EPILOGUE
Ce monstre adroit prend de la liberté
Le nom chéri, la voix enchanteresse,
Les traits , le geste , et la mâle beauté.
Sans peine alors il séduit , il entraîne.
Par lui l'Europe a soulevé sa chaîne.
De nos couvens il brise les verroux.
On voit du Christ les amantes pudiques ,
De cet hymen rompant les nœuds mystiques ,
Leur préférer de palpables époux.
De nos autels le coupable ministre ,
Laissant du deuil le vêtement sinistre,
Ose former un profane lien:
Il devient homme, et père, et citoyen.
On a permis à cette infortunée,
Que tourmentait un maître impérieux ,
De renoncer à ce joug odieux ,
Et de chercher un plus doux hyméuée.
Mais l'heure approche, 6 mortels corrompus!
Par ces forfaits dont frémit la nature.
Race d'Adam , tu combles la hiesuré ;
Tu vas périr, tu péris, tu n'es plus.
Ainsi finit l'humaine impertinence.
Quel calrîie alors! queWaste.et beau silence l
Mais tout-à-coup un ange dans les ajrs
Fait retentir la trompette éclatante.
Ce son terrible ébranle l'univers ,
Dans les tombeaux il porte l'épouvante.
« Morts , levez-vous !» A ce* mots chacun d'eux ,
Se dégageant du linceul qui le pressa ,
Montre à demi son visage terreux,
Jîa clignotant au jour ouvre les.yeux ,
Étend les bras , et sur ses pieds se dresse.
Mars quelques-uns , du sommeil amoiireux,
Ou devinant ieur prochaine sentence,
Dqns leur réveil mettent plus d'indolence.
I ÉPILOGUE. 1/îf
ange leur crie; « Allons donc, paresseux! A vos tombeaux vous preniez gôiil , |e pense. >»
Voici leur juge : à spectacle effrayant ! Dans un orage ainsi l'on voit la foudre Avec l'éclair partir de l'orient , Et lout-à-coup embrasser l'occident. •
« Eh bien , tonnez , réduisez-nous en poudre , » Disent alors. les pécheurà. Vain désir!
On peut revivre , on ne peut remourir.
« Puisqu'on refuse à nos vœux le tonnerre , Ajoutent-ils , ouvre tes flancs , ô terre ! Etna , Vésuve , Alpes , tombez sur nous ! » Mais pour si peu vous n'en serez pas quittes; Un tel chapeau sur vos têtes proscrites , Serait encore un supplice trop doux.
Un morne effroi saisit le juste même ; Le cœur lui bat : mais l'Arbitre suprême Parle en ces mots : «Innocentes brebis, Qui du salut prîtes la route étroite.
Venez enfin , placez-vous à ma droite ; Séparez-vous des boucs; je les. maudis. « A cette voix , chaque brebis docile Fait ses adieux , vers la droite elle file , Et nous béions un cantique à Jésus.' Tout€u bêlant je comjite des élus Le petit nombre : ô sagesse ineffable ! Hélas ! des buucs la foule est innombrable.
Mais quel fracas ! quelle confusion !
Du mouvement et de l'attraction La loi n'est plus; nos fidèles planètes. Notre soleil si fixe jusqu'alors , Et notre lune et nos folles comètes, Çl Sirius , et ces immenses corps ,