‹ Œuvres complètes d'ʹElisa Mercœur de NantesChapitre 5 sur 46 · IV NOTICB SUR QUATRE AMOURS · texte numérisé non relu

IV NOTICB SUR QUATRE AMOURS

lution de 1793, et qui y a été ruinée ellemême, n'a pu voir celle-ci sans pressentir le sort qui nous menaçait. Elle est tombée malade et a été pendant quatre mois dans le plus grand danger!.... Les frais d^une aussi longue maladie ne pouvaient manquer d'empirer notre position... Ne pcfuvant plus remplir les ehgagemens que nous avions contractés , nous ne pouvions plus trouver de crédit... Enfin, un jour,... oh! celui-là, monsieur, ne s'effacera jamais de ma peu-sée!... je ne sais pas comment je n'ai pas été écrasée sous la lourde somme de malheurs que je portais... Cela serait inévitablement arrivé, si Dieu ne m'avait envoyé un ange à mon secours — Oui, monsieur, un ange; vous vous en convaincreie tout à Fhenre.. . Je revenais de la caisse où Ton mV vaît dît que l'on craignait que ce ne fût le dernier paiement des pensions. Je pleurais!.... Tout à coup je me sentis saisir par le bras : c'était une personne à qui nous devions de l'arfifcnt. Elle •'•^^ ^•'* A^kr^ràryAn n^rof* durpt*^

NOTICB SUR QUÂTRB AMOURS. T

J« la priai de me donner un peu de temps , que je m'empresserais de lui en porter sitôt que maman serait mieux ; mais elle fut sans pitié pour ma douleur : elle me dit ironiquement que les belles paroles et les larmes ne payaient pas un sou de dettes.. •• Je tâchais en montant notre escalier de faire disparaître la trac^ de mes larmes.*. Le portier courut après, moi. pour me remettre nne lettre ; elle était du propriétaire : le terme était échu... Je rentrai à la maison, le médecin m'y attendait. . . Je lui demandai comment il trouvait ma pauvre maman. — Biea mal, ma chère enfant, me répondit M. Ali-* bert, bien mal! mais cependant comme elle est très forte, j'espère encore. Ne vous alarmez pas, ma chère petite ; je vais revenir dans deux heures. Ayez bien soin pendant ce temps d'exécuter ce que prescrit mon or* donnance. Du courage, mou enfant; allez près de votre mère , elle vous désire ; mais surtout ne pleurez pas devant elle , car vous (a tuerie^s! Je fus donc réduite à composes

YI NOTICE SUR QUATRB AMOURS.

moa visage pour paraître devant maman ; il le fallait!... — Tu as été bien long-temps à la caisse, mon Elisa, me dit-elle dès qu'elle m'aperçut ; je craignais ne plus te revoir ; mais Dieu n'a pas permis que j'eusse la douleur de mourir sans embrasser ma fille. Vois comme le mal a fait des progrès depuis que tu m'as quittée... Elle avait une fièvre, non^ jamais je n'en vis de semblable^ Ses jéues étaient pourpres et gonflées, ses yeux brillaient d'un éclat qui m'efiraya... Et lorsque je l'embrassai, il me sembla que je posais mes lèvres sur des charbons ardens. Je ne sais, monsieur, si vous pourrez vous faire l'idée de mes angoisses ; je ne connais point d'expressions qui puissent vous les rendre ; mais je sais , moi , que je mourus de mille morts , lorsque maman me dit : -^ Elisa, Dieu est le maître, ma fille ; il peut me conserver la vie!... mais s'il en ordonnait autrement, promets -moi de ne point f abandonner à ton désespoir!... de vivre !... Tu as été si bonne pour ta mère , ma chère petite , que cette pensée te sera

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ëaos ta douleur un baume qui adoucira tes regrets.. i.. hes larme» qui partent d'une source pure, mon enfant, coulent sans amertume, et les tiennes prendront la leur dans le cœur de la meilleure comme de la plus yertueuse des filles !••« Ali! laisse-'les couler ces larmes qui veulent se firayer un passage... Pleure, mon EKsa, pleure... Cela fait trop de mal de ne pas pouvoir pieurer !!! (i)* Et elle meprilla main qu'elle appuya fortement sur son cœur. . . On sonna; je fus ouvrir : il était temps , car j'allais étouffer!.... C'était madame Récamier, Vange dont je vous ai parlé, monsieur; elle avait, l'air joyeux, elle m'embrassa et me demanda des nouvelles de maman : je fondis en larmes pour toute réponse... — Ne vous affligez pas , ma chère petite , me

(i) Cest à rémotlon qae fit éproQTer k Ellsa U scène qui précède la parenthèse qu'est dft le chapitre de \m dernière feuill« , qui se trouve le troisième du roman de Quatre Amours. Elle y a même conserTé quelques expressions qu'elle a mises dans la bouche de.sajçttpe malade.

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dit-elle, Dieu vous conservera votre mère; je viens vous apprendre une nouvelle qui Faidera à se rétablir, j'en suis sûre , car le bonheur de son enfant ne peut manquer de calmer ses souffrances... J'ai fait supplier M. Gui^ot par mon neveu M. Charles Lenormant (i) de vous rétablir votre peasîon telle qu'elle était du temps de M. de Martin gnac, M. Guizot y a consenti avec grâce, J'ai voulu vous en apporter l'avis moi-môme.

(i) M. Guizot, qui fait le plus grand cas de M. Charles Lenormant, lui accorda sans peine la faveur quHI réclamait au nom de madame Récamier au sujet du rétablissement de la pension de ma fille. H. Guizot, en accordant à M. Charles Lenormant Tobjet de sa demande , se trouva bien heureux de faire en même temps quelque chose qui fût agréable à madame Récamier.... M. Charles Lenormant"^, dont l'im?mense savoir est si connu et si unanimement admiré, car il sait se faire pardonner sa supériorité par cette modeste simpHr cité qui distingue toujours le véritable 'savant, est un de ces hommes que les malheureux sont fort heureux de rencontrer sur leur passage, car c'est toujours au soulagement de leur in-r fortune que M. Charles Lenormant emploie le crédit dont U jouit.

* Conservateur et la Bibliothècpe Royale.

KOTKB SDR QUATRE AMODES. IX

Le Toici.... Et elle me donna la lettre de M. Guizot (i).... Je me jetai au cou de madame Récamîer«.. Je ne pouvais parler ; elle comprit mon silence. . . La reconnaissance n'a pas toujours besoin de paroles pour se faire

(i) Avis é^une augmentation de pension.

Pârif y le ai septembre x83o.

«Mademoiselle,

« J'ai l'honneur de tous informer que je iriens de décider

« que Tindemnité annuelle de neuf cents francs dont tous

K jouissez sur les fonds de oiQn département sera portée , ii

ç compter du x 5 de ce mois , à douze cents francs.

« Agréez, mademoiselle , l'assurance de mon respect ,

« Le ministre secrétaire d'état au département de l'intérieur,

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