PROLOGUE
d'dN chant de LK CHRISTlANIDEi
irsque des dieux la fatale imprudence ^Eut créé Thomme aux douFeurs condamné , Pour adoucir son sort infortuné , Le jeune Amour, l'Hymen et la Constance Au même instant descendirent des cieux ; Et les mortels, qu'attristait l'existence, A leur aspect pardonnèrent aux dieux.
Tous trois s'aimaient. Sans humeur, sans caprice , Long- temps dura cette union propice.
Exempts d'orgueil, l'un pour l'autre indulgens , De l'homme heureux ils partageaient l'encens. . Un jour enfin l'Hymen , d'un Ion sévère , Dit à l'Amour : « J'ai daigné quelquefois A vos désirs sacrifier mes droits :
Je les reprends. Obéissez, mon frère :
Vos jeunes goûts aux miens doivent céder , Et ma raison va seule vous guider.
— C'est librement qu'avec vous je voyage , Et vous savez si je hais i'escavage.
— A votre humeur il faut donc m'asservir ?
Je peux céder, mais non pas obéir.
S'il est ainsi, plus d'union. — De grâce, Pensez-y bien. San» moi, que ferez-vous?
— Partez; adieu. — Ma sœur, l'Hymen me chasse ; Tu dois le plaindre, et choisir entre nous. » Le fier Hymen jeta les yeux sur elle , Et ce regard lui disait : « Suis mes pas. » L'Amour en pleurs caressait l'immortelle, Et répétait : «« Ne m'abandonne pas; Sois ma compagne et mon guide fidèle. »
ni. I?^
I 4/J PROLOGUE D'UN CHANT, etc.
En soupirant elle suivit l'Amour.
Le couple heureux, plus uni chaque jour , Vit chaque jour étendre son empire.
Mais par degrés de ce bizarre enfant Les goûts changaient. Tout le frappe, l'attire, . Et de la route il s'éloigne souvent. ^ <f- A son retour, sa compagne tranquille De ses écarts se plaint avec douceur.
«Embrasse-moi, dit-il, ma tendre sœur;] Et désormais à tes leçons docile... »
Un papillott-voie devant ses yeux ; Pour le saisir il. part , il prend des ailes ; D'autres objets et des erreurs nouvelles Tentent soudain ses désirs curieux :
Long-temps il court ; eh jouant il s'égare , Et de sa sœur l'imprudent se sépare.
Que fait l'Hymen ? Eloigné de l'Amour , C'est vainement qu'il s'efforce de plaire.
II redemande et veut fléchir son frère -. Le dieu piqué le repousse à son tour.
L'Amour aussi qu'uu peu d'ennui tourmente , Et qui , perdant sa compagne charmante ,
De ses attraits a perdu la moitié , Pour ressaisir sa première puissance.
Rappelle en vain et cherche la Constance : Elle est , dit-on , auprès de l'Amitié.