‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 22 sur 61 · RÉCIT DE SAINTE MAGDELEINE · texte numérisé non relu

RÉCIT DE SAINTE MAGDELEINE

ÉPISODE DE LA CHRISTiANIDE ^

Pour nous damner un seul démon suffit ;

J'en avais six. Celui de la parure

Vint le premier, et son goût embellit

Les dans heureux que me fit la nature ;

Belle et parée , on appaïtient de droit

A ce dëmoa de la coquetterie ,

Que la plus laide en son âme reçoit ,

Et qui souvent s'appeDemodeslie.

De l'iaconstance arriva le îutin :

Chez moi j'admis le Juif et le Romain , .

Le proconsul , surtout le publicain.

Et j'affiichai le grand-prêtre du temple ,

Qui de Sion fut l'oracle et l'exemple;

Du luxe alors je connus le démon :

Je révoltais par mon faste coupable .

L'humble vertu; toujours inimitable ,

On m'^imitait, et je donnais le ton.

Survint encor le diable de l'intrigue !

Je vais , je cours , j'assiège les bureaux,

Du sanhédrin je vole aux tribunaux :

Jeune , charmante , et quelquefois prodigua ,

Je réussis ; le mérite fort peu

M'intéressait : les fripons je protège,

Et des tripots du plaisir et du jeu

* Parny avait' préparé sous ce titre une édition de la Guerre des JJieux, augmentée de quatorae nouveaux chants. Les deux fVagmens de la C'/iristianide que nous réimprimons parureni du vivant de Parny. Depuis sa mort, ses héritiers en ont publié d'autres fragmens, que, par respect pour le droit de propriété, nous n'avons pas insérés dans celle édition.

\rv, RÉCIT DE SAINTE MAGDELEINE.

J'obtiens enfin le double piivilége.

Lé fartàdet qu'on noiiime bel esprit Sut me tenter : ^ns lui j'étais aimable,

Et grâce à lui je fus insupportable :

Trois impromptus , que par cœur on m'apprit , A mes soupers trouvaient toujours leur place ,

Et des soupeurs le galant appétit Lançait ma muse au sommet du Parnasse.

Tous mes lutins revenaient chaque jour : Ils m'amusaient; et je me crus heureuse : Parfois pourtant j'étais un peu rêveuse. Arrive enfin le démon de l'amour :

A son aspect les six autres s'enfuirent; 11 éveilla mon cœur , mes yeux s'ouvrirent , Et je pleurai sur les momeos perdus.

Au seul amout j'abandonnai ma vie ; Il charma seul ma jeunesse asservie Jours fortunés, et trop tôt disparus !

Après deux ans de bonheur et d'ivresse, Lamort frappa l'objet de ma tendresse, Je crus le suivre : une morne douleur Pâlit mon front et pesa sur mon cœur.

Enfin le temps consola ma tristesse.

Les six lutins à regret avaient fui.

A revenir bientôt je les invite :

Je les revois. Mais , hélas ! à leur suite ils amenaient le démon de l'ennui.

Je fus par eux sottement tourmentée :

Mon humeur triste , inégalé , agitée ; Sur mes amans se vengeait quelquefois. * Jésus paraît, et ma douleur l'implore, Les sept démons s'enfuirent à sa voix ; Mais du dernier je me souviens encore.

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