‹ Œuvres complètes d'ʹElisa Mercœur de NantesChapitre 37 sur 46 · LA CHAMBRE DE GJIABLES "VU · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE DE GJIABLES "VU

£ouis XI est a Amboise près de son fils -; il reyient d'un pèlerinage où il est allé pour accomplir le Toeu qu'il a fait, pendant la maladie du Dauphin , de transmettre à Notre-Dame de Boulogne l'hommage du comté de ce nom et.de déposer lui-même sur son. autel quinze cents ècus d'or si Dieu lui conserye son fils... Plus fidèle observateur des ¥œux qu'il fait que des traités

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qu'il signe, Louis a dû tenir Feligieusement le vœu qu'il a fait dans une telle circonstance.

Louis sent V qu'il doit tout hire pour regagner la confiance du duc de Guyenne y toujours trop disposé à entrer dans les complots des ducs de Bourgogne et de Bretagne... Il invite Charles à venir à Amboise pour assister aux fêtes qui vont y avoir lieu, en réjouissance du rétablissement du Dauphin.

Charles ne pourrait, sans devenir l'objet des soupçons de son frère , se soustraire à son invitation , et il se rend à Amboise suivi de Lescun et de l'abbé de SainiJean-d'Angèly. . . Louis ne peut se défendre d'un sentiment de pitié à la vue de Taltération des traits de Charles. . . Le temps, qui quelquefois rend les douleurs supportables, n'apporte' aucun adoucissement à celle de ce prince... C'est en vain que les plus belles femmes de sa cour cherchent à lui plaire ; elles ne peuvent effacer Colette de son souvenir... Colette, du fond de sa tombe, sub-

jugae encore son cœur!... Depuis la mort de Colette , le sourire , ainsi qu'une ombre qui ne peut se fixer , erre sur les lèvres de Charles et^disparatt à l'instant... Les fréquens éTanouissemens du duc de Guyenne sem* blent annoncer que sa fin n'est pas très éloignée.*.

Louis, qui ne prolongeait les fêtes que pour distraire Charles, sent qu'elles ne peu-* vent que le fatiguer ; il les fait cesser et ordonne des prières pour le soulagement des maux du prince. . . La tranquillité qui a suc-cédé aux fêtes semble donner un peu de calme à Charles. . . Si le roi ne craignait pour son frère les fatigues de voyage , il rengagerait à le suivre à Melun-^ur-Eure, où ses af?faires rappellent et où il doit séjourner d^ix jours. •• Charles est si faible que Sa Majesté n'ose lui proposer de se mettre en route... Mais Charles serait heureux , avant de motirir , de revoir les lieux où son père a cessé de souffrir, et Charles accompagne son frère. Olivier-le-Dain , Tristan-l'Hermite , Lescun

et Tabbé d'Aagely sont seuls du voyage. Fcadant le trajet d'Amboise à Melun , le roi a toutes les attentions possibles poup Charles... Charles, touché des bontés de son frère, ne sait comment lui témoigner sa reconnaissance ; il promet au roi de ne plus se liguer contre lui et de renoncer au mariage de Marie de Bourgogne. • . Le roi ,, pour prouver à Charles combien il désire perpétuer la bonne intelligence qui règne entre eux ^ lui promet que pour la eimenter il rendra au duc de Bourgogne Saint-Quentin, Hoye, Amiens , Montdidier et tout ce qu'il lui a pris dans les dernières guerres. Mais il veut du diic de Bourgogne des lettres de sûreté pour garantie des concessions qu'il va lui faire pour assurer la paix, pour laquelle Charles doit voir qull est disposé à' faire tous les sacrifices... Et Louis prend le bras de Charles et le passe sous le sien pour l'aider â marcher , car ils viennent de descendre dans la cour du château où leur père faisait sa résidence.

Lorsque Louis XI et le duc de Guyenne sont entrés dans la chambre de Charles YIIi Charles s'agenouille près du lit où son père a rendu les derniers soupirs, et tombe.... Louis le croit mort, des larmes de repentir mouilleht ses paupières. .. • Il se précipite vers Charles , pose la main sur le ccEur de l'infortuné jeune homme et croit s'apercevoir qu'il conserve encore quelque reste d'existence. . . Un soupir d'allégissement s'échappe de la poitrine oppressée de Louis. . . . La nature, qui, pour la première fois, se fait sentir au cœur du monarque, en exclut tout autre sentiment. Louis oublie qu'il est roi!.. . il soulève Charles, l'embrasse, le nomme son frère , son ami , lui fait respirer des sek qu'il porte toujours sur lui et parvient , à force de caresses et de soins, à rendre ce malheureux prince à la vie.*. Charles rouvre les yeux, promène des regards inquiets autour de lui, mais sans paraître distinguer les objets qui Tenvironnent. . . Il poussedes cris déchirans,. . sa raison parait égarée,., il appelle son père,.-

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Mil père qui ne peut plus l'entendre !.. . lui demande de venir au secours de son enfant, . • . de son Charles qui lui était si cher et qui ^a mourir victime de l'ambition et de la haine de son frère... Et Charles s'élance pour fuir la mort qui le poursuit... Xouis Farréte... Charles se retourne , reconnaît son frère , se jette dans ses bras et fond en larmes. . . C'est là première fois , que depuis la mort de Colette , Charles peut pleurer ! I !

Quelqu'empire que Louis soit habitué à prendre sur lui-même , il est obligé de céder à l'émotion que lui fait éprouver la vue de» souffrances de Charles, qu'il sait n'avoir d'autre terme que la mort; car il sait bien, lui, que Charles va bientôt mourir; que le poison circule dans ses veines... Oh! s'il pouvait combattre les effets de ce poison destructeur.. • Louis ne peut espérer que la couronne passe sur le front du Dauphin, dont la santé chancelante fait craindre à

chaque instant pour ses jours , et il se tord les membres de désespoir. . . Charles pensant

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qu'il a peut-être oflfensé son frère, se jette à ses genoux, lui demande pardon,. .. implore sa bénédiction. . • Il ne yeut pas descendre dans la tombe courbé sous le poids.de la haine de son frère. .. Louis étend ses mains fraticides et tremblantes sur le front incliné de sa victime, bénit Charles, le relève, Tembrasse et Tentratae hors de la chambre de Charles YII, croyant, en fuyant ces lieux, échapper à ses remords*

(,l!lxp<^sc (la plao, da chapitre iXY q«t deviit faire partie di

Louis XI et le Bénédietin.)

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