‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 81 sur 482 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

DES BLESSVRES ENVENIMÉES*.

Reste maintenant à entendre et considérer que ces playes sont quelquesfois envenimées ( comme nous avons dit) , et que cela prouient de la cause primitiue des flèches ainsi préparées par l'ennemy. Ce que l'on peut connoistre, tant par le récit du patient , disant sentir grande et poignante douleur, comme s'il eust esté mords de mousches à miel (principalement és venins chauds , desquels on vse

comme il a esté par cij deuanl dicl des playes [aides par harquebuses , pource qu'elles sont quasi semblables. Fol. 33, vers.

La nouvelle rédaction ne date que de 1575.

■ Ce chapitre n'est guère plus long que le précédent dans les éditions complètes d'AmbroiseParé. Après avoir mentionné les scarifications, les ventouses et la succion, elles ajoutent :

Se fera aussi attraction, application d'onguens , cataplasmes , emplasires , vesicatoires , cautères, epithcmes et autres choses qui serbnl déclarées cy après , parlant des morsures et piqueures de besies vénéneuses.

Les éditions de 1545 et 1552, mais surtout celle de 1564, s'étendaient beaucoup au contraire sur le traitement des plaies envenimées. Avant de décider si je reproduirais ici le texte le plus complet, j'ai dû rechercher avec soin si véritablement les passages retranchés n'auraient pas été reportés au livre des /^(;;(iH.v auquel Paré renvoie; et je me suis convaincu que si le livre des Venins a fait en effet quelques emprunts au livre des Playes de jUches de l'édition de 15G4, il est loin cependant de l'avoir reproduit ni texlucUemenlni intégralement. En conséquence, j'ai suivi exactement pour ce chapitre le texte de 15G4, rejetant parmi les notes les variantes de 1545, de 1562, et enfln celles

igO LE JVKVFII

plus sonnent en'tel cas ) * que par la chair du vulnei é , qui di'vient palle et aucunpinerit liuide, auec quelque apparence de niorlificalion. A quoy plusieurs autres griefs et plus grands accidens suruiennent, qui n'ont coustunie d'aduenir aux autres playes, où n'y a point do venenosité. Parquoy du commencement (après auoir tiré les choses estranges, si aucunes y en a) faut faire des scarifications assez profondes autour de la playe , y appliquant ventouses auec grande flambe, à fln de faire attraction etvacuation de la matière virulente 2.

Pareillement est vue opération tresvtile et de merueilleux effet, faire succer la playe par quelque personne,

des éditions complètes. Il en résulte que non seulement ce chapitre sera beaucoup plus long que celui des éditions complètes, mais encore qu'il sera suivi d'un autre qui forme le neuvième du livre des Playes de pèches en 1564, et qui se trouvera naturellement ici le vingt-quatrième.

1 L'édition de 1545 dit :

« Aussi que pour la lumeur, noyrceur, liuidilé, et aultres plus grief z , el plus grands accidens qu'il n' adulent aux aultres playes qui ne sont vénéneuses. » Fol. 34 , rect.

2 L'édition de 1545 est ici fort laconique : ainsi elle renferme dans les lignes suivantes tout ce qui a rapport au traitement local et général , à part le régime :

« Fault faire scarifications assés profondes enuiron la playe, y appliquant ventouses, et faisant vacuation de sang assés copieuse pour attirer hors le venin : puis lauer la playe cum decociione radicum, tormentillœ , verbasci [vulgo lhapsi barbali) , facla in vino albo, ou aultres semblables remèdes. Puis fault applicquer dans la playe et aux parties circunuoysincs, Iheriac ou methridat.

» Pareillement luy en debues donner à boyre vne drachme et demye , dissoult en vin blanc, ou en eaues cordiales, le pluslost qne faire se pourra , en luy appliquant sur

îME LlvnE,

lequel ne sera à ieun , et qui premièrement aura laué sa bouche auecques vinaigre dedans lequel on aura fait bouillir lormenlille, genesl ou bouillon blanc : ou en deffaut de ce remède on se contentera de vin auquel on aura dissont quelque portion de theriaque. L'ablution de la bouche faite, le succeur prendra de l'huile en sabouche,etsubitlareieltera.depeur que le venin ne l'offense en quelque sorte. Pour à quoi obuier d'avantage, il faut prendre garde qu'il n'ait aucun vlcere en sa bouche : et qu'il laue la playe , auant que la succer, d'eau de vie, de vinaigre et theriaque dissous ensemble , ou autres semblables K

la région du cœur epithime semblable à celuy qui auoit la gangrené, dont par cy deuanl a esté escript. »

L'édition de 1652 est déjà beaucoup plus étendue à cet égard , et on y retrouve une grande partie du texte de 1564. Elle mentionne ici les scarifications, les ventouses et les lotions, comme celle de 1545; mais elle donne de plus les recettes suivantes qui ont été ou supprimées ou modifiées depuis.

:^.Thapsi barbati, tormentilliB, aristolochiœ rotundœ, morsus diaboli, prassij, rutae ana m. s.

Coquantur in aqua salsa.

« Et en lieu desdictes choses soit pris oxycrat auec sel et peu de theriaque dissoulz et chauffés ensemble , cl en soit lauée et estuuée la playe : après soit appliqué sur ladicte playe tel vnguent. »

Suit la recette de l'onguent :

2i. Cerœ, picis nigrae, etc.

• Il est à remarquer que l'édition de 1645 ne fait aucune mention de la succion par la bouche. Celle de 1552 en parle, non pas ici, mais un peu plus loin ; après avoir rappelé l'application recommandée par quelques uns,

DES PLiVYKS D

On pourra aussi à oesle mesme fin vser des reraedes suiiians :

Onguent attractif de venin.

if. Cerae , picls nigrac , axungiœ veruecinae , olei antiqui, ana quartanum j.

Galbani et ammoniac! , ana 3. ft.

Theriac. et mitridat. ana 5 . ij. C Fiat vnguentum vt decct.

En lieu de tel onguent sera fait tel cataplasme.

Cataplasme attractif.

If. Cepas duas, summitatum ruthœ, p. ij. Sinap. 3. ij.

Salis communisj 3. j. ft.

Contundanlur omnia cum modico fermente et melle communi : fiât cataplasma addendo olei rutliacei §. fi.

Autre cataplasme qui a grande force d'attirer te venin.

2C. Ceparum contusarum, 5 . iij.

Sinapis 5 . j.

Salis communis § • fi .

Succi ruthae § . j.

Stercoris columbini § . fi .

Alliorum subcineribus coctorumg .j. fi .

Mellis communis g.iiij.

Olei laurini quantum sullîcit.

Fiat calaplasma ad formam pultis liquida;. Et soit appliqué assez chaud.

soit du cul, soit de la chair vive des poulailles, l'auteur ajoutait :

Pareillement aucuns commandent succer telles playes auec la bouche.

Ce n'est donc qu'à partir de 1664 que Paré a pris sur lui de donner aussi ce conseil. J'ajouterai que dans l'édition de 1575 on lit seulement: Pareillement ladite attraction se fera par succer la playe ; et enfin la rédaction de 1679, suivie dans toutes les éditions postérieures, est moins exacte encore que celle de \bG'i; la voici :

Pareillement ladite attraction se fera par siiccér la playe, par condition que celuy qui tuccera tienne vn peu çl'huile en sa bouche , et

'hauqvebvsk.s. 191

Emplaslrc à cesté fin.

Gummi ammoniaci, galbani, sagapeni,

opopan. assce fait. 3 . j.

Pulu. piperis, sulphuris viiii ana §. vj. Stercoris columbini 5. fi.

Succorum calamita;, menlastris eteordi,

ana 5 . j. fi.

Dissoluanturgummicuin acclo etaqua vittC,

liât emplaslrum secundum artem.

Autre à ceste intention.

'if. Ferment! acris § . ij.

Opopanacis et sagapcni in aceto et aqua

vini dissolutorum ana §. j, Sulphuris viui ignem non experti, et

salis communis ana 5. fi.

Piperis rotundi puluerisati, et aristoloch.

ana §. ij.

Dictami et anagall. ana 5. fi .

Mellis communis, terebent. venetae ana quantum suiBcit.

Fiat medicamentum secundum artem.

Il faut aussi appliquer au-dessous de la playe des vesicatoires

Antre cataplasme.

Of. Nuces antiquas, 12.

Allia, totidem.

Salis communis et salis gemmse ana 3. j.

Incorporentur omnia cum melle : fiât cataplasma.

Tels medicamens ontnon seulement faculté d'attirer et résoudre le venin,

ii'aye aucune vlcere en icelle , de peur que le venin succé et attiré ne s'y attache.

Au reste, la succion est déjà indiquée en peu de mots par Guy de Chauliac, et décrite par Tagault avec toutes les précautions recommandées ici.

Comparez avec ce qui est dit sur le même sujet , livre des f^enlns, chap. 14.

' Ce précepte, ainsi que les trois formules qui le précèdent , manque dans l édilion de 1552. Plusieurs de ces formules sont copiées de Guy deChauliac et de Tagault, qui sont vraiment les deux grandes sources où Paré a puisé ce qu'il a dit des plaies empoisonnées et même des plaies de flèches.

192 LE NEVFIE

mais aussi tiennent les léures de la playe largès et ouuertes: ce qu'il faut faire à fin que la matière vénéneuse ait issue. Car il ne faut vser de medicamens repercussifs sur la playe anant qu'auoir osté la qualité du venin :

niais bien és parties circonuoisines, principalement quand y a quelque apparenced'inflamraation: aussi pour empescher la fluxion et descente des humeurs en la partie blessée.

Aucuns ont commandé aux morsures et piqueures des bestes vénéneuses prendre poulailles et autres oiseaux, et leur plumer le cul , et y mettre dedans vn grain de sel, et l'appliquer sur la playe : puis leur serrer le bec pour mieux tirer le venin. En pareil commandent appliquer petits animaux fendus tout vifs , comme chiens, chats, poulailles, aussi poulmons de bœuf, de veau, de mouton, de porc, et autres: et les appliquer tant dessus le mal que sus les parties voisines Ce que semblablenient i'ay trouué raisonnable és playes vénéneuses faites par flèches :

pour ce que tels remèdes apaisent la douleur , et resoluent le venin , et confortent la partie.

Les cautères, principalement les actuels, sont très -commodes pour abattre la vertu du venin, à cause qu'ils amortissent la force et la vertu d'iceluy, et ne luy permettent de gagner plus outre , ainsi qu'il sera dit à la fin de ce liure. Tous lesquels remèdes contre le venin se doiuent appliquer incontinent et dés l'heure (s'il est possible, à fin qu'il n'ait temps de pénétrer au profond , et occuper les parties nobles : car les remèdes seroient autrement inutiles.

'11 n'est pas fait mention de poulmons dans l'édition de 1552.

E LIVRE

Il ne faut oublier de faire ligature au dessus de la playe , et qu'elle soit assez serrée , à fin qu'elle tienne et puisse empescher le venin de pénétrer et monter aux parties internes , pour la compression des vaisseaux :

qu'elle ne soit aussi trop .serrée, de peur de stupéfier et faire perdre le sentiment de la partie, qui par ce moyen pourroit tourner en gangrené.

Aucuns disent auuoir fait ligature au dessus des morsures et piqueures desdites bestes vénéneuses, d'vn rameau de genest, ou d'vne tige de boiiillou blanc , et afferment le venin n'auoir peu passer outre : ce que i'approuue.

La theriaque et le metridat appliqués seuls et mis plusieurs fois dans la playe et parties voisines, ou dissous auec eau dévie, apportent vnesinguliere aide. Que si on en donne à boire au nauré vne drachme et demie dissoute en vin blanc ou eaux cordiales, et poudre de gentiane vne drachme et demie, le plus tost que faire se pourra, il en sentira grand allégement.

Ce fait , conuiendra procurer la suppuration de la playe , le plus tost qu'il sera possible, auec vn digestif composé de moyeux d'oeufs , d'huile violât et térébenthine de Venise : en tous lesquels medicamens ne faut obmettre d'adiouster vn peu de theriaque. L' ayant suppurée, il la faut mondifier auec vn tel mondificatif.

Of.. Terebint. venetai § . iiij.

Mellis rosati § . j.

Olei rosati 5 . iij.

Pulueris radiais gentianœ.torment. aristulocli. rotundœ, morsus diabol. ana 3. ij. Aqua; vitie parum.

Incorporentur omnia simnl , fiât mundificaliuum, ad usum dictum

' Ce paragraphe manque dani l'édition de 1562.

DKS PLAYES D HARQUEBVSES.

D'auantage , luy sera appliqué sur la région du cœur vn epilheme cordial, duquel auras la description au Traité de Gangrené.

L'indicalion de curer doit estre prise de l'alteralion du venin, qui cause la douleur et autres accidents, en changeant et muant vne quantité contraire par vne autre contraire.

Exemple : si le patient sent vne véhémente froidure à sa playe ou en tout le corps, il faut vser de remèdes chauds : au contraire s'il sent grande chaleur, on vsera de froids

Quant à l'ordonnance de son régime , tout chirurgien bien entendu luy ordonnera selon les six choses non naturelles , contrariant touiours au venin : comme s'il est chaud, faut tendre à refroidir : et s'il est froid , au contraire. Que si le venin agit par propriété spécifique , on le domptera par choses tempérées , et qui soient de facultés contraires audit venin.

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