‹ uvres complètes d'Arthur RimbaudChapitre 6 sur 46 · MÉMOIRE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE

L'EAU claire : comme le sel des larmes d'enfance; l'assaut au soleil des blancheurs des corps de femmes; la soie, en foule et de lys pur, des oriflammes sous les murs dont quelque pucelle eut la défense ;

l'ébat des anges ; — non... le courant d'or en marche meut ses bras, noirs et lourds et frais surtout, d'herbe. Elle, sombre, avant le Ciel bleu pour ciel de lit, appelle pour rideaux l'ombre de la colline et de l'arche.

Eh ! l'humide carreau tend ses bouillons limpides ! l'eau meuble d'or pâle et sans fond les couches prêtes. Les robes vertes et déteintes des fillettes font les saules, d'où sautent les oiseaux sans brides.

Plus jaune qu'un louis, pure et chaude paupière, le souci d'eau — ta foi conjugale, ô l'Epouse ! — au midi prompt, de son terne miroir, jalouse au ciel gris de chaleur la Sphère rose et chère.

Madame se tient trop debout dans la prairie prochaine où neigent les fils du travail ; l'ombrelle aux doigts; foulant l'ombelle ; trop fière pour elle des enfants lisant dans la verdure fleurie

leur livre de maroquin rouge ! Hélas, Lui, comme mille anges blancs qui se séparent sur la route, s'éloigne par delà la montagne ! Elle, toute froide, et noire, court ! après le départ de l'homme !

Regrets des bras épais et jeunes d'herbe pure !

Or des lunes d'avril au cœur du saint lit ! Joie

des chantiers riverains à l'abandon, en proie

aux soirs d'août qui faisaient germer ces pourritures !

Qu'Elle pleure à présent sous les remparts ! l'haleine des peupliers d'en haut est pour la seule brise. Puis, c'est la nappe, sans reflets, sans source, grise : un vieux, dragueur, dans sa barque immobile, peine.

Jouet de cet œil d'eau morne. Je n'y puis prendre, ô canot immobile ! oh ! bras trop courts ! ni l'une ni l'autre fleur : ni la jaune qui m'importune, là ; ni la bleue, amis, à l'eau couleur de cendre.

Ah 1 la poudre des saules qu'une aile secoue !

les roses des roseaux dès longtemps dévorées !

Mon canot, toujours fixe; et sa chaîne tirée

au fond de cet œil d'eau sans bords, — à quelle boue?

T ATI EN CE

d'un été

Aux branches claires des tilleuls Meurt un maladif hallali.

Mais des chansons spirituelles Voltigent partout les groseilles.

Que notre sang rie en nos veines, Voici s'enchevêtrer les vignes.

Le ciel est joli comme un ange, Azur et Onde communient.

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