‹ uvres complètes d'Arthur RimbaudChapitre 11 sur 46 · JEUNE MÉNAGE · texte numérisé non relu

JEUNE MÉNAGE

LA chambre est ouverte au ciel bleu turquin; Pas de place : des coffrets et des huches ! Dehors le mur est plein d'aristoloches Où vibrent les gencives des lutins.

Que ce sont bien intrigues de génies, Cette dépense et ces désordres vains !

C'est la fée africaine qui fournit La mûre, et les résilles dans les coins.

Plusieurs entrent, marraines mécontentes, En pans de lumière dans les buffets.

Puis y restent ! le ménage s'absente Peu sérieusement, et rien ne se fait.

Le marié a le vent qui le floue Pendant son absence, ici, tout le temps. Même des esprits des eaux, malfaisants.

Entrent vaguer aux sphères de l'alcôve.

La nuit, l'amie oh ! la lune de miel Cueillera leur sourire et remplira De mille bandeaux de cuivre le ciel.

Puis ils auront affaire au malin rat.

— S'il n'arrive pas un feu follet blême. Comme un coup de fusil, après des vêpres.

— O spectres saints et blancs de Bethléem, Charmez plutôt le bleu de leur fenêtre !

Page 1