‹ uvres complètes d'Arthur Rimbaud (volume 2)Chapitre 11 sur 36 · LE CHATIMENT T>E TARTUFE · texte numérisé non relu

LE CHATIMENT T>E TARTUFE

TISONNANT, tisonnant son cœur amoureux sous Sa chaste robe noire, heureux, la main gantée. Un jour qu'il s'en allait effroyablement doux. Jaune, bavant la foi de sa bouche édentée,

Un jour qu'il s'en allait — ^< Orémus » — un méchant Le prit rudement par son oreille benoîte Et lui jeta des mots affreux, en arrachant Sa chaste robe noire autour de sa peau moite.

Châtiment !... Ses habits étaient déboutonnés, Et, le long chapelet des péchés pardonnes S'égrenant dans son cœur, saint Tartufe était pâle !

Donc, il se confessait, priait, avec un râle.

L'homme se contenta d'emporter ses rabats.

— Peuh ! Tartufe était nu du haut jusques en bas.

VÉNUS ,ÂNADYOMÈNE

COMME d'un cercueil vert en fer-blanc, une tête De femme à cheveux bruns, fortement pommadés. D'une vieille baignoire émerge, lente et bête, Montrant des déficits assez mal ravaudés,

Puis le col gras et gris, les larges omoplates Qui saillent, le dos court qui rentre et qui ressort. La graisse sous la peau paraît en feuilles plates, Et les rondeurs des reins seniblent prendre l'essor.

L'échiné est un peu rouge ; et le tout sent un goût Horrible étrangement. On remarque surtout Des singularités, qu'il faut voir à la loupe.

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus. — Et tout ce corps remue et tend sa large croupe, Belle, hideusement, d'un ulcère à l'anus.

CE QUI T^E TIENT f^JNA

Lui :

TA poitrine sur ma poitrine, Hein ! nous irions, Ayant de l'air plein la narine, Aux frais rayons

Du bon matin bleu qui vous baigne

Du vin de jour?...

Quand tout le bois frissonnant saigne,

Muet d'amour,

De chaque branche, gouttes vertes,

Des bourgeons clairs On sent dans les choses ouvertes

Frémir des chairs.

Tu plongerais dans la luzerne

Ton long peignoir, Divine avec ce bleu qui cerne

Ton grand œil noir,

Amoureuse de la campagne,

Semant partout Comme une mousse de Champagne

Ton rire fou,

Riant à moi, brutal d'ivresse.

Qui te prendrais Comme cela, — la belle tresse.

Oh ! — qui boirais

Ton goût de framboise et de fraise,

O chair de fleur Riant au vent vif qui te baise

Comme un voleur.

Au rose églantier qui t'embête

Aimablement, Riant surtout, ô folle tête,

A ton amant !...

Dix-sept ans ! Tu seras heureuse.

Oh ! les grands prés, La grande campagne amoureuse !

— Dis, viens plus près...

Ta poitrine sur ma poitrine,

Mêlant nos voix.

Lents nous gagnerions la ravine

Et les grands bois ;

Puis comme une petite morte,

Le cœur pâmé, Tu me dirais que je te porte,

L'œil mi-fermé.

Je te porterais palpitante

Dans le sentier ; L'oiseau filerait son andante

Au noisetier.

SI

Je te parlerais dans ta bouche ;

J'irais pressant Ton corps comme un enfant qu'on couche.

Ivre du sang

Qui coule bleu sous ta peau blanche

Aux tons rosés, Et te parlant la langue franche

— Tiens ! — que tu sais.

Nos grands bois sentiraient la sève,

Et le soleil Sablerait d'or fin leur grand rêve

Sombre et vermeil.

Le soir?... Nous reprendrons la route

Blanche qui court, Flânant comme un troupeau qui broute

Tout alentour.

Les bons vergers à l'herbe bleue.

Aux pommiers tors.

Comme on les sent toute une lieue,

Leurs parfums forts !

Nous regagnerions le village

Au ciel mi-noir, Et ça sentirait le laitage

DansTair du soir;

Ça sentirait l'étable pleine

De fumiers chauds, Pleine d'un rhythme lent d'haleine

Et de grands dos

Blanchissant sous quelque lumière,

Et tout là-bas Une vache fienterait, fière,

A chaque pas.

Les lunettes de la grand'mère

Et son nez long Dans son missel, le pot de bière

Cerclé de plomb

Moussant entre les larges pipes

Que crânement Fument des effroyables lippes

Qui, tout fumant,

Happent le jambon aux fourchettes

Tant, tant et plus, Le feu qui claire les couchettes

Et les bahuts,

Les fesses luisantes et grasses

D'un gros enfant Qui fourre, à genoux, dans les tasses

Son museau blanc

Frôlé par un mufle qui gronde

D'un ton gentil Et pourléche la face ronde

Du cher petit.

Noire et rogue au bord de sa chaise

— Affreux profil — Une vieille devant la braise,

Qui fait du fil :

Que de choses nous verrions, chère,

Dans ces taudis, Quand la flamme illumine claire

Les carreaux gris !

Et puis, fraîche et toute nichée

Dans les lilas, La maison, la vitre cachée

Qui rit là-bas...

Tu viendras, tu viendras, je t'aime.

Ce sera beau !

Tu viendras, n'est-ce pas? et même.

Elle :

Mais le bureau ?

Page 1