‹ uvres complètes d'Arthur Rimbaud (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · LE MAL · texte numérisé non relu

LE MAL

TANDIS que les crachats rouges de la mitraille Sifflent tout le jour par Finfini du ciel bleu, Qu'écarlates ou verts, près du Roi qui les raille, Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu'une folie épouvantable broie

Et fait de cent milliers d'hommes un tas fumant,

— Pauvres morts dans l'été, dans l'herbe, dans ta joie.

Nature, ô toi qui fis ces hommes saintement ! —

Il est un Dieu qui rit aux nappes damassées Des autels, à Tencens, aux grands calices d'or, Qui dans le bercement des hosannas s'endort

Et se réveille quand des mères, ramassées

Dans l'angoisse et pleurant sous leur vieux bonnet noir;

Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir.

T{AGE DE CÉSAT{^

L'HOMME pâle, le long des pelouses fleuries, Chemine en habit noir et le cigare aux dents. L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries, Et parfois son œil terne a des regards ardents.

Car l'Empereur est soûl de ses vingt ans d'orgie. Il s'était dit : Je vais souffîer la Liberté, Bien délicatement, ainsi qu'une bougie.

La Liberté revit : il se sent éreinté.

Il est pris. Oh ! quel nom sur ses lèvres muettes Tressaille ? quel regret implacable le mord ? On ne le saura pas : l'Empereur a l'œil mort.

Il repense peut-être au Compère en lunettes,

— Et regarde filer de son cigare en feu,

Comme aux soirs de Saint-Cloud, un fin nuage bleu

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