppuration , ie fus contraint , et auec moy la plus grande part des Chirurgiens , laisser lessuppuratifs, et en lieu d'iceuxvser de l'onguent Egyptiac et autres remèdes semblables , pour obuier à ladite pourriture et gangrené, et autres accidcns susdits.

DES PLAYrS D

D'auantage, si le diuers cours du ciel a la puissance et la force d'imprimer vue pestilence en nous par ses influences, pourquoyne luy sera-il possible de faire le semblable en vne playe, et l'infecter en plusieurs manières? L'expérience nous en rend bon et suffisant tesmoignage , non seulement en temps cbaud, mais aussi en hyuer. Car mesme nous voyons que les malades, tant vulnerés , qu'autremen t disposés con Ire na tu re , sont plus tourmentés sans comparaison de leurs douleurs quand il veut pleuuoir, que lors qu'il fait beau temps, à raison de l'air vaporeux et ténébreux , et venl Austral, qui meut et agite intérieurement les humeurs , qui puis après se deschargent sur les parties affligées , et y augmentent les douleurs.

Nostre Médecin a aussi escrit , qu'aux batailles de Dreux et saint Denis, qui furent données en temps d'hyuer, mourut un grand nombre d'hommes : ce que ie confesse bien :

mais ie luy nie que ce fust par l'application des medicamens suppuratifs ou des corrosifs , ains par la véhémence de leurs blessures , et pour le desordre que le boulet faisoit en leurs membres : à quoy aidoit grandement la nature des parties blessées, et la température des malades, et sur tout le froid. Car le froid rend les playes difficiles à guarir , voire cause souuent gangrené et totale mortiflcation, comme tesmoigne Hippocrates ». Et s'il eust esté auec moi au siège de Metz, il eust veu beaucoup de soldats ayans les iambes eslhiomenées par le froid ,et vne infinité qui mou r uren l par la violence du froid, encore qu'ils ne fussent vulnerés. S'il nele veut croire, ie lo reuuoiray sus le mont Senis en

• Aphor. 20 du ô. liure. — A. P.

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temps d'hyuer , oii plusieurs laissent la vie, et sont transis tout en vn moment, tesmoin la cJiapelle des Transis qui en a pris le nom.

Il m'a pareillement calomnié, d'auoir fait similitude du tonnerre à l'artillerie. Véritablement on peut dire qu'ils ont semblables effets : car la diabolique poudre à canon fait des choses si merueilleuses , qu'il est facile à prouver qu'ils ont grande similitude entre eux. Et premièrement ou peut comparer le feu sortant par la lumière du canon à l'esclair, en ce qu'il est veu parauant que le tonnerre soit ouy. Car le semblable se fait en l'autre : ce qui adulent, parce que l'oreille n'est si prompte que l'œil à receuoirles obietsdeson sens. On peut aussi comparer l'espouuentable bruit que font les gros canons , à celuy de la foudre : tellement que lors qu'il se fait quelque grande batterie auec de grosses pièces, on en oit le bruit quelquesfois loing de vingt lieues , plus ou moins, ainsi que le vent rapporte le retentissement du son. Les premiers coups ne sont pas entendus, comme les autres suiuans. C'est que par la multiplication des sons s'entresu iuans et succedans , le plus proche pousse son voisin, qui puis après pousse l'autre, et l'autre l'autre , et vient à nos oreilles. Semblablement les balles ieltées par la poudre d'vne vitesse inestimable , rompent et brisent tout ce qu'elles rencontrent, voire ont plus de force contre les choses dures que contre les molles : en ce ressemblantes au tonnerre, qui comminue l'espée dans le fourreau qui demeure entier, fond l'argent en vne bourse sans la rompre. Ainsi (comme i'ay par cy deuant escrit) on a veu plusieurs que les balles n'ont aucunement touchés , ausquels neantmoins

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l'inipetuosité de l'air lait par la poudre sortant du canon, a rompu et brisé les os sans aucune apparence manifeste de solution de continuité en la chair , voire les a meurtris et tués promptemcnt , comme si c'eust esté la foudre. La poudre à canon a aussi une odeur puante , qui sent le soufre , imitant l'odeur qui demeure au lieu où sera tombée la pierre de la foudre , laquelle non seulement les hommes ne peuuent sentir , mais les animaux aussi sont contraints d'abandonner leurs cauernes et tanières lors qu'elle yest tombée, ne pouuans endurer la puanteur sulfurée delaisséè par le tonnerre. Mais encore leur similitude est plus manifestéepar les effets de ladite poudre , laquelle estant enclose dedans les mines et conuertie en vent par le feu qu'on y met, bouleuerse les monceaux de terre aussi gros que montagnes, rompt et démolit les fortes tours, renuerse les montagnes c'en dessus dessous. Ce que i'ay assez donné à couûoistre par l'histoire que i'ay ailleurs escrite , à sça- ■V Oii*, qu'on a veu puis n'agueres à Paris le feu s'estant rais en la poudre de r Arsenac , causer une si grande tempeste, qu'elle lit trembler presque toute la ville, et tomber par terre toutes les maisons prochaines , descouurit et defenestra celles qui estoient plus à l'escart de sa furie : brief , comme la foudre en s'eclatant , renuersa ça et là quelques hommes demi-moi ts, aux vus osta la veuë, aux autres l'ouye, et en laissa plusieurs ntin moins deschirés en leurs I)auures membres que si quatre cheuaxix les eussent escartelés : et tout ce pai" l'agitation de l'air , en la substance duquel ladite poudre estoit conuertie. Semblable fait arriua en la Ville de Matines l'an 1546 , par la

E LIVBE ,

cheutedu tonnerre dedans une grosse et forte tour, où y auoit grande quantité de poudre à canon, qui demolist presque la moitié de la ville, et tua un grand nombre de personnes, dont i'ay veu depuis peu de temps les vestiges encore bien apparens. Ces exemples sont à mon aduis suftisans pour contenter nostre Médecin , et lui monstrer qu'il y a grande similitude entre les effets de la poudre à canon et du tonnerre.

Combien que ie ne veux pour cela confesser, que les coups d'harquebuses soient accompagnés de poison et de feu, comme les coups delà foudre.

Car encor' qu'ils conuiennent les uns auec les autres par les similitudes prédites , ce n'est pourtant en substance et matière, mais plustost en la manière de casser, briser, et dissiper les obiets qu'ils rencontrent : à sçauoir , les coups de foudre par le moyen du feu et de la pierre engendrée en iceluy, elles coups de canon, par l'air impétueusement poussé, qui conduisant la balle , fait vn pareil et aussi tempestatif desastre que le tonnerre.

Ces choses considérées, ne faut-il pas confesser que ceux qui ont escrit que les coups de canon elle tonnerre ont grande similitude ensemble, ne l'ont dit sans raison ?

Au demeurant, ce Médecin n'a pas eu grande peine à prouuer comme la pouldre à canon n'est venimeuse , et que les balles ne peuuent brusler , non plus qu'à inuenter et nommer les instrumens propres à extraire les choses estranges, parce qu'il les a trouués tous mâchés en mon liure, auec plusieurs autres choses qu'il a escrites, comme chacun le pourra connoistre par la conférence de son liure et du mien. Il a aussi enrichi son liure de plusieurs sentences et raisons

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qu'il a rpciieillit!« d'vu auteur Italien, nommé IJarlholomeus Magius, Médecin (IeBoulong'ne,(lui enaesçrit assez bien en vn Traité intitulé, De Vulnerum Sclopeloritm cur(:lione : combien qu'il ne l'a pas reconnu pour guide, ains l'ayant traduit presque mot pour mot, en a neantmoins lait son propre , et pour traducteur s'est nommé auteur.

Venons maintenant à sa belle pratique et méthode nouuelle de guarir les playes faites par baslous à feu.

Premièrement il veut qu'on y applique des medicaraens suppuratifs, lesquels toutesfois il n'entend estre chauds et humides , ny de substance eniplastique : mais tout au contraire , illesordonnechaudsetsecs.Parce(ditil) que ce n'est pas comme aux abcès, où il ne faut auoir autre cure que de suppurer : mais icy, où les playes sont auec contusion, plusieurs et diuerses indications en sourdent, d'autant que la contusion veut estre cuitte et meurîe, et la playe desseichée.

Pour respondre à cela , ie le renuoycray apprendre la nature et qualité des suppuratifs en Galien au 5. des Simples , et tout d'vn chemin au 10.

de sa Méthode , qui luy enseignera qu'aux maladies compliquées il faut considérer la cause, Vordre,etrvrgent.

Puis ie luy demanderay volontiers , s'il sçaura guarir la playe faite par coup de boulet , que la contusion ne soit premièrement bien suppurée. Il me semble que non , et de ce ie m'en rapporte au iugement de tous bons praticiens. Par ainsi notre basilicon, elnolreoleumcatellorum^et autres tels medicamens suppuratifs , seront propres à suppurer les playes faites par harquebuses.

Secondement , il veut qu'on mette dans la playe de l'oxycrat, pour es-

JI AllQVIiJÎVSIÎS. 1 79

tancher le flux de sang. Et s'il ne peut estre arresté par ce moyen , qu'on y applique vn médicament fait de blanc d'œuf, bol armene, vinaigre rosat, et du sel. le laisse à penser si tels remèdes ont puissance d'arrcster le flux de sang , estans appliqués dedans la playe. Certes ils le feroient plustost fluer d'auantage, à cause que le vinaigre est de qualité tenue et mordante , causant douleur , fluxion, inOammation , et autres mauuais accidens , comme ie l'ai connu par expérience : et ne sçay aucun Chirurgien, qui ayant exercé l'art, voiilust su iure telle façon de pratiquer qu'il ne s'en trouuast trompé. A ce propos me souuient auoir pensé vn More, qui estoit à monsieur le Comte de Roissy, lequel fust blessé deuant Boulogne, par vn Anglois qui luy donna vn coup de lance au trauers du bras. Donc pourcuider estancher le sang, ie mis dedans sa playe vn restraintif , où il y auoit du vinaigre à faute d'autre.

Mais tost après il me reuint trouuer, disant qu'il luy sembloit auoir le feu au bras , et fus contraint de le penser de nouueau, et changer de remède en sa playe, appliquant ledit restraintif par dessus. le croy que ce Médecin n'a connu telle chose : autrement l'estimé-ie si homme de bien , qu'U.

ne l'eust mis dedans son Mure pour vn homme restraintif.

D'auantage il louë sur tous autres remèdes , son baume fait d'huile de cire et myrrhe battus auec vn iaune d'œuf , ou bien le baume naturel qu'on apporte du Pérou : et dit, qu'ils consomment l'humidité superflue des

■ La polémique en cet endroit est assez polie, mais la politesse du texte disparaît devant celle dure note marginale: Erreur couuertt d'ignorance.

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playes , et confortent tellement les parties , qu'il n'y suruient aucun accident périlleux : et neantmoins dit qu'ils ne consolident ne font reprendre ces playes icy, comme ils feroient celles qui ont esté faites de taille.

Véritablement c'est chose bien estrange, de vouloir penser et guarir les playes contuses , comme les simples qui ne demandent que seule vnion.

Outre-plus ces baumes ne peuuent estre propres aux playes faites par harquebuses , d'autant que par leur siccité ils empescheroicnt la suppuration, sans laquelle ne peuuent estre guaries. Et s'ils y conuiennent en aucune manière , ce sera seulement après que la contusion sera suppurée, et la playe mondifiée. Mais encore ne sçay-ie où l'on pourroit trouuer tant d'extracteurs de quinte-essence, pour préparer et fournir tant de baumes qu'il faudroit pour penser les soldats qui seroient blessés en vne rencontre ou bataille , ou en quelque assaut de ville : ne où ils prendroieut l'argent pour satisfaire aux frais K

Venons au reste. Il ordonne que ces baumes soient instillés dedans les playes sans tentes : et se reprenant, puis après dit, qu'il seroit bon y en mettre voe petite et courte, seulement pour empescher que les bords de la playe ne se reioignent. Comment seroit-il possible que ces baumes et autres onguens poussent estre portés au fond de la playe , sans lentes ou setons, desquels l' vsage est principalement de porter les medicamens iusques au profond des playes , et les tenir ouuertes pour donner issue aux choses estranges? Tous les bons pra-

' Response plaisante et à propo/!. — Celte remarque au moins lorl naïve est d'A. Paré lui-même.

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ticiens ne luy accorderont iamais ce point, ne ceux qui sçauent que c'est de penser telles playes. Or il y a encore icy vne chose digne d'eslre bien nolée : c'est qu'après auoir reprouué l'onguent Egyptiac, il ne laisse pourtant de commander qu'on l'applique, depuis le commencement iusques à ce que la contusion soit du tout suppurée : et veut qu'on en vse ainsi. Prenez (dit-il) de l'Egyptiac dissout t en vne décoction faite de la sommité d'aluyne et de millepertuis, et de petite centaui'e et plantain , et en syringuez la playe. Il en descrit puis après vn autre, fait d'eau dè plantain et miel rosat, bouillis ensemble à l'espaisseur et consislence de miel, en l'escumant bien : puis mesle autant de cecy que d'Egyptiac ensemble , et dit que cest onguent suppure les harquebusades.

le laisse à penser aux lecteurs Chirurgiens expérimentés , si tels remèdes sont suppuratifs. Quant à moy, ie les estime plus propres à deterger et mondifier, qu'à suppurer.

Il a finalement escrit , qu'il ne faut penser la playe que de quatre en quatre iours. Et s'il y a fracture d'os, qu'on n'y touche, ou qu'on ne leue l'appareil, iusques au huitième iour.

Plus il dit en vn autre endroit, qu'il est conuenable instiller tous les iours dix ou douze gouttes de son baume dedans la playe. Véritablement telle doctrine est pour bien estonner le ieune Chirurgien , pour sçauoir quelle manière de pratiquer il deura suiure. Et qui suiura la sienne, ie le puis asseurer qu'il fera sonnent ouurir le ciel et la terre : le ciel pour reccuoir les ames, et la terre pour les corps.

Mais c'est assez parlé de celte matière pour le présent , puis que nous sommes asseurés que toutes ces petites cauillationsne pourront en riendi-

DES PLAYES d'

miner la réputation de noslre liure :

duquel les eslrangers ont tant l'ait de cas, qu'ils l'ont traduit en leurs langues maternelles pour en auoir comnumication ». Partant nous dirons adieu à nostre Médecin, après l'auoir prié de reuoir et corriger son liure le pluslost qu'il pourra, pour ne retenir plus longuement les ieunes Chirurgiens en l'erreur dont ilspourroienl auoir esté imbus par la lecture d'iceluy : car les plus courtes folies sont les meilleures.

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