‹ Œuvres complètes d'Étienne JouyChapitre 53 sur 72 · XIX"^ CONSOLATION · texte numérisé non relu

XIX"^ CONSOLATION

Une scène de la ligue.

La tonr du bois de Viocennes , Sur tours ueufves et aociennes, A le prix : or saurez en ça Qui la parfit et commeuça,

Inscription de iSS-j.

» BodiUe était un singulier gentilhomme, lequel, « par vie et vengeance contre le tyran Childéric,esu pia l'occasion, et le tua vaillamment. Les histoires «louent son. magnanime courage pour apprendre « aux tyrans à ne point abuser de leur puissance « envers leurs sujets , principalement envers les gênait tiUhommes. Se trouvera-t-il point un Bodille en « France , qui venge l'injure faite non à un simple tt gentilhomme , mais à un prince des plus vaillants M que jamais la terre ait portés (le duc de Guise),

i< par un plus lâche et plus fainéant que jamais ne «fntChildéric (Henri III)?»

Exhortation de la Sorbonne avant le meurtre de Henri III.

Signé JvLivjf de Moranne, 17 mars.

Telles étaient les exhortations infâmes qu'adressaient aux fidèles de ce temps-là les révérends docteurs de Sorbonne. Je venais de feuilleter avec horreur les pages sanglantes des mémoires de la ligue, où se trouve consignée cette épouvantable doctrine du fanatisme , quand , à la fin du deuxième volume de mon édition de 1602, je vis que le relieur avait placé un supplément d'environ quinze pages d'une écriture ancienne et très fine. Je cherchai vainement à déchiffrer ces caractères du seizième siècle, embarrassés de jambages, de fleurons, et obscurcis par des abréviations sans nombre. Après cinq où six heures de recherches inutiles, je quittai le volume, plus curieux de connaître le sens des pages manuscrites que satisfait de la lecture de l'ouvrage imprimé, d'ailleurs si riche en matériaux précieux pour l'histoire. Pour peu que j'eusse envie de disserter dans le goût allemand, le lecteur trouverait tout au moins ici une feuille d'impression consacrée à une discussion plus ou moins obscure sur les plaisirs du mystère et la volupté secrète que trouve [intelligence dans la recherche de [inconnu.

2l8 RÊVERIES.

Quoi qu'il en soU> je dois rendre g^racç à mon ami Matthieu Laumier, qui, tong-temps employé aux archives, distingue un T d'un R gothique aussi facilement que le plus habile professeur allemand. A peine mon ami l'archiviste eut-il le livre entre les mains, qu'il lut presque couramment la scène suivante, écrite sans, doute par un témoin des troubles civils dfe cette époque. Je me contente d'en altérer légèrement le style un peu trop suranné.

« C'était , dit le vieil auteur de ces feuillets manuscrits, dans le couvent des célestins, qui servait de conciliabule principal aux membres de l'union et à leurs adhérents, c'était dans ce couvent gothique que se passait la scène que je m'en vais fidèlement et naïvement raconter. Il y avait au fond de la salle un grand crucifix de botis noir, auquel était appendue une hallebarde qui servait ordinairement, danslea processions de moines armés, au petit père feuillant, l'un des plus ardents prédicateurs que Dieu nous eût fïiit l'insigne grâce de naus donner. Dans une armoire de la sacristie, à demi ouverte, on reiuarquait cinq à six casaques blanches, tachées de sang , lesquelles avaient été portées pendant la Saint- Barthélémy, et que l'on conservait avec le plus grand soin, comme précieuses et saintes reliques. L'écrit admirable de maître Jacques Roux, jadis spadassin , et alors ligueur, sur la juste punition des hérétiques , était ouvert sur un petit autel auprès du-

quel les débris du festin de la veille avaient laissé quelques traces.

« Deux Flamands , qui servaient dans Tannée de la ligue, et qui avaient long-temps combattu sous le duc d'Anjou, avaient déposé sur la devanture de la cheminée leurs feutres immenses, ornés de belles plumes rouges, et jouaient aux cartes sur un prie- Dieu. L un était capitaine et Fautre simple chef de gens d armes, ce qui équivalait alors au grade de lieutenant.

PREMIER FLAMAND

Je jure Dieu, Walbrod, que nous ne ferons rien cette année... Cœur à la dame... Ce Béarnais, que le diable puisse emporter! nous fait déjà 1^ figue; les dernières bicoques que nous avons mises à sac ne nous ont pas rapporté grand'chose... Pic,... repic,... capot.

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