‹ uvres complètes d'Arthur Rimbaud (volume 2)Chapitre 13 sur 36 · LES EFFARÉS · texte numérisé non relu

LES EFFARÉS

OIRS dans la neige et dans la brume, Au grand soupirail qui s'allume, Leurs culs en rond.

A genoux, cinq petits — misère !

Regardent le Boulanger faire Le lourd pain blond.

Ils voient le fort bras blanc qui tourne La pâte grise et qui Tenfourne Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.

Le Boulanger au gras sourire

Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge Au souffle du soupirail rouge Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche Façonné comme une brioche On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées, Chantent les croûtes parfumées Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie, Ils ont leur âme si ravie Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre, Les pauvres Jésus pleins de givre, Qu'ils sont là tous

Collant leurs petits museaux roses Au treillage, grognant des choses Entre les trous.

Tout bêtes, faisant leurs prières Et repliés vers ces lumières Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte Et que leur chemise tremblote Au vent d'hiver.

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