‹ Œuvres complètes d'Étienne JouyChapitre 3 sur 72 · VJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

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la chute de Robespierre, j'y fus atteint de nouveau, comme complice de Pitt et Cobourg, et jeté préalablement dans un cachot à Lille, où l'on m'oublia pendant quelques mois: je n'ai jamais bien su par quel ordre j'avais été mis en prison, et je ne sais pas encore par quel ordre j'en suis sorti. Quoi qu'il en soit, j'avais acquitté, comme soldat, ma dette envers la patrie; mon sang avait coulé sur plusieurs champs de bataille; je demandai ma retraite, je l'obtins, et je me mis en devoir de défendre, la plume à la main , la cause sainte de la patrie et de la liberté pour laquelle j'avais combattu.

Un homme de génie, à qui il ne manqua, pour être plus grand que sa fortune, que de savoir dédaigner l'appareil de la puissance et les ressources du despotisme, releva sur des trophées le trône où il se plaça lui-même. Il savait que l'emploi des formes légales dans les actes illégaux est une des plus odieuses maladresses dont le pouvoir puisse se rendra coupable envers lui-même; aussi ne chargeat-il pas les tribunaux de le venger des écrivains assez téméraires pour lui demander compte de l'autorité sans bornes qu'il exerçait : il res-

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pectait assez les lois pour ne point y chercher une excuse ou un prétexte à sa volonté. C'était bien entendre le despotisme. Quand le pouvoir se montre cauteleux , inquiet et cruel, il témoigne de son impuissance, et cette découverte annonce toujours le triomphe d'une faction; c'est un des principes de tyrannie que Machiavel a commenté avec le plus de talent. Napoléon punit arbitrairement par l'exil un écrivain célèbre qu'il redoutait; mais en général, loin de persécuter les gens de lettres, il ne fut occupé qu'à les séduire: quel-' ques uns échappèrent à ses faveurs, et ne dissimulèrent pas assez petU-être le peu de prix qu'ils y attachaient. Napoléon , qui eût puni une insulte directe, ne s'offensa point des allusions, quelquefois très frappantes, que renfermaient les écrits de ceux qu'il appelait dédaigneusement ses ennemis, et le courageux auteur du bon petit roi diYvetot fit intpunément chanter à toute la France la satire indirecte du monarque tout-puissant qui régnait sur elle et sur l'Europe.

On m'avait faussement attribué des couplets satiriques sur la naissance du roi de Rome ; M. Pasquier, alors préfet de police, avant

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d'exécuter l'ordre qu'il avait reçu de me faire arrêter, crut devoir prendre des informations qui me justifièrent pleinement, sans néanmoins détruire les préventions défavorables que l'empereur nourrissait contre moi : je ne desirais pas l'en faire revenir; il le savait, et ne me persécuta pas.

Un grand destin était achevé, et la France, dans une paix quelle payait peut-être un peu cher, jouissait des bienfaits de la restauration, et se consolait de la perte de sa gloire ^ar l'espoir de la liberté, que lui garantissait enfin la Charte constitutionnelle. La liberté de la presse nous ét^it rendue: cette époque devait être YAge d'or des gens de lettres ; la politique en décida autrement pour quelques uns.

La municipalité de Toulon crut trouver dans un de mes ouvrages ' une allégation défavorable à son patriotisme. Traduit devant une cour d'assises, j y fus absous tout d'une voix du crime d'avoir mal parlé de l'Angleterre, et d'avoir posé en principe qu'aucune circonstance ne saurait justifier la conduite de magistrats qui livrent à l'ennemi la cité

• Voyez le IX* volume de YEssai sur les mœurs, U* de YErmite en province, lIn valide, pag. 890 et suiv.

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dont ils doivent compte à la patrie qui leur en a confié la garde.

La fondation d'un journal (le Miroir) auquel je coopérais devint une nouvelle source . de querelles judiciaires : la susceptibilité ministérielle crut devoir prendre sous sa protection spéciale tous les ridicules que l'on attaquait dans cette feuille. Après en avoir déféré trois fois sans succès les auteurs aux tribunaux, la police prit le parti de supprimer le journal importun. Cette massue du pouvoir levée contre des épigrammes, cet appareil de justice déployé dans une occasion si puérile, n'eut cette fois d'autre résultat que de ruiner un libraire et d'amuser un public oisif.

Je fus moins heureux dans le procès qui me fut intenté à propos d'une notice sur les frèrfes Faucher, insérée dans la nouvelle Biographie des contemporains. En réparation de ce délit, dont mes lecteurs vont être à même de juger la gravité, on m'envoya méditer pendant un mois, sous les verrous d'une prison , sur le sort des écrivains philosophes.

Cherchant à faire entendre au milieu des partis le langage de la raison et de la vérité , j'en sortis convaincu qu'une justice errante

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